Les phénomènes littéraires sont parfois très étonnants. Venue de l’auto-édition, Colleen Hoover, (de son nom d’origine, Fennell, sans aucun lien de parenté avec Emerald Fennell), travailleuse sociale, a commencé à écrire en 2011, avant de connaître un succès fulgurant lors des années suivantes, succès qui la fit remarquer des maisons d’édition. Se spécialisant dans la romance et la fiction Young Adult, elle a été également adaptée au cinéma : Jamais plus sur les violences conjugales, Regretting you et Reminders of you, entre 2024 et 2026. L’autrice étant en vogue, cela ne semble pas près de s’arrêter. Verity est ainsi le nouvel opus qui s’ajoute à la liste des best-sellers adaptés de Colleen Hoover. La grande différence, c’est qu’il s’agit d’un thriller psychologique, avec des aspects à la limite de l’horrifique, donc le roman a priori le moins sentimental de Colleen Hoover, qui se rapprocherait assez de La Femme de ménage de Freida McFadden, sorte de modèle récent du genre.
Lowen Ashleigh est une écrivaine solitaire. Peinant à vivre de son métier, elle accepte de devenir le prête-plume de l’autrice à succès, Verity Crawford, et s’installe dans sa propriété isolée des regards. En découvrant ce qui semble être les notes personnelles de Verity, la jeune Lowen se retrouve confrontée à des révélations troublantes et inquiétantes…Par rapport à Jeremy, le mari de Verity, elle peine alors à distinguer la fiction de la réalité, la manipulation de l’attirance, le trouble de l’obsession.
Telle est l’étendue vertigineuse des réflexions qui peuvent nous étreindre à la sortie de ce petit thriller psychologique, plaisir coupable sans conséquence.
Verity est un film aussi retors que sa protagoniste car, de prime abord, il nous prend habilement dans ses rets, en bon thriller psychologique. Tout n’est ainsi qu’apparences. Verity Crawford est une autrice de romans à sensations remportant un immense succès, et paradait dans les émissions de télévision à forte audience ; après son accident de voiture, elle est devenue une triste handicapée sur son fauteuil roulant, ne pouvant plus se mouvoir ni parler. Lowen, jeune autrice sans notoriété, est recrutée pour écrire des romans à sa place, afin que Hachette ne perde pas sa poule aux oeufs d’or. L’affiche nous trompe aussi d’une certaine manière car elle nous vante les mérites d’un film mettant en vedette Anne Hathaway. Or cette dernière, en Verity, hormis quelques sporadiques apparitions du passé, est clouée sur son fauteuil roulant, et dépourvue d’expressivité, quasiment lobotomisée. En fait, Dakota Johnson, en ‘ghost writer’, va à sa place monopoliser l’écran par sa présence suggestive et fortement sensuelle.
Nous n’y perdons peut-être pas au change, tant Dakota parvient à nous convaincre par la finesse de son jeu. A travers elle, on se plaira à se perdre dans les méandres de la fiction et de la réalité, de la manipulation et du jeu de dupes, des faux-semblants et de la culpabilité. Car Verity est un plaisir coupable, le type de films où l’on se laisse prendre par la séduction de l’intrigue, avant de réfléchir à tête reposée sur l’invraisemblance du fond. Il se situe dans cette mouvance de retour aux thrillers des années 90, amorcée par La Femme de ménage, où l’environnement domestique est menacé de l’intérieur.
Peut-être plus réussi que La Femme de ménage, Verity marchera probablement moins bien car il a le tort de venir après. L’Histoire est écrite par les vainqueurs et surtout ceux qui arrivent en premier. Verity, comme son titre l’indique, organise une réflexion sur la vérité et les apparences de la fiction, en posant une question angoissante : le mensonge est-il partie constituante de l’imagination? Peut-on établir une méthode de l’anti-vérité pour pouvoir se projeter dans le monde de la fiction ainsi que des personnages qui se trouvent au départ fort éloignés de nous? Ou l’écriture révèle-t-elle la part la plus intime de nous, celle que l’on ne peut cacher y compris aux personnes les proches de nous? Telle est l’étendue vertigineuse des réflexions qui peuvent nous étreindre à la sortie de ce petit thriller psychologique, plaisir coupable sans conséquence.
RÉALISATEUR : Michael Showalter
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : thriller psychologique, drame, romance
AVEC : Anne Hathaway, Dakota Johnson, Josh Hartnett
DURÉE : 1h54
DISTRIBUTEUR : Sony Pictures Releasing France
SORTIE LE 30 septembre 2026


