Mignonnes : entre Charybde et Scylla

Révélée par le court métrage Maman(s) qui a connu une belle carrière à travers le monde, Maïmouna Doucouré passe brillamment l’épreuve du long avec Mignonnes, couronné par le prix de la mise en scène au Festival de Sundance. Maman(s) posait le problème sociétal de la bigamie; difficulté vécue par la réalisatrice dans sa propre famille. Elle poursuit ce fil autobiographique en le dotant d’un contrechamp encore moins reluisant : d’un côté donc, la bigamie imposée à une féminité soumise et corvéable à merci, de l’autre, une hypersexualisation des préadolescentes, répondant à un modèle féminin inculqué par les médias et les réseaux sociaux. Entre ces deux repoussoirs, Maïmouna Doucouré pose la bonne question qui s’impose à notre époque qui se débat avec ses contradictions : qu’est-ce qu’une ado, et donc comment être une femme aujourd’hui? 

Entre la bigamie imposée à une féminité soumise et corvéable à merci et une hypersexualisation des préadolescentes, répondant à un modèle féminin inculqué par les médias et les réseaux sociaux, Maïmouna Doucouré pose la bonne question qui s’impose à notre époque qui se débat avec ses contradictions : qu’est-ce qu’une ado, et donc comment être une femme aujourd’hui?

D’origine sénégalaise, comme la réalisatrice, Amy (pour Aminata), 11 ans, débarque avec sa mère et ses petits frères dans un immeuble du côté de La Villette. Son père les rejoindra bientôt avec une deuxième femme, ce qui bouleverse Amy. Pour oublier cette reconfiguration familiale, elle va tenter de s’infiltrer dans une bande de gamines qui dansent le twerk, préparant un concours pour la fin de l’année scolaire…

Maïmouna Doucouré pose ouvertement une question brûlante : qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui? Elle construit ainsi son film sur une alternance symétrique et efficace entre un modèle familial de féminité dominée, écrasée par la masculinité et un autre modèle apparemment plus chaleureux et ouvert, pourtant peut-être plus pervers, celui de l’hyper-féminité affichée pour plaire aux mâles. Elle va progressivement s’apercevoir que cette addiction aux likes des réseaux sociaux et à l’Instagram pourrait être au moins aussi nocive et se révéler une autre forme d’esclavage. Par rapport à la féminité archidominée du monde musulman, la liberté de l’hypersexualisation peut apparaître comme une bouée de sauvetage mais se révèle être assez vite un leurre. La bande des Mignonnes, pré-ados en quête de reconnaissance, se jette à corps perdu dans la préparation de leur concours, sans se douter qu’elles renforcent un système qui conforte les femmes dans un rôle prédéterminé, aussi prévisible que celui des épouses interchangeables.   

Sans le moindre didactisme, Maïmouna Doucouré parvient à nous faire comprendre cette opposition à travers l’évolution d’Amy dans ces mondes différents, grâce à une direction d’actrices assez hallucinante. On sait combien il est difficile d’obtenir un jeu naturel de la part d’enfants, ce qui ne paraît pas avoir posé la moindre difficulté à Maïmouna Doucouré. Un peu comme dans Little Miss Sunshine, ces préadolescentes se trouvent confrontées à la sexualisation d’un monde qui s’apprête à les dévorer. Comment préserver une certaine pureté, sinon en prenant du champ, en abandonnant la compétition, en sautant comme sur un trampoline, comme dans une très belle scène des Leftovers?  

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RÉALISATEUR : Maimouna Doucouré
NATIONALITÉ : français
AVEC : Fathia Youssouf
GENRE : Comédie dramatique
DURÉE : 1h35
DISTRIBUTEUR :
SORTIE LE 19 août 2020