On connaissait depuis un certain temps le Bradley Cooper acteur, de ses débuts insouciants mais prometteurs dans des franchises comme Very Bad Trip ou L’Agence tous risques, aux années de la confirmation dans les films de David O. Russell (Happiness Therapy, American Bluff, Joy), ou de Clint Eastwood (American Sniper, La Mule). On a ensuite fait la découverte du Bradley Cooper cinéaste avec d’abord un nouveau remake du classique d’Hollywood A Star is Born puis un biopic du chef d’orchestre et compositeur Leonard Bernstein avec Maestro. Is this thing on ? est donc la troisième tentative derrière la caméra de cet Américain francophile (il a fait une partie de ses études à Aix et apprécie toujours de s’exprimer en français quand il en a l’occasion), avec toutefois une nouveauté qui a son importance : il ne se met pas lui-même en scène dans le rôle-titre. La tête d’affiche revient à son ami Will Arnett, acteur canadien peu connu en France, qui prête notamment sa voix au personnage éponyme de la série BoJack Horseman. Pour lui donner la réplique, Laura Dern, dont on ne présente plus la filmographie pléthorique, qui comprend aussi bien des films de grand spectacle comme Jurassic Park que la Palme d’or Sailor et Lula.
Is this thing on ? raconte l’histoire d’un couple en crise, celui d’Alex (Will Arnett) et Tess (Laura Dern), qui viennent fraîchement de se séparer. Alex doit affronter les doutes de la cinquantaine et la menace d’un divorce imminent. Lors d’une soirée solitaire, il découvre par hasard le milieu du stand-up new-yorkais, dans lequel il va s’illustrer en racontant des anecdotes sur sa vie de couple en crise. Ces confessions nocturnes à des inconnus vont lui permettre de remettre sa vie et ses choix en perspective, et d’ouvrir la voie à des retrouvailles avec sa femme, pour vivre un amour nouveau et différent.
Bradley Cooper, avec une approche plus humble et intimiste que dans ses précédents films, a peut-être trouvé la recette de son cinéma
Si la forme varie dans chacun de ses films, Bradley Cooper semble s’être choisi comme thématique de prédilection l’étude du couple et des épreuves qui le traversent. Dans A Star is Born, il explorait la notion de jalousie sous les traits d’un chanteur de country sur le déclin voyant sa compagne qu’il avait lui-même lancée lui voler progressivement la vedette. Dans Maestro, il racontait la vie de Leonard Berstein à travers le prisme de la relation tumultueuse avec sa femme, marquée au fer rouge par l’ambition dévorante du chef d’orchestre et ses amours homosexuelles. Is thing on ? ne déroge pas à la règle, mais semble marquer un point d’inflexion dans la carrière du cinéaste. Certes, on y retrouve sa passion pour les arts de la scène, mais on quitte les salles de concert prestigieuses de son dernier film pour le monde plus modeste du stand-up. Cette modestie se perçoit dans les choix de mise en scène, Cooper ayant recours à des plans serrés, se concentrant sur les visages pour saisir les émotions des protagonistes. Caméra à l’épaule, il suit Will dans ses longues descentes de marches vers les sous-sols des bars, où le financier aisé devenu comédien improvisé se produit. Pour se retrouver, il semble d’abord devoir se perdre au milieu d’inconnus dans un monde souterrain alternatif, une sorte de cour des Miracles où dans un élan cathartique il peut libérer sa parole. Contrairement aux personnages des deux premiers films de Cooper, Will n’est pas dévoré par son ambition artistique ou son ego. ll le dit d’ailleurs à son entourage surpris de découvrir son nouveau hobby : il n’a pas l’intention de faire carrière. L’art est ici plus un remède qu’un poison : il ne précipitera pas la chute, il permettra au contraire de se relever. On retrouve dans le personnage un certain optimisme dans les épreuves qu’on connaissait au Bradley Cooper acteur (Happiness Therapy, Les Gardiens de la galaxie) mais qui manquait cruellement au Bradley Cooper réalisateur jusqu’ici. Ce changement de cadre vers un monde plus accessible et moins feutré renforce aussi l’universalisme du message. Cooper s’intéresse ici à des personnages ordinaires qui mènent une vie ordinaire et vivent des histoires d’amour ordinaires. Exit les caprices de stars des musiciens, place à des situations issues de la vraie vie, telle cette scène de réapprivoisement mutuel où Will et Tess se cherchent – littéralement – les poux après avoir passé au crible les têtes de leurs petits, avec Under pressure de Queen et David Bowie en musique de fond.
On l’a mentionné, un autre choix intéressant du cinéaste est celui de déléguer le rôle-titre (Cooper joue uniquement un second rôle, celui du meilleur ami et faire-valoir de Will). Malheureux dans la course à l’Oscar du meilleur acteur où il avait été nommé pour Happiness Therapy et American Sniper, il avait choisi de s’auto-diriger dans ses deux premières réalisations, se mettant en scène dans tous les plans, gesticulant et vociférant, avec l’ambition à peine voilée de décrocher le précieux sésame. Ses espoirs n’ont malheureusement pas été récompensés, et on l’a su très déçu. Pire, ses performances un peu trop appuyées ont peut-être constitué le seul bémol de films à l’esthétique soignée qui témoignaient de l’émergence d’un cinéaste à suivre. Leçon retenue cette fois-ci, et place nette faite à Will Arnett, quasi-sosie de Cooper récupérant un rôle que le réalisateur avait sans nul doute initialement imaginé pour lui-même. Cet acte d’abnégation est salvateur, Arnett étant pour beaucoup dans la réussite du film. Jouant sur les silences là où Bradley Cooper avait besoin de combler les blancs, il a la mélancolie et l’humour pince-sans-rire que l’on retrouve d’ordinaire chez un Jason Bateman (son acolyte du podcast SmartLess) ou un Jason Sudeikis façon Ted Lasso. En face, Laura Dern est impériale comme à son habitude, dans son rôle de Mère Courage ayant sacrifié ses propres rêves pour sa famille.
On pourra simplement reprocher au film son dernier acte un peu maladroit, intervenant suite à un climax qui arrive trop rapidement, faisant retomber cette “pression” qui pesait sur le couple. Mais on retiendra que Bradley Cooper, avec une approche plus humble et intimiste que dans ses précédents films, a peut-être trouvé la recette de son cinéma. En s’effaçant derrière la caméra, il signe peut-être sa meilleure réalisation. La crise de la cinquantaine ? Non, plutôt, l’âge de la maturité, pour le cinéaste qu’il est.
RÉALISATEUR : Bradley Cooper
NATIONALITÉ : Américaine
GENRE : drame
AVEC : Will Arnett, Laura Dern, Bradley Cooper
DURÉE : 2h01
DISTRIBUTEUR : The Walt Disney Company France
SORTIE LE 25 février 2026


