Amour(s) est un programme réunissant trois moyens-métrages à la frontière entre fiction et documentaire, qui, ensemble, composent un long métrage consacré à l’amour contemporain. Chacun des films est réalisé par une femme — Alice Diop, Claire Maugendre et Héléna Klotz — apportant une dimension particulière à cet ensemble : non pas le regard féminin comme une manière de filmer les personnages, mais une véritable approche féminine des différentes possibilités de l’amour.
Les Grecs de l’Antiquité distinguaient plusieurs formes d’amour, tandis que dans l’Europe contemporaine, c’est avant tout l’amour romantique qui domine. Cette forme d’attachement qui nourrit romans et mélodrames contraste avec la conception bien plus complexe des Anciens. Le romantisme repose essentiellement sur un amour guidé par l’émotion, né d’un manque et tendu vers un accomplissement qui n’est presque jamais atteint. Telle est, du moins, l’idée fondamentale héritée du XIXᵉ siècle, une idée qui a naturellement évolué depuis, et Amour(s) en propose une réinterprétation audacieuse, principalement à travers la déconstruction des récits traditionnels tout en demeurant intimement lié à eux.
…Amour(s) en propose une réinterprétation audacieuse, principalement à travers la déconstruction des récits traditionnels tout en demeurant intimement lié à eux.
Le premier film du programme, Vers la Tendresse d’Alice Diop, brouille les frontières entre documentaire et mise en scène. Débutant comme une observation du quotidien de quatre jeunes hommes de Seine-Saint-Denis, accompagnée de leurs témoignages en voix off sur leur rapport à l’amour, le film évolue progressivement vers une réflexion profonde sur la crise des relations au sein des communautés issues de l’immigration. L’amour y apparaît également comme une construction sociale propre à une culture donnée — probablement la plus difficile à transformer, tout en étant la plus essentielle. Tous les protagonistes s’interrogent sur les raisons de leur insatisfaction amoureuse, mais un seul formule clairement l’hypothèse que le modèle transmis par leurs parents immigrés, auquel ils n’ont jamais réellement pu échapper, en est peut-être la cause. Si l’atmosphère immersive du film éveille la curiosité du spectateur pour la suite du programme, cette idée essentielle de l’amour comme phénomène culturel européen oriente également la perception des deux œuvres suivantes.

Le deuxième film, Conte Cruel de Bordeaux de Claire Maugendre, est une tragédie amoureuse enveloppée dans une esthétique proche du stop-motion, composée uniquement de photographies argentiques et d’une narration en voix off. L’histoire raconte la rencontre entre une jeune Française et un jeune migrant, dont la relation naissante semble vouée à une fin tragique. Pourtant, la manière dont ce récit classique est construit à partir d’une succession d’images fixes trouve toute sa justification dans les derniers instants du film, lorsque le réalisme apparent — après tout, toute l’histoire semble documentée par des photographies — se dissout littéralement sous nos yeux. Le récit glisse alors vers une forme de réalisme magique, transformant une histoire intime en une expérience émotionnelle presque universelle.

Si quelques lueurs d’espoir apparaissent déjà dans le film d’Alice Diop, c’est le dernier volet de la trilogie, Amour Océan d’Héléna Klotz, qui apporte un véritable apaisement. Situé dans les paysages estivaux du sud de la France, le film suit Jeanne, 17 ans, qui partage ses vacances entre sa sœur, son premier amour et la relation difficile qu’elle entretient avec son père célibataire. Le récit trouve un équilibre délicat entre mystère et révélation, évitant les explications appuyées au profit de nuances discrètes qui composent le portrait lumineux, joyeux et parfois anxieux d’un été adolescent — cette angoisse particulière où le désir est déjà né, mais dont l’accomplissement reste encore incertain.

Bien que ces trois films n’aient pas été conçus à l’origine pour être réunis, Amour(s) constitue un ensemble remarquablement cohérent, offrant un véritable voyage émotionnel — presque comme des montagnes russes — à travers les multiples visages de l’amour vus par des réalisatrices contemporaines. Agencée avec beaucoup de justesse, cette traversée s’achève sur une note heureuse, qui n’apparaît pourtant pas comme une conclusion définitive, mais plutôt comme une pause nécessaire invitant à réfléchir non seulement à l’ensemble du programme, mais peut-être aussi à l’état même de l’amour dans l’Europe d’aujourd’hui.
RÉALISATEUR : Alice Diop, Claire Maugendre, Héléna Klotz
NATIONALITÉ : France
GENRE : Comédie dramatique
DURÉE : 1h 39min
DISTRIBUTEUR : Les Grands Espaces (II)
SORTIE LE 2 septembre 2026


