Après le classique d’Alexandre Dumas, Vingt ans après, la première oeuvre à faire revenir un groupe de personnages après une période importante d’années, de manière à vérifier sur eux les effets terribles du temps, d’autres ont repris ce procédé, dans la littérature, le cinéma ou plus particulièrement à la télévision : Ça de Stephen King, Twin Peaks de Mark Frost et David Lynch, The Kingdom de Lars Von Trier, X-Files de Chris Carter, etc. Le Diable s’habille en Prada 2 applique le même principe, mais au cinéma, en respectant exactement l’écart temporel fixé par le roman de Dumas, contrairement aux autres exemples mentionnés. En 2026, soit vingt ans après 2006, date de la sortie du premier opus, on retrouve donc sous la houlette de David Frankel, le metteur en scène d’origine, Miranda, Andy, Emily et Nigel, en train de se débattre dans la gestion et la direction du magazine Runway qui fait toujours la pluie et le beau temps dans l’univers de la mode.
Vingt ans après, Runway est en crise. Miranda Priestly, fragilisée par le déclin de la presse et par des troubles de la mémoire, voit son autorité vaciller. Andy Sachs revient au magazine à un poste clé, tandis qu’Emily Charlton, devenue puissante dirigeante d’un groupe de luxe, contrôle désormais les financements. Entre oublis, rivalités anciennes et rapports de force inversés, le pouvoir change de mains.
Si la mise en scène ne se signale pas par son originalité, l’essentiel du film réside dans son scénario et surtout ses acteurs, ou plutôt ses actrices, tant elles dominent, hormis Stanley Tucci, la distribution.
Adaptation d’un roman de Lauren Weisberger, best-seller sorti en 2003, Le Diable s’habille en Prada est entré dans la culture populaire. Il s’agit d’un des symboles de la culture « girlie » au même titre que Sex and the city : en effet, c’est pour la première fois la démocratisation de l’univers de la mode, la première fois aussi qu’une histoire est racontée entièrement du point de vue féminin, la première fois surtout qu’est mis en lumière le rôle de l’assistant(e), – ce que reprendra un véritable auteur, Olivier Assayas dans Sils Maria et Personal Shopper à travers les rôles dévolus à Kristen Stewart, – et enfin le rôle d’une femme forte, rédactrice en chef, autoritaire et souvent antipathique, inspirée de la personne d’Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue, ce qui brisait une sorte de tabou envers les personnages féminins.
Tous ces aspects particulièrement innovants se sont durablement installés dans la culture populaire, en particulier le fait d’attribuer des traits antipathiques et fascinants à un personnage féminin, devançant le traitement d’une Cersei Lannister dans Game of Thrones, c’est-à-dire de donner des caractéristiques souvent réservées à des personnages masculins. Néanmoins tout cela cachait que le film lui-même était très moyen, du point de vue du style et de l’esthétique. Vingt ans après, rien ne change vraiment : le deuxième opus se signale aussi par un style de réalisation et de montage vif et superficiel, s’inspirant des reportages sur la mode. Des réalisateurs venant du clip ou de la publicité sont pourtant devenus de réels metteurs en scène : David Fincher, Michel Gondry, Spike Jonze. Ce n’est pas le cas de David Frankel, qui compte aussi parmi ses plus grands succès, Marley et moi, comédie animalière sympathique et anodine, avec Jennifer Aniston et Owen Wilson. En vingt ans, les tops-models Heidi Klum ou Naomi Campbell sont ainsi toujours visibles en caméos au détour d’un plan mais Lady Gaga (trois titres sur la B.O.) s’est substituée à Madonna, même si l’on entend toujours Vogue, le morceau iconique de la Madone en version remixée.
Si la mise en scène ne se signale pas par son originalité, l’essentiel du film réside dans son scénario et surtout ses acteurs, ou plutôt ses actrices, tant elles dominent, hormis Stanley Tucci, la distribution. Le Diable s’habille en Prada 2 adapte la suite directe du roman originel, Vengeance en Prada : Le Retour du diable de la même autrice Lauren Weisberger, par la même scénariste, Aline Brosh McKenna. L’univers est adapté au contexte, soit l’importance des réseaux sociaux, le caractère immatériel de l’information et de son support, le déclin inéluctable et programmé de la presse. Mais, à part cela, rien ne change vraiment. Hormis une intrigue sentimentale complètement superflue, les mises en situation scénaristiques sont assez cocasses, pimentées par des répliques vachardes, qui compensent le côté passe-partout de la mise en scène, par exemple sur la taille des sourcils d’Andy Sachs ou l’inexistence factuelle du magazine Runway. Le pouvoir s’apprécie du côté de ceux qui possèdent le plus d’argent, ce qui va constituer le noeud dramatique du film, symbolisé par les Barnes, couple divorcé richissime.
Du côté de l’interprétation, Meryl Streep reste égale à elle-même, en Cruella opportuniste et lucide ; Stanley Tucci gagne du galon en révélant une humanité déjà perceptible dans le premier volet. En revanche, contrairement au premier opus, Anne Hathaway a réussi à inverser le rapport de domination dramatique envers Emily Blunt, un peu trop reléguée ici à l’emploi caricatural de méchante. De manière générale, sans risques pris ni grandes surprises, Le Diable s’habille en Prada 2 applique la maxime : Bis repetita placent « Ce qui est répété, redemandé plaît. »
RÉALISATEUR : David Frankel
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : comédie
AVEC : Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci
DURÉE : 1h59
DISTRIBUTEUR : The Walt Disney Company France, 20th Century France
SORTIE LE 29 avril 2026


