Mariage au goût d’orange : beaucoup de bruit pour rien

Christophe Honoré fait partie des habitués réguliers du Festival de Cannes, sans jamais pour autant figurer parmi ses auteurs essentiels. Sur dix-sept longs-métrages en vingt-quatre ans, huit ont été sélectionnés à Cannes, soit quasiment la moitié. Ses meilleurs films demeurent pourtant Les Chansons d’amour et La Belle personne, réalisés il y a presque vingt ans. Ces dernières années, hormis Guermantes, très intéressant sur la confusion réalité/fiction, mais jamais sorti en salle, Marcello Mio était sympathique mais relativement faible, Chambre 212 ressemblait fortement à du sous-Bertrand Blier, et Le Lycéen une banale histoire de deuil qui ne sort pas du lot. Cette fois-ci, après Bertrand Blier, Christophe Honoré s’inspire des références du récit choral au cinéma, Robert Altman (Un Mariage), Paul Thomas Anderson (Magnolia), pour explorer les traumas de personnages qui semblent tout droit sortis de sa propre famille.

Dans une église d’un faubourg de Nantes, en mars 1978, la famille assiste au mariage de Jacques, le dernier des sept enfants, et de Martine, habitant le même quartier familial. Le père de Jacques, n’y étant pas invité, en raison de son bannissement depuis un bon moment, revient à la surface…

Rien ne fonctionne réellement dans cette oeuvre, où la nostalgie clignote comme un effet saoulant à la manière des chansons de Claude François.

Au départ, Christophe Honoré voulait faire de l’histoire de sa famille un film ; il en a fait finalement une pièce, Le Ciel de Nantes, qui a rencontré un certain succès. Enhardi par cette réussite, il a réussi à écrire un scénario à partir de cette pièce, en s’inspirant des maîtres du récit choral. Mariage au goût d’orange est le résultat de cette transposition. A Nantes, dans les années 70, le film offre la photographie en mouvement d’une famille, celle de l’auteur, qui se réunit, s’aime, se déchire, ce qui permet une sorte de portrait des acteurs chéris d’un certain cinéma d’auteur.

Le film est construit autour de trois grands moments d’un mariage interrompus par de plus ou moins brefs flash-forwards qui nous renseignent sur la destinée de quelques-uns des personnages participant au mariage, quelques années plus tard à Nantes. On y découvrira le sort tragique de Claudie (Adèle Exarchopoulos), jeune femme rejetée par son mari, devenue mère célibataire, la fin prématurée de Jacques, (Paul Kircher) le marié du jour, etc. Les portions de jeu étant congrues, se répartissant sur une quinzaine de personnages, il s’agit de briller vite et très fort. A ce jeu-là, la meilleure s’avère très vite Adèle Exarchopoulos, aux faux airs par moments d’Annie Girardot, qui réussit à jeter un sort à chacune de ses scènes, afin qu’on ne remarque qu’elle, tout au plus suivie par Nadia Tereszkiewicz, en épouse jalouse et frustrée.

Néanmoins l’interprétation n’est pas le principal souci de Mariage au goût d’orange. Tout semble certes extrêmement forcé, à l’opposé du naturel mais surtout les problématiques qui, en soi, apparaissent intéressantes paraissent atterrir dans le champ des lieux communs : homophobie, racisme, guerre d’Algérie, chômage, etc. Rien chez des personnages réduits la plupart du temps à des silhouettes tout juste caractérisées ne nous séduit vraiment, comme si Honoré n’avait pas trouvé la bonne distance pour nous transmettre son attachement à ces fantômes d’une génération révolue.

D’un point de vue factuel, le mariage en question semble réunir nombre de communautés a priori différentes, ce qui apparaît comme une utopie dans les années 70, et n’a pu réellement se réaliser que dans les années 90. Etrangement, alors que la famille comporte un membre asiatique (Park Jin-min de La Petite dernière), les Noirs se signalent par leur absence, hormis un figurant qui n’aura pas droit à la moindre réplique. Dans la pièce, les personnages commentaient leurs propres actions, ce qui apparait bien plus original que le résultat filmique qui ressemble à une narration chorale lambda.

Rien ne fonctionne réellement dans cette oeuvre, où la nostalgie clignote comme un effet saoulant à la manière des chansons de Claude François. La magie de la reconstitution n’opère pas et répétons-le, hormis surtout les scènes d’Adèle Exarchopoulos, tout demeure d’une platitude rarement observée, où Christophe Honoré enfonce des portes ouvertes mille fois enfoncées. On ne peut s’empêcher de penser à cette réflexion entendue dans Coutures d’Alice Winocour : « ce qui est vrai n’est pas forcément intéressant« , en regrettant qu’Honoré ait délaissé l’originalité et une certaine radicalité pour une narration qui se voudrait unanimiste et consensuelle, et s’avère à l’arrivée peu convaincante.

2.5

RÉALISATEUR : Christophe Honoré
NATIONALITÉ : française
GENRE : comédie dramatique
AVEC : Adèle Exarchopoulos, Vincent Lacoste, Paul Kircher, Alban Lenoir, Nadia Tereszkiewicz, Malou Khebizi, Myriem Akheddiou, Noée Abita, Saadia Bentaïeb, Victoire Du Bois
DURÉE : 1h55
DISTRIBUTEUR : Ad Vitam
SORTIE LE 18 novembre 2026