Dry Leaf : un impressionnisme cinématographique

En faisant référence à cette frappe de football qui envoie le ballon dans une trajectoire imprévisible, le réalisateur géorgien Alexandre Koberidze accomplit presque exactement la même chose dans son troisième film, en privilégiant non pas le récit, quasiment absent, mais une manière singulière d’organiser les images. Tourné avec un ancien téléphone Sony Ericsson, Dry Leaf est une fascinante recherche cinématographique sur les moyens de représenter l’absence et la présence à l’écran.

Dès la toute première scène, un couple de personnes âgées découvre que leur fille, Lisa, photographe de 28 ans, les a quittés pour de bon. Son père, Irakli (interprété par le véritable père du réalisateur, David Koberidze), part alors à sa recherche, et tous les événements qui suivent prennent la forme de sa longue errance à travers la campagne géorgienne, où, selon les collègues de Lisa, elle était partie photographier des terrains de football.

…d’une beauté saisissante, comme si l’impressionnisme était recréé par les moyens du cinéma, chaque pixel de ses images en basse résolution se dissolvant à l’écran à la manière d’un tableau vivant.

Au cours de cette quête, Irakli est accompagné par un ami de Lisa, Levan, mais celui-ci demeure invisible et n’existe à l’écran que par sa voix. Il s’agit d’un nouveau procédé de Koberidze, qui semble rejeter toutes les conventions de l’organisation visuelle du cinéma : non seulement il ne se soucie pas de la qualité de l’image, choisissant délibérément la faible résolution de ses « objectifs », mais il ne montre jamais la fille disparue, ni certains autres personnages principaux. À première vue, cette méthode suggère que la meilleure manière de représenter une présence consiste à montrer son absence. Pourtant, si tout le film est consacré à la recherche de Lisa, cette quête demeure difficile à croire, puisque seul Irakli est à la fois visible et audible à l’écran. Avec une certaine part de spéculation, on pourrait même soutenir que cette recherche ne se déroule que dans son esprit.

Ce qui importe davantage que toute tentative d’interprétation des événements du film, c’est la conclusion évidente selon laquelle la présence exige une manifestation matérielle, voire une forme d’objectivation, tandis que l’absence ne peut renvoyer qu’à ce qui demeure lui aussi invisible : le chagrin d’un père, son lien affectif avec sa fille, et non sa fille elle-même.

Finalement, Dry Leaf est un film complexe, expérimental par nature ; d’une beauté saisissante, comme si l’impressionnisme était recréé par les moyens du cinéma, chaque pixel de ses images en basse résolution se dissolvant à l’écran à la manière d’un tableau vivant. Pourtant, le film semble atteindre l’inverse de son intention : toutes les absences qu’il met en scène ne parviennent jamais véritablement à acquérir une dimension plausible et, par conséquent, ne laissent au spectateur qu’une satisfaction visuelle — une récompense bien maigre pour ceux qui suivent cette histoire vacillante pendant plus de trois heures.

3.5

RÉALISATEUR : Alexandre Koberidze
NATIONALITÉ : Allemagne, Géorgie
GENRE : Drame
AVEC : David Koberidze, Otar Nijaradze, Irina Chelidze
DURÉE : 3h 06min
DISTRIBUTEUR : Notre Distribution
SORTIE LE 8 juillet 2026