Le documentaire a été réalisé en 1993 par Werner Herzog qui s’intéresse ici au thème et à la réalité de la foi et des superstitions en Russie dans le cadre de l’effondrement de l’U.R.S.S. En Sibérie d’abord dans la République de Touva où il nous fait rencontrer des nomades qui s’apprêtent à partir en transhumance et dans ce but consultent le chaman du lieu afin d’avoir ses prévisions : fumée d’encens et cérémonie du thé. On y entre caméra à l’épaule pour s’immiscer progressivement dans l’intimité des habitants comme conviés par ces derniers qui souhaitent bonne chance au documentaire lui-même. Et l’on y respire la bienveillance et la simplicité qui sont la marque des petites gens. Le fil rouge du film est la rencontre – toujours en Sibérie – avec un mystique russe qui se fait appeler Vissarion d’une trentaine d’années qui prétend être la réincarnation de Jésus-Christ. Prétention qui n’engage que lui, même si tout dans la description extérieure est fait pour valider la ressemblance : barbe et moustache, cheveux longs aux épaules, port de la tête quelque peu penchée sur le côté, expression des mains et voix qui se veut rassurante, d’autres pourraient dire mielleuse. Pourtant, le fondateur de l’Église du Dernier Testament semble s’être attiré la sympathie des croyants avec lesquels on le voit entrer en discussion – notamment avec un couple d’handicapés. Puis interviennent trois chapitres – chacun des chapitres est annoncé par un carton où est inscrit le titre – qui ont relation avec le pouvoir de guérison de certains éléments extérieurs ou personnages : distribution d’eau bénite entre habitants du village, transmission d’énergie cosmique et séance d’exorcisme d’un sorcier sur un groupe de femmes assises face à lui.
Un film curieux qui nous montre que la ferveur religieuse – ou la superstition – n’a rien perdu de sa force surtout chez les gens pauvres des contrées de Russie où elle fait office de calmant et d’adoucissant à la vie.
Les faits et propos des protagonistes sont présentés tels quels, sans commentaire du narrateur, seule une voix off – celle de Herzog – traduisant les paroles du russe à l’allemand, se refusant à interpréter ce que l’on voit à l’écran et mettant tout sur le même plan : légendes, foi, visions, cérémonial et tout ce qui va avec. Le cinéaste nous donne à réfléchir sur les restes ancrés d’une foi parfois millénaire dans l’esprit des pauvres gens qui habitent ces régions du monde, au milieu de la technologie la plus moderne : on voit des lignes à haute tension traverser le paysage. L’Église orthodoxe n’en a jamais véritablement disparu d’ailleurs et l’on fait la connaissance d’un sonneur de cloches orphelin qui n’a jamais malgré ses efforts réussi à retrouver ses parents. On se rend compte que son métier est tout un art et demande coordination et sens de la musique. Celle des chœurs sacrés qui envahit la bande-son soulignant la ferveur des croyants – gros plans à l’appui – qui viennent visiter et embrasser les icônes religieuses du monastère de Zagork qui abrite la sépulture de Saint Serge. Quant à la légende de Kitej, elle fait l’objet d’un traitement spécial, les premières images du film y renvoyant directement mais le thème n’étant repris qu’au cours de celui-ci. On voit des pèlerins raconter l’histoire de la ville de Kitej, fondée dans la circonscription administrative de Nijni Novgorod par Iouri II Vladimirski au XIIIème siècle, qui, menacée par les Mongols, fut miraculeusement engloutie par les eaux qui forment aujourd’hui le lac Svetloïard, ce qui en fait une sorte d’Atlantide russe. Les plus pieux comme cette dame interrogée pouvant voir les feux des processions religieuses. Des pèlerins avancent à quatre pattes autour du lac devenu sacré. Et Herzog y met du sien puisqu’il invente une séquence qui est de sa pure invention où l’on voit des hommes à plat ventre sur le lac essayer d’y voir à travers la ville de Kitej, tandis que les pêcheurs ont creusé un trou dans la glace pour y attraper le poisson et que des patineurs glissent sur la surface gelée ne semblant pas faire attention à tout ce manège. Un film curieux qui nous montre que la ferveur religieuse – ou la superstition – n’a rien perdu de sa force surtout chez les gens pauvres des contrées de Russie où elle fait office de calmant et d’adoucissant à la vie.
RÉALISATEUR : Werner Herzog
NATIONALITÉ : Allemagne de l'Ouest
GENRE : Documentaire
AVEC : Werner Herzog, Vissarion, Anna Hitch
DURÉE : 1h
DISTRIBUTEUR : Potemkine Films
SORTIE LE 22 avril 2026


