Christy : moi, Christy

A son échelle, Sydney Sweeney représente un phénomène cinématographique. Issue des séries (The Handsmaid’s Tale, Sharp objects, The White Lotus et surtout Euphoria), elle a progressivement, à seulement 28 ans, conquis le haut de l’affiche des films. Certes, pour cela, il lui a fallu ramer pendant seize ans, depuis 2009-2010, dès le début de sa puberté. Mais les résultats sont là : de cette pépinière extraordinaire de vedettes jaillie d’Euphoria, elle est incontestablement celle qui a le plus réussi, hormis Zendaya, et bien davantage que Jacob Elordi et Hunter Shafer, pour l’instant. Signe de son pouvoir, elle est devenue productrice et peut soutenir et même lancer des projets qui ont son aval. Ainsi, en est-il de Christy, biopic de la boxeuse Christy Martin, véritable légende du sport féminin, réalisé par David Michôd, réalisateur australien repéré pour ses films ultra-violents, (Animal Kingdom, The Rover).

Inspiré d’une histoire vraie, Christy retrace l’ascension tumultueuse de la boxeuse Christy Martin, qui est passée de l’anonymat à la célébrité. La légendaire ténacité de Christy sur le ring cache en réalité des combats plus intimes avec sa famille, son identité et une relation toxique qui pourrait bien se transformer en une question de vie ou de mort.

Christy est donc principalement un film sur le phénomène d’emprise et de violence conjugale, en particulier dans sa dernière heure et demie.

Quand le film commence, on pense se retrouver dans un film de boxe classique, une sorte de Rocky au féminin, où l’héroïne, fille d’un soudeur dans une mine de charbon en Virginie Occidentale, se met à la boxe, sans vocation particulière, alors qu’elle était basketteuse. Comme la protagoniste de Million dollar baby, oeuvre expressément mentionnée dans les dialogues du film, Christy Salters met K.O. ses adversaires, sans coup férir, en quelques reprises. Les victoires s’enchaînent, Christy s’annonce hyper-douée, elle va rapidement parvenir au sommet de sa profession. Cela pourrait être donc un biopic sportif classique où le champion, en l’occurrence la championne, va découvrir par hasard le don qui va changer sa vie, elle a trouvé sa voie alors que, comme elle le dit, « la plupart des gens passent leur vie à la chercher sans la trouver« . Le spectateur s’attend alors à un « rise and fall » classique mais efficace, où le champion va profiter de l’étendue des ses talents, jusqu’à la chute programmée, à partir du moment où l’âge va jeter un éclairage cruel sur le gâchis opéré sur le potentiel du sportif.

Mais le déclin ne proviendra pas du temps assassin ou de l’usure de la personne. Le ver se trouvait déjà en fait dans le fruit, sans que personne ne s’en soit aperçu. A partir du moment où Christy va accepter, en vue de réussir, de s’associer avec l’entraîneur Jim Martin, ce dernier la mènera sans doute vers la réussite, mais aussi vers une spirale de violence et de négation de soi. En raison de sa dépendance professionnelle à l’égard de Jim Martin, Christy sera amenée à renoncer à son identité homosexuelle en épousant son entraîneur, voire à en endosser une autre. en traitant ses adversaires de « gouines ». D’une certaine manière, Christy s’auto-administre une thérapie de reconversion sexuelle forcée à la manière de Come as you are. Tout comme Christy dissimule sa véritable identité sexuelle, le film masque jusqu’en son milieu sa vraie nature qui consiste à dénoncer la dépendance professionnelle et affective et le phénomène d’emprise. Dans le rôle de Jim Martin, Ben Foster accomplit une performance d’une rare précision pour caractériser les traits de la créature toxique qui va exercer sa domination masculine.

Christy est donc principalement un film sur le phénomène d’emprise et de violence conjugale, en particulier dans sa dernière heure et demie. Le milieu social étant peu ou prou le même, – un prolétariat de très bas étage -, le film peut fortement faire penser à Moi, Tonya, de Craig Gillespie, retraçant le parcours de Tonya Harding, patineuse artistique, issu, elle aussi, d’un prolétariat « white trash ». Néanmoins une grande différence sépare les deux films : Craig Gillespie emprunte la forme du « mockumentary », prenant un peu de haut ses protagonistes et leur appliquant une dérision humoristique, là où David Michôd filme à hauteur d’homme (de femme, en l’occurrence) et investit dans la solennité tragique. Christy est une victime sans le savoir, mais va reprendre possession de son destin, faisant preuve d’une résilience à toute épreuve. Dans le rôle de Christy Martin, Sydney Sweeney qui avait déjà montré d’authentiques qualités de comédienne dans Reality de Tina Satter, montre qu’elle aurait pu figurer sans déshonneur dans la shortlist des nommées à l’Oscar de la meilleure actrice. N’hésitant pas à s’enlaidir et à prendre du poids pour endosser ce rôle, elle montre à l’évidence qu’elle est bien plus qu’un joli décolleté (qu’elle ne montrera d’ailleurs pas ici, comme dans Reality, contrairement à Tout sauf toi ou La Femme de ménage). Cette performance était un peu l’équivalent de Monster pour Charlize Theron, sans que cette fois-ci elle parvienne jusqu’à l’Oscar. Ce n’est que partie remise. Elle part d’assez loin. Mais comme pour Christy, rien ne paraît impossible.

3.5

RÉALISATEUR : David Michôd
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : biopic, drame
AVEC : Sydney Sweeney, Ben Foster, Merritt Weaver, Katy O'Brian
DURÉE : 2h15
DISTRIBUTEUR : Metropolitan FilmExport
SORTIE LE 4 mars 2026