Le documentaire réalisé en 1999 retrace l’aventure cinématographique qui amena le réalisateur Werner Herzog et l’acteur Klaus Kinski à collaborer de 1972 à 1987 pour cinq longs-métrages : Aguirre, la colère de Dieu ; Nosferatu, fantôme de la nuit ; Woyzeck ; Fitzcarraldo et Cobra Verde. Aventure humaine tout autant car le film nous parle d’une relation intime entre les deux hommes faite d’amour et de répulsion mêlées. Histoire de folie partagée par deux hommes prêts à tout pour marquer l’histoire du cinéma de leur empreinte, ce qu’ils sont réellement parvenus à faire. Pourtant le pari semblait impossible et c’est aussi cette aspiration à l’extrême que nous conte le récit de cette relation. Le destin paraissait pourtant les réunir dès les années 1950. En effet, en préambule, Werner Herzog se rend dans l’appartement qu’il occupait adolescent – il n’avait que treize ans – avec sa mère à ce moment-là dans une ancienne pension d’Elizabethstrasse à Munich. Or, Klaus Kinski était locataire en même temps que le futur cinéaste de cette résidence qui accueillait les artistes fauchés du temps. Il y raconte les excès – déjà – de cet acteur à l’époque sans le sou, capable de détruire dans une de ses rages folles – souvent pour des raisons minimes – une salle de bains entière.
Le film alterne extraits de films, images d’archives et interviews de personnes, d’acteurs ou de membres de l’équipe ayant travaillé avec eux quand Werner Herzog lui-même, ne se met pas en scène face caméra pour monologuer sur sa relation avec l’acteur sulfureux. Dispositif habilement dynamique qui ne permet pas au spectateur de s’ennuyer une minute. La mégalomanie de Klaus Kinski s’inscrit d’emblée dans la ligne du récit : on le voit dès les premières images du film invectivant son public sur une scène de théâtre où il se prend tout simplement pour Jésus – martelant son message évangélique – dont il a été amené à jouer le rôle pour l’une de ses prestations. Il en vient presque à se battre avec des membres de l’équipe théâtrale qui tentent de le faire taire en s’emparant du micro. La scène se déroule en 1971 lorsque l’acteur décide de tenter une performance scénique dans laquelle il incarne une version furieuse et provocatrice de Jésus-Christ. Image flamboyante d’un démon en rage. Puis le documentaire suit chronologiquement les étapes de son parcours.
Herzog, cinéaste de l’impossible. Un documentaire qui souligne la démesure d’une entreprise gigantesque à la gloire du cinéma.
Ses accès de rage sont devenus légendaires. Sur le tournage de Aguirre, il se jette sur le groupe d’acteurs jouant les soldats espagnols avec son épée qu’il abat sur le crâne casqué de l’un d’entre eux. Ce dernier en garde encore plus de vingt ans après la trace qu’il montre à la caméra. En fait, Kinski ne supporte pas de ne pas être en permanence le centre d’attention des autres, se trouvant lui-même formidable et phénoménal. Et en tant qu’acteur certes il l’est, crevant littéralement l’écran à lui seul. Mais ses frasques entre les prises mettent à mal le bon déroulement du tournage. Faisant peur et révoltant les Indiens qui jouent en tant qu’acteurs eux aussi dans le film, ces derniers proposent à Herzog de le supprimer ! Kinski est à l’image de ses personnages : obsédé et terrifiant. Il fait régner la peur sur le tournage. Cette image entre cependant en contradiction avec sa façon de se comporter, douce, avenante et pleine d’attention à l’égard des femmes : Claudia Cardinale en témoigne ainsi que Eva Mattes avec laquelle il joue dans Woyzeck.
En outre, Kinski était un vrai professionnel, répétant inlassablement ses rôles, sachant repérer dès son entrée en scène si une chose n’allait pas – notamment du point de vue de la photographie – et se se jetant pour ainsi dire à fond dans son personnage. Des images nous le montrent avec Herzog se prenant franchement dans les bras à l’occasion d’un festival de cinéma, plaisantant et riant ensemble. Une vraie amitié semble se dégager entre les deux hommes. Et la folie de l’un n’a d’équivalent que celle de l’autre : Herzog faisant franchir une montagne à son bateau à vapeur de 300 tonnes sans effets spéciaux à l’image, sachant que le tournage fut émaillé d’incidents – deux crashes aériens et une morsure de serpent venimeux au pied d’un technicien qui décidera de l’amputer à l’aide d’une tronçonneuse pour survivre. Herzog, cinéaste de l’impossible. Un documentaire qui souligne la démesure d’une entreprise gigantesque à la gloire du cinéma. Il fallait donc bien un acteur qui soit à l’aune de son réalisateur et ce fut Kinski.
RÉALISATEUR : Werner Herzog
NATIONALITÉ : Allemagne de l'Ouest
GENRE : Documentaire
AVEC : Werner Herzog, Klaus Kinski, Claudia Cardinale
DURÉE : 1h35
DISTRIBUTEUR : Potemkine Films
SORTIE LE 25 février 2026


