Voici le nouveau film de la talentueuse réalisatrice japonaise, autrice entre autres de l’éblouissant Still the Water en 2014. L’histoire presque entière se passe à Kobe, si ce n’est un détour en flash-back par la France d’où est originaire le personnage principal du film Corrie qui vient de perdre son père dont elle était en charge et qui décide d’accepter d’être transférée dans un hôpital japonais spécialisé dans les greffes faites à des enfants malades qui en ont urgemment besoin. Seulement l’urgence dure parfois des années, car le don d’organes est en pourcentage par rapport à la population très faible au pays du Soleil Levant et les petits patients doivent attendre longtemps avant de recevoir leur greffe, à moins que cela n’arrive jamais, ce qui se traduit par une issue fatale pour les enfants. Corrie débat avec ses collègues pour faire accepter sa vision des choses tandis que le poids culturel qui s’attache à eux retarde l’avènement d’une nouvelle philosophie. C’est comme une renaissance pour Corrie qui ayant perdu sa mère à la naissance a du mal à s’enraciner quelque part.
Nouveau départ corrélatif à sa découverte de la nature, une nature qui on le sait chez Naomi Kawase est sublimée, montrée comme animée d’un puissant souffle vital, foisonnante, parfois débordante, qui est là pour nous rappeler le circuit éternel de la vie au-delà de la mort individuelle des êtres. Car le film porte sur le thème de la vie, ou plus exactement de la survie pour des enfants qui abordent à peine l’existence et du sens que peut avoir la mort pour eux comme pour leurs parents qui attendent patiemment et avec une extrême dignité que l’heure de leur délivrance arrive enfin. Le film nous les montre dans toute leur angoisse, leur espoir, leur sentiment de deuil et leur résilience, prisonniers d’une petite chambre d’hôpital étouffante. Corrie se fait l’écho de leur raisonnement, de leurs questions et parfois de leur désespoir. A travers une série parfois un peu chaotique de flash-backs, nous en apprenons un peu plus sur elle et sur sa trajectoire.
Notre cœur bat à l’unisson de celui des enfants malades qui affrontent le mal avec un courage sidérant
C’est dans cette nature prolifique et exubérante donc qu’elle fait la connaissance de Jin, un jeune Japonais travaillant dans une usine de poissons et ayant adopté la photographie comme art complémentaire à sa vie de simple ouvrier. C’est un peu le coup de foudre amoureux dans ce cadre idyllique entre les deux personnages. Mais Jin semble peu stable et il semble difficile pour Corrie de s’appuyer sur lui dans la vie et quand elle rentre chez elle après une dure journée de travail, elle retrouve son compagnon allongé par terre encore en train de roupiller. Il ne parvient pas à se trouver un travail et préfère fainéanter dans l’appartement. Il y a comme un malentendu entre les deux êtres blessés par la vie et comme une fragilité qui s’installe. Un jour, Jin disparaît sans laisser de mot. En ce sens il est représentatif des Jôhatsu, terme qui signifie littéralement évaporé. Il s’agit d’un véritable phénomène au Japon.
On estime qu’environ 100 000 personnes par an disparaissent sans laisser de traces, certains préférant prendre leurs distances avec la société pour une raison ou pour une autre (perte d’emploi, mariage arrangé, …). La famille du disparu peut le déclarer mort après 7 ans d’absence. C’est ce phénomène qui a donné initialement cours au récit. Quant à la question de la mort, quand le cœur d’une personne bat encore, même si son cerveau a cessé de fonctionner, c’est encore à la famille de déclarer si cette personne est morte ou vivante, comme c’est le cas dans le film qui illustre ce fait. Dans les deux cas, les proches ont la main sur l’acte de décès. Naomi Kawase tente d’apporter un regard neuf et plus objectif sur le sujet et au-delà questionne le spectateur lui-même. Notre cœur bat à l’unisson de celui des enfants malades qui affrontent le mal avec un courage sidérant malgré les larmes qu’ils versent, non sur eux-mêmes, mais sur leur petit(e) camarade perdu(e). Un film qui nourrit l’espoir en la vie malgré le ton parfois mélodramatique employé car il faut le dire ce long-métrage sur un sujet aussi délicat est véritablement poignant.
RÉALISATEUR : Naomi Kawase
NATIONALITÉ : Japon, France, Luxembourg, Belgique
GENRE : Drame
AVEC : Vicky Krieps, Kan'ichirô, Ojiro Nakamura
DURÉE : 1h52
DISTRIBUTEUR : Ad Vitam
SORTIE LE 17 juin 2026


