Resident Evil : le virus du chaos

Depuis toujours la saga Resident Evil au cinéma a représenté le paradis du jeu vidéo et l’enfer du cinéphile, Résumons : Resident Evil, (à l’origine BioHazard), franchise de jeux vidéos d’aventure, d’action et d’horreur, créée par la société japonaise Capcorn (Tokurō Fujiwara, Shinji Mikami et Hideki Kamiya) connaît un succès mondial depuis son arrivée sur Playstation en 1996 (plus de 213 millions d’exemplaires vendus à ce jour). Parmi les ingrédients du jeu, figurent une ville perdue du Midwest, Racoon City, une multinationale internationale de recherche pharmaceutique, Umbrella Corporation, des militaires et des scientifiques en guise de protagonistes, un virus particulièrement agressif et difficile à neutraliser qui transforme de simples quidams en mutants infectés et zombies effrayants, et plein de joyeusetés comme du body horror, des créatures monstrueuses, une Apocalypse potentielle en toile de fond. Ce cocktail explosif réclamait une adaptation cinématographique et y a finalement eu droit entre 2002 et 2016, dirigée par le maître d’oeuvre Paul W. S. Anderson, à ne surtout pas confondre avec Paul Thomas Anderson aka PTA, le prodige du cinéma américain, et encore moins avec Wes Anderson, l’esthète dandy dont on se demande s’il a jamais vu un film d’horreur de sa vie. Malgré une descente en flammes critique, cette hexalogie a connu un immense succès public. Seul le reboot, Bienvenue à Raccoon City (2021) de Johannes Roberts, a échoué sur les deux plans (critique et commercial). Par conséquent, Zach Cregger, auréolé du succès critique et public d’Evanouis, l’un des succès-surprise de ces dernières années, dans le genre horreur, était attendu comme le Messie pour reprendre cette franchise et lui redonner un lustre qu’elle n’a peut-être jamais connu.

Bryan, un coursier médical, accepte de transporter en urgence un mystérieux colis jusqu’à l’hôpital général de Raccoon City, dans le Colorado . Alors qu’il se dirige vers la ville, il se dispute au téléphone avec sa petite amie Michelle au sujet de sa grossesse. Peu concentré sur la route, Bryan percute accidentellement une femme qui se dirigeait vers lui en marchant sur la route enneigée. Il s’arrête immédiatement pour lui venir en aide et la retrouve dans une position étrange, allongée dans la neige.

Zach Cregger l’avoue lui-même : il n’a jamais regardé les films précédents de la franchise Resident Evil, car il ne pensait pas y retrouver les sensations qu’il a vécues en tant qu’amateur de jeux vidéos. En revanche, il s’est particulièrement inspiré des jeux Resident Evil 2, 3 et 4, ce qui est surtout flagrant pour les 2 et 4. Pourtant Resident Evil est un véritable reboot, une histoire complètement originale, même si elle reprend la plupart des ingrédients susnommés. La principale originalité réside dans le choix d’un civil anonyme comme héros, comme dans le jeu Resident Evil 2 (le personnage de Claire), voire presque un gentil loser, plutôt maladroit, ce qui facilite l’identification du spectateur du personnage, à l’opposé des soldats ou médecins dans les jeux ou de Milla Jovovich au physique hors norme dans les films de Paul W.S. Anderson.

D’un point de vue formel, le film se caractérise par un environnement hivernal, sombre, désert et particulièrement hostile. L’atmosphère flippante à souhait se révèle être ainsi très réussie. Tourné en grande partie à la steadicam, le film ne quitte pas d’un pas Austin Abrams, révélation du film, déjà vu dans Evanouis (excellent dans le rôle de James le junkie), qui fait encore merveille dans un rôle de simple quidam ordinaire rattrapé par une situation extraordinaire. Dans le rôle de Bryan, Abrams effectue quasiment un one-man show, se parlant à lui-même, et commentant toutes ses actions, comme s’il jouait à Resident Evil devant nous. La caméra utilise judicieusement des mouvements circulaires ou des recadrages subits pour circonscrire l’espace autour de Bryan. Le film restitue bien l’expérience des jeux avec différents plateaux (la route, la maison isolée, le tunnel et les égouts, l’hôpital de Raccoon City) et des épreuves pour passer d’un niveau à l’autre. Tout le film est d’ailleurs conçu comme une lettre d’amour aux jeux vidéo, cf. l’exclamation de Bryan lorsqu’il se sort d’une mauvaise passe, « merci les jeux vidéo! « 

Plutôt bien réalisé et se caractérisant par un humour assez noir, ce reboot s’annonce comme une certaine réussite, voire une réussite certaine. Pourtant il faut signaler quelques bémols : Zach Cregger est ainsi revenu aux choses basiques, Resident Evil étant essentiellement un survival d’horreur, avec son lot de monstres sanguinolents et hybrides qui feraient passer la créature de The Substance pour Roger Federer. Là où les jeux ont parfois une dimension socio-politique, le film manque de dimension globale et d’enjeux ambitieux, politiques, économiques, voire métaphysiques. Reproduisant le parcours parfaitement linéaire d’un joueur, Zach Cregger renonce à la narration multiple d’Evanouis, dont l’ampleur faulknerienne apportait beaucoup au film. Resident Evil n’est qu’un survival d’horreur, même s’il remplit très bien cette mission. De même, alors que [ATTENTION SPOILER] le personnage qui avait jusqu’alors représenté l’humanité s’apprête à passer la ligne jaune, ce virage tragique n’est presque pas rendu émouvant, contrairement à ce qui se produit dans La Mouche de David Cronenberg, tant le protagoniste est pris dans sa spirale de personnage de film d’action [FIN DU SPOILER]. Une réflexion presque métaphysique sur le devenir de l’humanité aurait pu faire accéder l’oeuvre à une autre dimension.

3.5

RÉALISATEUR : Zach Cregger 
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : épouvante-horreur, science-fiction, thriller
AVEC : Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Zach Cherry
DURÉE : 1h37
DISTRIBUTEUR : Metropolitan FilmExport
SORTIE LE 16 septembre 2026