C’est le quatrième long-métrage du réalisateur originaire de Naltchik, capitale de la République autonome de Kabardino-Balkarie, autrefois la Tcherkessie. Le cinéaste a été obligé de fuir la Russie pour avoir manifesté son désaccord avec la guerre menée par son pays en Ukraine. L’histoire se situe donc à Newark, dans la banlieue de New-York, et le film a été entièrement filmé aux États-Unis en langue anglaise. Conçu à l’origine comme un hommage à ses compatriotes originaires de Kabardie, il a donc dû s’adapter à sa nouvelle situation. Il a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes dont il a fait l’ouverture au Festival de Cannes. Les tcherkesses sont un peuple guerrier où les hommes portaient tous les armes et les enfants, tant les filles que les garçons, étaient entraînés à devenir des combattants. Il n’est donc pas innocent que le film porte sur la force virile à travers la lutte que pratique Pyteh, le jeune garçon de 16 ans qui est le héros de ce film d’initiation. Son père Azik tient un restaurant traditionnel avec sa sœur Zalya qui est enceinte.
Car les femmes jouent un rôle d’apaisement dans une histoire dominée par l’amitié virile qu’entretient Azik avec ses amis, jouant au poker autour d’une bonne bouteille d’alcool, s’enivrant dans les bars tout en essayant de séduire les femmes, et rêvant d’élargir la palette des plats proposés par le restaurant. Justement un certain Aslan cherche un cuisinier pour travailler dans le restaurant de luxe qu’il envisage d’ouvrir bientôt. Azik est tenté par l’aventure mais doit d’abord y réfléchir avant d’opter pour un choix qui changerait son existence. De son côté, Pyteh s’entraîne régulièrement à la lutte et gagne combat sur combat, envisageant d’atteindre le niveau national. Le film suit en parallèle le père et le fils dont la trajectoire s’apparente à un récit d’apprentissage, voire d’initiation à l’amour. En effet, son père l’amène d’abord chez une prostituée mais c’est à une scène d’échec que l’on assiste pour mieux envisager les sentiments qu’il commence à éprouver pour une jeune lutteuse de son club.
Et l’histoire donne l’impression de vouloir signifier la vanité des hommes à mettre en avant leur masculinité en toute occasion
Les deux jeunes gens flirtent ensemble et apprennent à se connaître en se côtoyant. Et l’on sort alors du cercle vicieux qui entraîne les personnages masculins à s’éprouver sans cesse les uns les autres pour savoir qui sera le plus fort physiquement et mentalement. C’est d’ailleurs une sortie de Pythe à son père qui enclenchera la machinerie du drame qui survient dans la seconde partie du film. Azik renonce au défi qui l’attend et son fils le lui fait remarquer. Dur pour un père d’être ainsi mis à l’épreuve par son propre fils. Le film tourne ainsi peut-être vainement autour de cette quête de masculinité dont on cherche sans cesse à repousser les limites. Les relations entre hommes sont viciées par cette fierté qui va jusqu’à se fixer sur un objet misérable. Azik s’empare d’un oiseau qu’il veut offrir à Zalya et s’en fait un honneur. Les visages des deux jeunes gens éclairent quelque peu la tonalité sombre de l’image du film.
La rédemption sera de toute façon livrée par l’enfant à naître qui balaiera le drame d’un trait de plume. Et l’histoire donne l’impression de vouloir signifier la vanité des hommes à mettre en avant leur masculinité en toute occasion ; les scènes répètent à l’envi la même thématique et les personnages ne progressent pas vraiment comme on le voudrait, si ce n’est que Pyteh trouve une issue à toute cette grisaille dans l’amour qu’il porte à sa jeune compagne. L’interprétation des acteurs est au diapason, notamment celle de Barry Keoghan que l’on retrouve après son rôle de père borderline dans Bird (2024) de Andrea Arnold.


