La Chaleur : dans la tête d’un adolescent tourmenté

C’est le cinquième long-métrage de Stéphane Demoustier qui nous avait laissé il n’y a pas si longtemps sur L’inconnu de la Grande Arche (2025) et qui nous avait séduit avec un film de procès La fille au bracelet (2019) ou encore le thriller Borgo (2024). Il s’agit ici d’une production aux dimensions plus modestes, l’action étant resserrée en un lieu unique -celui du camping – et interprétée par des acteurs pour la plupart débutants, des visages jeunes et nouveaux. Le réalisateur enchaîne donc les films, ayant enfin trouvé son rythme de croisière. Comme l’indique le titre du film, adaptation du roman d’un jeune écrivain français publié en 2019, Victor Jestin, l’action se déroule un été au camping de Contis dans les Landes. Marouane, un adolescent de 17 ans, adepte de musique classique, sur le point de commencer ses études en musicologie, y est déjà depuis deux semaines en compagnie de ses parents, de son petit frère Sabri et de sa petite sœur Inès. Ils sont venus en caravane, Marouane ayant sa propre tente. Entre indépendance et relations familiales obligatoires donc, difficile de se faire un peu d’intimité. D’entrée de jeu, les adolescents se confrontent à la puissance hostile des vagues comme l’est celle de l’environnement pour le personnage principal.

Réservé, Marouane, même s’il flâne en compagnie de son ami Noé – qui n’a de cesse de trouver une fille sur une application en ligne pour enfin coucher avec elle – et le suit partout dans ses errances au sein du camping et sur la plage, cherche la solitude si tant est qu’elle ne s’impose pas à lui. Se dégage de lui une certaine fragilité par rapport au comportement parfois rude sinon enjoué et communautaire des autres. L’accident qui mène à la mort d’Oscar est traité de façon tout à fait réaliste et sans chichis. La volonté de cacher le corps qui vient de Marouane équivaut au désir de faire comme si rien ne s’était passé, alors que c’est justement ce secret qui n’a de cesse tout au long du film de peser comme un poids mort – c’est le cas de le dire – sur les épaules du jeune homme. La musique qui évoque le flux et le reflux des vagues, associée aux sons et aux images hallucinatoires rendent compte du suspense dans lequel vit Marouane, détaché d’une réalité qui n’a de cesse de le pourchasser – sous la forme des forces de police par exemple.


On suit avec intérêt le parcours psychologiquement chaotique du jeune homme bouleversé par un évènement extérieur qui a eu lieu sans qu’il ait pu avoir aucune prise sur lui.

Marouane est un adolescent comme les autres, peut-être plus effrayé par le monde extérieur que les autres sans doute et qui a un lourd secret qu’il ne peut partager avec personne. Si le film appartient au genre du thriller en ce sens qu’il repose sur une attente sans cesse repoussée du spectateur d’une fin tragique, il est aussi récit d’initiation aux deux pôles de l’existence que sont l’amour d’une part et la mort de l’autre. Car Marouane fait la rencontre d’une certaine Giulia qui habite une grande et vaste maison avec ses parents. D’une catégorie sociale plus élevée que lui, elle est aussi plus mature et rayonnante que son jeune ami, élément solaire du film auquel elle donne son ton mélancolique d’amour de vacances. La cohérence du scénario veut qu’elle ait un lien, même fugace, avec Oscar le disparu. Le monde de ce dernier est représenté par ses amis qui s’étonnent de ne plus le voir, et par sa mère qui s’inquiète terriblement. Un monde dont il se sent séparé par son caractère singulier. En tous les cas, le film donne une image très éloignée des codes habituels – par exemple dans la comédie française, pour ne pas dire franchouillarde – qui font du camping un lieu misérabiliste.

La mise en scène y est plutôt réaliste et donne l’impression d’une prise sur le vif des moments de vie de ces jeunes gens – avec ou sans leurs parents – prêts à tout ou presque pour passer un bon moment. Le film donne à voir deux mondes qui se côtoient sans jamais se mêler entre eux, celui des jeunes gens laissés libres de faire ce qu’ils veulent – une fête sauvage sur la plage la nuit par exemple – et celui plus oppressant de la famille : les scènes familiales sont d’ailleurs filmées en plans-séquences avec un Marouane pris dans le flux familial et le jeune Sabri de quatorze ans qui s’inquiète auprès de son frère de ce que dirait leur mère si elle savait ce qu’il fait en dehors de sa surveillance. Comme tout adolescent en pleine transition, le jeune garçon oscille entre ces deux mondes, le suspense reposant sur la question de savoir s’il va franchir le pas qui le mènera à l’âge et à la vie adultes. On suit avec intérêt le parcours psychologiquement chaotique du jeune homme bouleversé par un évènement extérieur qui a eu lieu sans qu’il ait pu avoir aucune prise sur lui. Mais on n’efface pas le passé sous le sable aussi aisément qu’on le croit.

3.5

RÉALISATEUR : Stéphane Demoustier
NATIONALITÉ : France, Italie, Belgique
GENRE : Drame
AVEC : Hadrien Hussein, Tristan Richard, Martina La Manna
DURÉE : 1h32
DISTRIBUTEUR : Memento
SORTIE LE 8 juillet 2026