Cosmos : l’histoire d’un cycle

Germinal Roaux commence sa carrière professionnelle en 1996 comme reporter photographe auprès de magazines avant de réaliser son premier film documentaire en 2003, Des tas de choses, sur l’intégration des personnes en situation de handicap mental, puis en vient peu à peu au long-métrage. Cosmos est récompensé par le Grand Prix de la fiction au FIFDH – Festival International du film sur les Droits Humains – mention spéciale du jury international. C’est en 2009, à l’occasion d’un projet photographique au sein d’une communauté du Yucatan que lui vient l’idée du film. En effet, ce dernier est imprégné de la cosmovision du peuple maya qui ne sépare pas l’homme de la nature, le visible de l’invisible et vit en harmonie avec son environnement sans souci de prédation ou d’acquisition à travers son personnage principal appelé Leon joué par Andres Catzin qui a lui-même grandi dans la jungle dans une relation quotidienne et organique avec la nature. Nous le suivons à travers son périple, marchant à son rythme, pas lents mais précis, se repérant au milieu des arbres.

Leon vit dans une vieille masure au milieu de la jungle, pauvrement, dormant dans un hamac et se contentant de peu. Heureux comme on peut l’être de vivre modestement mais en harmonie avec la nature qui l’environne. Mais une route se construit qui doit passer par sa maison qui menace ainsi d’être détruite. Les géomètres sont déjà là, à pied d’oeuvre et bientôt les camions et les tracteurs qui doivent entreprendre la construction de la route. Le thème de la mort s’associe avec celui d’un changement d’époque où la vie que mène Leon devient de plus en plus impossible : un crâne fiché dans un bâton qu’il prend dans ses mains et emporte chez lui comme une relique qu’il finira par rendre à la nature d’où il provient et à laquelle nous finissons tous par nous rendre ; c’est l’histoire du cycle éternel formé par la vie et auquel participe la mort. Un cadre à l’intérieur duquel un dessin montre l’âme humaine enfermée dans le corps d’un homme représenté par un squelette : la mort, là encore. Leon va se recueillir sur la tombe modeste – une croix seule atteste de la sépulture – de son frère récemment disparu. Et puis il y a ce vent qui hante la bande sonore du film et qui se signale par le remuement des herbes hautes et des branches dans les arbres. L’orage aussi qui tonne et illumine le ciel sombre de la nuit.


C’est un film à la gloire de l’humanité douce et éloignée du rythme trépidant et des violences de notre quotidien.

Le sentiment de la mort nous saisit concurremment aux impressions que nous laisse une nature toujours en mouvement, toujours vivante. Car Lena, deuxième personnage important du film, apparaît soudainement en ville et nous la suivons jusque chez elle où elle vit dans un ancien couvent en compagnie de sa servante Hilda. Autant Leon est pauvre et analphabète, autant Lena est riche et lettrée, ancienne professeure d’université, essayiste et peut-être poétesse elle même. Elle vit au milieu de ses livres, à peine débarquée de Mexico où elle a longtemps vécu avec son mari décédé, autant dire des souvenirs du passé. Extrêmement malade, elle se retire de plus en plus dans sa demeure isolée, refusant de participer plus longtemps aux soirées littéraires auxquelles elle est conviée par son ami architecte. Une solitude noire et forcée par rapport à la liberté choisie de Leon. Cependant, les deux êtres vont se rencontrer et c’est l’histoire de cette rencontre que nous narre le film.

Où Lena va enfin pouvoir s’apaiser au contact de ce paysan pauvre et illettré. Rencontrer enfin l’amour humain comme elle le déclare elle-même et sourire, et rire. Et si Leon est maladroit pour danser, ses gestes sont sûrs et précis pour soigner et guérir les plaies intérieures. C’est un film à la gloire de l’humanité douce et éloignée du rythme trépidant et des violences de notre quotidien. Un rythme lent mais majestueux soutient le film, nous laissant le temps de respirer avec les personnages, de sentir leurs émotions et de nous livrer avec eux à leurs réflexions. Car pour Leon, la mort est naturelle et relève simplement du cycle à chaque fois renouvelé de la vie. Le cinéaste nous invite à déplacer un tant soit peu notre regard pour voir à travers des yeux neufs un monde vieux et décrépit mais où il est encore possible pour autant qu’on en ait la volonté de vivre dans le respect et la chaleur humaine. Un film qui questionne notre intimité la plus profonde sur fond d’une photographie magnifiquement travaillée.

4.5

RÉALISATEUR : Germinal Roaux
NATIONALITÉ : Suisse, Mexique, France
GENRE : Drame
AVEC : Angela Molina, Andres Catzin, Erandeni Duran
DURÉE : 2h33
DISTRIBUTEUR : Nour Films
SORTIE LE 6 mai 2026