Koji Fukada fait partie de la nouvelle génération du cinéma japonais, celle des quadragénaires, au même titre qu’un Ryusuke Hamaguchi, en étant légèrement en retrait. Alors son aîné d’un an a déjà remporté l’Oscar du meilleur film international et le Prix du scénario pour Drive my car, lui va fêter sa première véritable sélection en compétition à Cannes, le diptyque Suis-moi, je te fuis, Fuis-moi, je te suis ayant seulement fait partie de la sélection maudite de l’année Covid 2020. Mine de rien, Fukada se signale par sa productivité : Quelques jours à Nagi est déjà son douzième film et renoue avec l’atmosphère campagnarde et bucolique du film qui l’a fait connaître en France, Au revoir l’été. Il est en effet aussi question d’un retour vers un village d’enfance qui permet de se replonger dans ses souvenirs.
Yuri, architecte divorcée, rend visite à son ancienne belle-sœur Yoriko, sculptrice installée dans le village de Nagi. Ce séjour, d’abord envisagé comme une simple parenthèse, prend une tournure inattendue lorsque Yuri accepte de poser pour elle. Au fil des séances, les silences se peuplent de souvenirs, et un lien profond, longtemps enfoui, ressurgit entre les deux femmes. Loin de l’agitation de Tokyo, Yuri se laisse gagner par la douceur du quotidien rural et la vie des habitants. Les jours passent, comme si quelque chose, ici, l’invitait à rester.
Un joli film, étrangement peu marquant, mais agréable, comme si ses affects ne laissaient pas de trace mais un souvenir bienfaisant et éphémère.
Au visionnage de Quelques jours à Nagi, deux souvenirs cinéphiliques s’imposent à l’esprit. Le film se passant du 13 au 21 mai, il s’agit d’une parenthèse quasiment enchantée, une semaine de vacances, qu’une femme traverse pour redonner un sens à sa vie, comme dans le film éponyme de Bertrand Tavernier avec la regrettée Nathalie Baye. La grande différence, c’est l’aspect volontairement rural de cette pause. Il s’agit non seulement de faire une pause mais également de replonger dans ses souvenirs. L’autre grand souvenir cinéphilique, ce sont les grands fondateurs de la Nouvelle Vague, pas exactement le trio le plus célèbre, Truffaut-Godard-Chabrol, mais le duo des éminences grises, Rohmer-Rivette. De Rohmer, Fukada retient l’attention au paysage, l’attachement à la nature, ainsi que le goût du dialogue. De Rivette, il reprendra la progression d’une oeuvre appartenant aux Beaux-Arts car, comme dans La Belle Noiseuse, il s’agira dans sa meilleure partie de séances de pose entre un artiste (peintre ou sculpteur) et un modèle.
L’art vu par Fukada est sensible et délicat, de même que sa manière de filmer et de s’intéresser aux autres personnages du village, deux jeunes adolescents, un maire du village, veuf éploré et très troublé par la ressemblance de Yuri avec sa défunte épouse. Les séances de pose permettent d’approfondir notre connaissance des deux personnages féminins. Yuri, architecte, fut l’épouse du frère de Yoriko avant de divorcer. Yoriko, en revanche lesbienne, est restée célibataire et est devenue la confidente des jeunes du village. Fukada dresse ainsi le portrait de deux femmes indépendantes, se situant au-delà des conventions.
Pourtant, derrière la sensibilité et la délicatesse du style, ce qui étonne, c’est que rien n’émeut véritablement ni ne marque profondément. Comme si cette parenthèse en-dehors du temps et du monde urbain se situait aussi délibérément en-dehors de nous. La rumeur du monde semble pourtant exister, comme ces explosions d’un camp militaire voisin ou ces références à la guerre en Ukraine mais elles demeurent bien trop lointaines pour ne pas apparaître comme des déclarations d’intention, bien davantage que l’expression d’une émotion durablement ressentie. La conclusion, éminemment prévisible, concernant la décision finale de Yuri, ne surprendra pas, comme si le film se refermait comme une huître sur l’enceinte de son village bien-aimé. Un joli film, étrangement peu marquant, mais agréable, comme si ses affects ne laissaient pas de trace mais un souvenir bienfaisant et éphémère.
RÉALISATEUR : Koji Fukada
NATIONALITÉ : japonaise
GENRE : drame
AVEC : Takako Matsu, Shizuka Ishibashi, Kenichi Matsuyama
DURÉE : 1h50
DISTRIBUTEUR : Art House
SORTIE LE 7 octobre 2026


