Vivaldi et moi : la voix de son maître

Le film musical classique est presque une spécificité italienne, tant la musique classique a connu son âge d’or au XVIIIème siècle, en particulier du côté de Venise. Les films qui en relèvent constituent presque un genre à part : en font preuve ces dernières années Il Boemo de Petr Vaclav, coproduction tchéco-slovaquo-italienne sur Josef Mysliveček, compositeur aujourd’hui oublié, révéré par Mozart, ou encore Gloria, film italo-suisse de Margherita Vicario, sur l’émancipation féminine, porté par la grâce indicible de Galatea Bellugi. Vivaldi et moi en est une troisième illustration réalisée par le metteur en scène d’opéras et directeur artistique, Damiano Michieletto. Somptueux visuellement et musicalement, Vivaldi et moi, loin d’être un biopic du célèbre compositeur, s’assume comme une fiction moderne et réjouissante autour de la libération féminine.

Au début du XVIIIᵉ siècle, l’Ospedale della Pietà à Venise recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, l’orchestre de jeunes filles se produit pour les riches mécènes de l’institution. Cécilia, 20 ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu’au jour où l’arrivée d’un nouveau maître de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale.

Somptueux visuellement et musicalement, Vivaldi et moi, loin d’être un biopic du célèbre compositeur, s’assume comme une fiction moderne et réjouissante autour de la libération féminine.

Contrairement à son titre français (le titre italien, Primavera, était bien plus allégorique), Vivaldi et moi n’est en aucune façon un biopic du célèbre compositeur italien. Antonio Vivaldi, prêtre et musicien virtuose, n’y occupe qu’un second rôle, certes essentiel mais périphérique à l’intrigue principale. On peut donc récuser les comparaisons assez hasardeuses avec un certain Amadeus de Milos Forman, voire avec Il Boemo de Petr Vaclav. Au centre de l’histoire se trouve l’Ospedale della Pietà, institution religieuse et école vénitienne destinée à former de jeunes orphelines à la musique, et surtout Cécilia, la plus belle et douée d’entre toutes. Pour elle et toutes ses soeurs, entre devenir une femme mariée et une musicienne accomplie, il faudra choisir.

Premier film de Damiano Michieletto, metteur en scène italien réputé d’opéras, Vivaldi et moi résonne donc étrangement avec les préoccupations féminines de notre temps, dressant le portrait de précurseuses qui ont souffert de discriminations diverses et variées. Tous les amoureux de Venise, et ils sont nombreux, seront ravis de retrouver la cité des Doges sous ses plus beaux atours dans ce film, magnifiée par la photographie splendide de Daria d’Antonio, chef opératrice attitrée des trois derniers films de Paolo Sorrentino. Cette photographie travaillant le contraste entre intérieurs sombres religieux, extérieurs de paysages vénitiens et clairs-obscurs de l’incertitude et de l’indécision, contribue notablement à notre plaisir esthétique de tous les instants. Du côté musical, Michieletto évite le piège immense de la bande originale de film, en utilisant parcimonieusement des extraits des Quatre saisons, et en préférant révéler des morceaux moins connus, issus de la musique religieuse de Vivaldi, Un autre piège, narratif celui-ci, est soigneusement évité, celui d’une possible intrigue sentimentale entre Cécilia et le compositeur tourmenté et malade. Ce qui les rapproche, c’est avant tout un amour absolu, inconditionnel de la musique, ce que Vivaldi exprimera à Cécilia pour expliquer qu’il l’ait distinguée, « vous n’êtes pas sensible aux louanges », une conception de l’intégrité artistique, incorruptible et insensible à toute forme de compromission.

Moins proche de Il Boemo, Vivaldi et moi s’avère finalement bien plus similaire à Gloria! de Margherita Vicario, dans sa manière de montrer une école de musique pour jeunes filles et d’y dessiner l’ombre portée de revendications féministes qui allaient prendre toute leur place lors des siècles suivants. Portée par la lumineuse et inconnue Tecla Insolia, Vivaldi et moi exprime le choc entre une forme maîtrisée et éblouissante et des thématiques résonnant dans la modernité la plus frémissante.

3.5

RÉALISATEUR : Damiano Michieletto
NATIONALITÉ : italienne
GENRE : biopic, historique, musical
AVEC : Tecla Insolia, Michele Riondino, Fabrizia Sacchi
DURÉE : 1h51
DISTRIBUTEUR : Diaphana Distribution
SORTIE LE 29 avril 2026