Cela fait huit ans que Agnès Jaoui n’avait pas réalisé de film, sa dernière oeuvre en salle étant Place publique (2018). Entre-temps, en 2022, elle a en effet réalisé quelques épisodes de la série En thérapie, pour Arte et surtout est survenue en 2021 la disparition brutale de son partenaire d’écriture et ex-compagnon Jean-Pierre Bacri, comédien très aimé du grand public français. Le retour d’Agnès Jaoui au cinéma, en tant que réalisatrice, est donc en soi un petit événement. Pour son grand retour, elle a choisi d’évoquer un cas de harcèlement dans un contexte assez singulier, la mise en scène d’opéra, l’occasion pour elle de confronter cette situation à la diversité des opinions et au fossé des générations.
Dans les coulisses d’une ambitieuse production de l’opéra «Les Noces de Figaro», les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril
la production et forçant chacun à prendre position. Les conflits d’opinion et de génération se font jour…
Le tout, satirique et caricatural à souhait, est enrobé par les ornementations musicales de Mozart, transformant l’ensemble en divertissement de bon aloi, dénué de profondeur et de réflexion.
Le film commence de manière très bancale. Une influenceuse, Mirabelle, est catapultée metteuse en scène d’opéra et est chargée d’organiser le spectacle des Noces de Figaro de Mozart, d’après la célèbre pièce de Beaumarchais au titre presque éponyme. Interviewée à la radio, elle ne cesse de débiter des banalités affligeantes sur le patriarcat, d’une voix mal assurée, voire des contresens, en qualifiant Mozart de féministe avant la lettre. Quelques instants plus tard, deux chanteuses, recrutées pour Les Noces de Figaro, Cora (Eye Haidara) et Sophie (Tiphaine Daviot) se disputent sur scène lors de répétitions, à la suite d’une déclaration maladroite de Sophie, se félicitant du recrutement de Cora, au nom de la diversité. Cora prend très mal cette défense implicite des quotas, ce qui fait que Sophie ne cesse de s’excuser platement. Continuons par un autre exemple : Daniel Auteuil jouant le chef d’orchestre, se réjouissant à tue-tête de ne pas se retrouver sur une liste d’agresseurs sexuels présumés. Enfin finissons sur des phallus géants se trouvant sur la scène de l’opéra, en guise d’oripeaux vacillants de la masculinité, dignes de Folies bourgeoises, l’un des pires films de Claude Chabrol ou des nanars de Tinto Brass. On pensait se trouver dans un film d’Agnès Jaoui ; on se retrouve dans un maelstrom de blagues sexistes et de sous-entendus racistes censés être désamorcés par l’humour et le sens de la dérision. Là où on espérait de la complexité et de la nuance, les séquences s’enchaînent avec la subtilité d’une auto-tamponneuse.
Pourtant, loin de nous l’idée d’accuser Agnès Jaoui d’antiféminisme. Féministe, elle l’a été très profondément, convertissant même Jean-Pierre Bacri, misogyne au départ, à sa cause. Mais depuis elle a pris ses distances avec le collectif 50/50 en raison de l’affaire Favreul/Beausson-Diagne, du nom d’une ex-administratrice du collectif, Juliette Favreul, accusée de harcèlement sexuel, puis ensuite relaxée. Dans son film, Agnès Jaoui tente en vain de réconcilier toutes les parties, de considérer les plaintes des victimes mais aussi les excuses des coupables., solidaires d’un ordre antérieur persistant. Ce parti pris humain, voire humaniste, finit par porter tort au parti des victimes, car, considérés avec bienveillance, les agresseurs sont finalement exemptés de toute responsabilité individuelle, étant eux-mêmes victimes d’un système global, le fameux patriarcat. En dépit de toutes ses bonnes intentions, Agnès Jaoui finit donc par s’enliser dans une caricature creuse du débat #MeToo, et donner à penser sous l’égide de Mozart, que les revendications féministes sont amenées à continuer, y compris dans le monde d’aujourd’hui.
Le tout, satirique et caricatural à souhait, est enrobé par les ornementations musicales de Mozart, transformant l’ensemble en divertissement de bon aloi, dénué de profondeur et de réflexion. Passons sur le fait un peu gênant que le play-back des comédiens sur une bande-son de chanteurs d’opéra s’avère un désastre complet, en raison du décalage permanent entre l’ouverture des lèvres et le son censé en sortir. Néanmoins on ne peut s’empêcher de penser que le choix de l’opéra, pour traiter de #MeToo, n’est ni représentatif ni judicieux et sert davantage à ensommeiller et adoucir les consciences, plutôt qu’à les réveiller.
Seul point positif du film, la révélation de jeunes actrices, Eye Haidara (déjà vue dans Le Sens de la fête et En thérapie), Lucie Gallo et Tiphaine Daviot (la série HP) qui tirent leur épingle du jeu d’un film emberlificoté dans ses contradictions et ses caricatures. L’Objet du délit est dédié à Jean-Pierre (Bacri). On pourrait croire que l’absence du co-auteur de prédilection d’Agnès Jaoui serait la principale cause de l’échec de ce film. C’est peut-être le cas mais rappelons à tout bon entendeur que l’ensemble des films postérieurs au Goût des autres (César du meilleur film en 2001), co-scénarisés à l’époque par Jean-Pierre Bacri, n’ont guère laissé de traces mémorables, contrairement à Cuisine et dépendances, Un air de famille et les films scénarisés pour Alain Resnais. Il en sera de même pour L’Objet du délit, dont on aurait aimé pourtant dire du bien.
RÉALISATRICE : Agnès Jaoui
NATIONALITÉ : française
GENRE : comédie dramatique, musical,
AVEC : Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Claire Chust, Lucie Gallo, Eye Haidara, Tiphaine Daviot
DURÉE : 2h13
DISTRIBUTEUR : StudioCanal
SORTIE LE 27 mai 2026


