Une femme sur le toit : à la fin, la vérité de la chair

Un vent de liberté féminine souffle sur le cinéma d’Anna Jadowska. Dans Wild Roses (2017), la réalisatrice polonaise mettait en scène l’adultère de son héroïne sacrilège dans une campagne profondément catholique. Après The Bear, remarquable court-métrage diffusé sur Netflix en 2022, elle poursuit sa fresque d’existences étouffées, asphyxiées. En salles le 18 octobre, Une femme sur le toit nous emmène sur les pas vacillants d’une sexagénaire arrivée à un point de non-retour.

Ce film est l’histoire – ou plutôt le tableau – d’un déraillement. Mirka est une épouse digne, une mère attentionnée, une sage-femme reconnue. Son quotidien est réglé comme du papier à musique, chaque tâche succède à une autre. Un beau jour, elle entre à la banque et sort un couteau de cuisine de son sac à main : c’est un hold-up ! Bien que ridicule, ce braquage n’est pas sans conséquence. Devenue coupable, menteuse ou folle aux yeux des autres, l’ex-citoyenne exemplaire navigue en eaux troubles, tandis que sa vie bascule.

La parole étant impossible, c’est le corps qui parle.

Dès les premières secondes, alors que la caméra suit les pieds tremblants de la protagoniste jusqu’au bord du toit de la barre HLM où elle habite, l’ambiguïté est instaurée : s’agit-il de la chronique d’une descente aux enfers annoncée, ou bien le récit d’une renaissance ? Un questionnement qui semble habiter Mirka, accoucheuse accouchée dans une scène troublante. À cette tension interne se superposent la colère de ses proches et l’incompréhension des institutions. Dépouillée de ces autres pour qui elle vivait jusqu’alors, la sage-femme traverse le film comme un spectre, dans une silencieuse quête d’elle-même.

L’été bat son plein, et pourtant les rues sont baignées d’une lumière blafarde ; même le soleil a perdu de sa superbe. L’austérité de la photographie épouse celle de Mirka, de son visage placide, de son corps usé de travailleuse, dans lequel Dorota Pomykala se fond à merveille. Sans jamais tomber dans l’excès de pathos, Anna Jadowska filme la chair de cette femme rude et taciturne, claquemurée dans sa cité comme dans ses secrets. Pourquoi a-t-elle commis cette petite folie ? La parole étant impossible, c’est le corps qui parle. Si cette intention de réalisation est louable, il n’en demeure pas moins que la rareté des dialogues rend le visionnage exigeant.

Une femme sur le toit trace donc une ligne de crête aride, d’où l’on saisit le vertige existentiel d’une femme triste et lucide, au crépuscule de sa vie.

2.5

RÉALISATEUR : Anna Jadowska
NATIONALITÉ :  polonaise
GENRE : drame
AVEC : Dorota Pomykala
DURÉE : 95 minutes
DISTRIBUTEUR : La Vingt-Cinquième Heure
SORTIE LE 18 octobre 2023