2026, année queer à Cannes? C’est bien possible. La thématique n’a jamais en tout cas été aussi présente en compétition. Rappelons ainsi les couples lesbiens de La Vie d’une femme et de Garance ou l’enchaînement de films au Festival de Cannes représenté par The Man I love, La Bola Negra et justement Coward, mettant en scène des romances gays. Or Coward représente un tournant dans l’oeuvre de Lukas Dhont : film d’époque, film de guerre, il est un défi à bien des égards pour le jeune metteur en scène belge. On n’imaginait guère celui qui nous interrogeait dans ses précédents films sur le genre (Girl) et les amitiés amoureuses pré-adolescentes (Close) se confronter à l’état de guerre, rugueux et sauvage. Lukas Dhont prouve ainsi à tous ses détracteurs qu’il est un véritable metteur en scène en osant représenter la guerre et toutes ses horreurs.
Le jeune soldat Pierre veut faire ses preuves sur le front pendant la Première Guerre mondiale. Derrière les lignes, il rencontre Francis, chargé de remonter le moral des troupes.
Coward témoigne à nouveau de la grande qualité de cinéaste de Lukas Dhont, capable de traiter de tous les sujets, même s’il ramène finalement tout film à la thématique queer qui l’intéresse profondément.
Tourner un film de guerre, c’est presque une épreuve viriliste pour un metteur en scène. Les plus grands s’y sont confrontés comme Kubrick, Coppola, Cimino, Walsh, Ford, etc. Lukas Dhont passe avec brio le test, en ne s’avérant maladroit ni dans la représentation de la violence ni dans la promiscuité quasiment vulgaire, ce qu’on aurait difficilement imaginé a priori de sa part. Dans un Festival de Cannes saturé de représentations de la Seconde Guerre Mondiale, il a même l’originalité de choisir la Première, plus terre-à-terre et sans doute plus proche de conflits comme ceux se déroulant actuellement en Ukraine, en Iran ou à Gaza. L’écho de ces conflits contemporains retentit incontestablement dans la vision de ces scènes, même si elles ont déjà été vues et revues mille fois dans des films antérieurs.
Lukas Dhont est sans doute le seul metteur en scène à faire un film de guerre et à le transformer en romance gay. Car Coward n’est pas seulement un film de guerre sur la Première Guerre Mondiale. En Belgique, des soldats étaient également missionnés pour divertir les troupes. Lukas Dhont utilise cette particularité belge pour bâtir une romance entre Pierre, le jeune soldat prêt à en découdre, et Francis, le soldat ayant vocation à faire le spectacle. Entre la guerre et l’art, se noue alors une alliance incongrue. Sauf erreur de notre part, on remarquera que l’alchimie entre les deux acteurs principaux est telle qu’il n’y a pas eu besoin de coordinateur d’intimité sur ce tournage, alors que le résultat à l’écran s’avère bluffant.
Certains pourront préférer les deux premiers films de Lukas Dhont, plus intimistes et a priori proches de lui ; d’autres celui-ci, plus ambitieux et destiné à prouver sa valeur. Quoi qu’il en soit, Coward témoigne à nouveau de la grande qualité de cinéaste de Lukas Dhont, capable de traiter de tous les sujets, même s’il ramène finalement tout film à la thématique queer qui l’intéresse profondément.
RÉALISATEUR : Lukas Dhont
NATIONALITÉ : belge
GENRE : drame, historique, romance
AVEC : Emmanuel Macchia, Valentin Campagne, Jonas Wertz
DURÉE : 2h
DISTRIBUTEUR : Diaphana distribution
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