Vesna, le premier long métrage de fiction de Rostislav Kirpichenko, représente un rare écho de la guerre en cours en Ukraine au Festival de Cannes de cette année. Réalisé par un cinéaste né en Lituanie, ayant passé son enfance en Ukraine avant de s’installer plus tard en France, Vesna est une empreinte honnête du vide qui s’est formé autour de la thématique ukrainienne sur fond de guerre incessante.
Le film raconte la vie dans une petite ville ukrainienne occupée par des soldats russes qui interdisent l’enterrement des morts. Andreï, un prêtre de trente-cinq ans chargé de surveiller le dépôt improvisé de corps installé dans sa cour, tient secrètement un registre des victimes, rend les corps aux familles et accomplit les rites religieux afin d’assurer un adieu digne aux défunts. Cependant, l’hiver a gelé la terre et les enterrements sont impossibles ; ainsi, chaque jour qui passe rend le dévouement silencieux du protagoniste de plus en plus difficile.
…le film remarquable non pas comme une œuvre d’art indépendante, mais plutôt comme le symptôme de la crise des idées et des discours autour de la guerre en Ukraine…
Dans ce film coproduit par l’Ukraine, la Lituanie et la France, les rôles principaux sont interprétés majoritairement par des acteurs lituaniens, à l’exception de l’actrice Anastasiia Pustovit, et ce choix ne sert pas le film. Les constantes imprécisions linguistiques et les accents des acteurs fragilisent à plusieurs reprises le réalisme pourtant essentiel à un film traitant d’un tel sujet.
De plus, Vesna est rempli de répliques clichées et de scènes peu naturelles qui rendent le film remarquable non pas comme une œuvre d’art indépendante, mais plutôt comme le symptôme de la crise des idées et des discours autour de la guerre en Ukraine, si rien de plus marquant n’a réussi à intégrer le programme du Festival de Cannes cette année. Tandis que des réalisateurs russes en exil continuent de revenir sur la Croisette avec de nouvelles œuvres — de Balagov, exploitant le traumatisme national personnel sur le sol américain, à Zviaguintsev, dont le nouveau film reste encore à découvrir — les voix des réalisateurs ukrainiens sont cette année totalement absentes, et le regard européen illustré par le Vesna de Kirpichenko apparaît davantage comme une déclaration forcée, sans même parler du sous-texte profondément défaitiste de l’histoire, qui se concentre de manière inopportune sur ce qu’il faut faire des morts plutôt que sur la manière dont les vivants devraient survivre.
Finalement, la présence d’un tel film dans le programme cannois semble davantage répondre à la nécessité d’inclure au moins une œuvre d’un auteur ukrainien, mais le choix s’est porté sur un film dont le sentiment profond est entièrement non-ukrainien, révélant surtout le regard fatigué d’un Européen sur la guerre qui se poursuit.
RÉALISATEUR : Rostislav Kirpičenko
NATIONALITÉ : Lituanie, France, Estonie
GENRE : Drame
AVEC : Kęstutis Cicėnas
DURÉE : 1h 33min
DISTRIBUTEUR : JHR Films
SORTIE LE Prochainement


