The New West : histoires des Badlands — comment être une femme

À la recherche d’une héroïne pour son film, la réalisatrice américaine Kate Beecroft est partie en tournée dans le Dakota du Sud avec le directeur de la photographie Austin Shelton. Fascinés par la communauté de cow-boys et en filmant l’une de ses membres féminines, ils ont été conduits vers un ranch ostracisé dirigé par Tabatha Zimiga, qui recueille des chevaux et les entraîne pour les revendre, notamment via TikTok. La réalisatrice a passé cinq ans à vivre trois semaines par mois dans ce ranch, observant ses habitants et absorbant les détails de leur quotidien afin de créer une histoire pour le film — fictive, mais plausible.

Initialement envisagé comme un clip musical ou un court métrage, ce projet s’est transformé en un véritable premier long métrage qui conserve cette double nature comme principal atout : semi-documentaire, mais fiction jouée ; avec des acteurs professionnels dans les rôles secondaires (Scoot McNairy, chargé d’incarner une forme occasionnelle de suprématie masculine blanche, et Jennifer Ehle — une (grand-)maternité irresponsable), mais aussi la véritable propriétaire du ranch — Tabatha Zimiga — et sa fille Porshia, parmi d’autres interprètes non professionnels. Ce mélange de réel et de fiction s’avère paradoxalement cohérent et offre un réalisme de premier ordre. Par moments, la frontière entre la dimension documentaire des personnages et la mise en scène est si floue que la question de savoir ce qui se passe réellement à l’écran se transforme peu à peu en un engagement profond dans l’histoire.

Par moments, la frontière entre la dimension documentaire des personnages et la mise en scène est si floue que la question de savoir ce qui se passe réellement à l’écran se transforme peu à peu en un engagement profond dans l’histoire.

Ce qui s’y déroule est le suivant : situé au cœur d’un nulle part pittoresque, le ranch accueille non seulement des chevaux à dresser, mais aussi des adolescents à élever. Abandonnés par des parents irresponsables — pour un été ou pour toujours — les enfants affluent vers le ranch. Mais après la mort du mari de Tabatha, John, pilier du lieu, surgissent des difficultés — à la fois interpersonnelles et financières. Ainsi, la vente de chevaux n’est plus un simple hobby, mais le seul moyen de survie pour Tabatha et sa famille. Impressionné par son histoire et sa connaissance exceptionnelle des chevaux, un homme d’affaires local, Roy Waters (Scoot McNairy), propose de racheter le ranch et d’améliorer les conditions de toute la « famille », en partie pour son propre intérêt, mais aussi en raison d’une étrange attirance envers Tabatha. Comme toujours, une telle offre a un prix — ici, celui du mode de vie même du ranch.

Que les habitants conservent leur statu quo ou acceptent l’offre ne signifie pas une libération totale, mais plutôt un passage d’une forme d’oppression financière à une autre, liée à la perte de liberté. L’apparition de cette figure masculine de pouvoir reflète les failles — jusque-là implicites — de l’ancien équilibre familial du temps où le mari de Tabatha était encore en vie. Cette comparaison, subtilement suggérée, permet au film d’atteindre un niveau inattendu pour un récit ancré dans l’esthétique brute des plaines de l’Ouest : celui de la place de la femme dans la hiérarchie familiale.

Né de l’admiration pour son personnage principal, The New West fait preuve d’une grande justesse dans le portrait de Mme Zimiga : à partir de l’ampleur des tâches quotidiennes qu’elle doit assumer seule se dessine une personnalité indéniablement forte et puissante, véritable boussole morale dans les turbulences de la crise familiale. Le choix de ne pas adapter le récit aux conventions du cinéma mainstream — avec son accent sur la douceur féminine et une vision stéréotypée de la beauté — mais de recréer fidèlement le monde réel de Tabatha, afin que sa position centrale en révèle la force, constitue une approche rafraîchissante de la représentation féminine à l’écran.

Finalement, le film peut d’abord dérouter par son esthétique intense, mais à mesure que l’engagement grandit, il plonge le spectateur dans un univers à la fois étranger et fascinant, où le plaisir du cinéma devient presque inévitable. Un incontournable audacieux venu de l’« autre Amérique » — à ne pas manquer sur grand écran !

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RÉALISATEUR : Kate Beecroft
NATIONALITÉ : U. S. A.
GENRE : Drame
AVEC : Porshia Zimiga, Tabatha Zimiga, Scoot McNairy
DURÉE : 1h 37min
DISTRIBUTEUR : Pyramide Distribution
SORTIE LE 6 mai 2026