Les Chroniques de Poulet Pou : retour sur Autofiction de Pedro Almodóvar. Almodóvar goes Hong Sang-soo

Almodóvar goes Hong Sang-soo. Telle fut la punchline prononcée par la personne chère à mon cœur, à peine le générique de fin terminé. Un HSS version luxe et bien dégagé derrière les oreilles, avec jolis décors aux couleurs astiquées obviously. La formule est bien vue, y aurais-je pensé moi-même, devant les mises en abîme méta qu’organise le film, où personnages et situations constituent des variations d’autres personnages et situations. Ce n’est pas qu’Almodóvar n’ait pas déjà fait des films avec récit dans le récit — je pense à La Mauvaise Éducation qui repasse sur Arte, grand plaisir de le revoir. Par rapport à la flamboyance de ses hits des années 2000, le vieil Almodóvar a ici une petite forme. Mais à tout prendre, je dirais que, sur le même thème égocentré-autofictionnel, c’est plus satisfaisant que Douleur et Gloire — il repasse aussi, beaucoup plus de mal à y trouver de l’intérêt, malgré mon affection pour Banderas.

Quoique aussi dolent et bourré de médocs, ici le créateur égocentré — il est interprété par le comédien qui jouait le vieil amant de Banderas dans D&G, méta forever — cesse de se plaindre, et fait son autocritique, c’est plutôt amusant. Le scénario à tiroirs, mal foutu pour de vrai/faux, emporte, malgré le commentaire — ou bien, est-ce grâce à lui — énoncé par les personnages eux-mêmes, qui en analysent les défauts. Et surtout, les détails de la mise en scène confirment cet autre commentaire plein d’orgueil — à savoir que, même s’il s’agit peut-être d’un film mineur d’Almodóvar, celui-ci reste un maître. Un seul exemple, je parle de scénario, or c’est par l’image que nous est montré le processus d’écriture — dans lequel le créateur égocentré vampirise la vie de ses proches, et en réalité tout ce qui l’entoure. Un avatar du réalisateur note ses idées sur les marges de la page d’un livre. L’œil du spectateur ne peut pas ne pas apercevoir dans le plan le mot ’’animal’’, imprimé dans le texte de l’ouvrage. La phrase qui vient alors à l’esprit du créateur, récitée en voix off, contient précisément le mot.