Dua : quand l’adolescence rencontre la guerre et ses horreurs

Présenté à la Semaine de la Critique, Dua confirme le regard profondément humain de Blerta Basholli sur les fractures intimes provoquées par l’Histoire. Après La Ruche (2022), la réalisatrice poursuit son exploration du Kosovo contemporain à travers un récit à hauteur d’enfant, où les bouleversements politiques s’infiltrent peu à peu dans les gestes du quotidien. Porté par une mise en scène immersive, le film capte avec justesse ce moment où l’adolescence devient une forme de résistance.

Le quotidien d’une adolescente et sa famille à Pristina à la fin des années 90. Le Kosovo est au bord de la guerre avec la Serbie et Dua, 13 ans, doit choisir entre les injonctions de ses camarades de classe et ses propres envies. Mais les tensions ethniques grondent et le danger se rapproche de sa famille. Une jeune fille de 13 ans voit sa vie quotidienne et familiale se métamorphoser à mesure que le conflit entre le Kosovo et la Serbie s’intensifie.

Le film bascule habilement du récit d’apprentissage au drame, et montre avec finesse les répercussions de la guerre sur la construction de soi

Le film bascule habilement du récit d’apprentissage au drame, et montre avec finesse les répercussions de la guerre sur la construction de soi, en particulier à l’adolescence. Dans ce deuxième long métrage aux accents autobiographiques (Dua est dédié à ses parents), Blerta Basholli replonge dans le quotidien du Kosovo des années 90, la caméra rivée à sa jeune héroïne, sans jamais vraiment la quitter.

Ce qui frappe d’abord, c’est la capacité de la cinéaste à faire émerger la menace sans jamais forcer le trait, préférant les silences aux démonstrations, les regards aux discours. Elle choisit de mettre en place une tension diffuse qui accompagne progressivement la perte d’innocence de la jeune Dua. La caméra reste constamment proche d’elle, épouse ses hésitations, ses colères, ses envies contradictoires. Cette proximité donne au film une sincérité émotionnelle indéniable.

Le récit aurait parfois gagné à être davantage resserré (le film souffre de quelques longueurs et veut aborder beaucoup de choses), certains enjeux restant esquissés plutôt qu’explorés en profondeur. Toutefois, cette retenue fait aussi la singularité du film : Dua refuse le spectaculaire pour privilégier une chronique sensible du basculement vers la guerre. La reconstitution des années 90 participe pleinement à cette immersion mélancolique.

Dua refuse le spectaculaire pour privilégier une chronique sensible du basculement vers la guerre.

En définitive, Dua demeure un beau portrait d’adolescence pris dans la tourmente de l’Histoire. Un film pudique et émouvant, porté par une mise en scène fine et une héroïne attachante, qui rappelle combien les conflits se vivent d’abord dans l’intimité des familles et dans les regards des enfants.

3.5

RÉALISATEUR : Blerta Basholli 
NATIONALITÉ : Kosovo, Suisse, France
GENRE : Drame
AVEC : Luàna Bajrami, Arben Bajraktaraj
DURÉE : 1h40
DISTRIBUTEUR : Jour2Fête
SORTIE LE : Prochainement en salle