Le film a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2026 en séance spéciale. Devant le refus de l’industrie cinématographique française de le financer, Bruno Dumont a dû être obligé de faire appel à des capitaux étrangers, premier film financé à l’étranger pour le cinéaste. D’où une équipe technique très internationale. L’histoire se situe sur le bord de la Méditerranée. Géo, un jeune garçon de 5 ans à peine attend à son point de rendez-vous – au pied d’un pont soutenant une voie ferrée qui passe au dessus d’une crique – que ses camarades le rejoignent. Le jeune garçon est souvent filmé en gros plan sûrement pour essayer de capter ses émotions au plus près : il faut dire que le jeune acteur a un visage très expressif et use de moues diverses et variées pour exprimer son impatience ou réagir à l’environnement naturel. Le petit groupe se dirige vers les falaises de roches rouges qu’ils escaladent pour sauter dans l’eau du plus haut qu’ils peuvent.
On est tout de suite angoissé à l’idée qu’un accident survienne tant le jeu s’avère dangereux – la caméra en plongée fixe le gouffre qui s’ouvre sous les pieds des jeunes inconscients qu’ils paraissent être, nous les montre s’accrochant aux saillies des roches pour grimper, ou déraper le long des sentiers qu’ils arpentent simplement attifés d’un maillot de bain et de tennis aux pieds. Car l’inconscience, ou plutôt l’insouciance des enfants saute d’abord aux yeux du spectateur qui voit déambuler les petits êtres à travers champs comme s’il s’agissait d’adultes, conduisant un quad ou une voiturette électrique sur la route, dévalisant les voitures de touristes garés le long de la plage, prenant même le train pour se rendre à Vintimille à la frontière de l’Italie où réside le grand-père de la jeune Eve, et admirant le panorama du haut d’une colline. Car Geo est amoureux d’Eve. Seul problème : un autre garçon – d’un autre groupe rencontré par hasard parmi les roches – est son officiel.
Comme si Bruno Dumont avait construit un laboratoire en plein air où l’on observerait comment les enfants se comportent entre eux en dehors de l’influence des parents
Un sentiment de jalousie féroce se développe chez ce dernier et une lutte, à distance d’abord, s’instaure entre les deux garçons, en même temps qu’un jeu de séduction enfantin entre Géo et Eve. Le monde adulte apparaît bien absent de l’histoire – à part l’irruption soudaine des gendarmes pour interdire aux enfants de sauter des roches ou la rencontre avec la mère ou le grand-père d’Eve – comme si Bruno Dumont avait construit un laboratoire en plein air où l’on observerait comment les enfants se comportent entre eux en dehors de l’influence des parents, ce qui donne lieu à des notations fugitives – embrassades, jeux, répartition du butin, courts dialogues où les mots sont parfois à peine formés. Des enfants abandonnés laissant libre cours à leur volonté de liberté, cela nous rappelle Gummo, le film de Harmony Korine réalisé en 1997, en nettement moins trash cependant. Les gosses échappent donc pleinement ou presque à l’autorité du monde adulte, rappelée tout de même à la fin du film par l’intervention des gendarmes.
Un film solaire – le cadre s’y prête – où l’on s’ennuie parfois un peu à suivre les mimiques et les manies de Géo, toujours aussi remuant du début à la fin. Mais enfin joyeux et heureux de vivre ces moments premiers de l’existence qui nous conditionnent à tout jamais, selon un point de vue naturaliste comme l’est la bande-son purgée de toute musique additionnelle, et comme le sont les paysages filmés en grand angle faisant éclater les couleurs : une débandade de bleu turquoise, de jaune, de vert, de rouge à qui veux-tu en voilà. Un film lumineux qui laisse toute sa libre part de spontanéité aux gamins.
RÉALISATEUR : Bruno Dumont
NATIONALITÉ : Portugal, France, Italie, Espagne, Qatar
GENRE : Drame
AVEC : Kaylon Lancel, Kelsie Verdeilles, Mohamed Coly
DURÉE : 1h30
DISTRIBUTEUR : Les Films du Losange
SORTIE LE 23 septembre 2026


