Hirokazu Kore-eda est un habitué de la sélection en compétition au Festival de Cannes, huit de ses longs métrages y ont été présentés : de Distance (2001) à L’Innocence (2023), en passant par Nobody Knows (2004), Tel père, tel fils (2013) ou Une affaire de famille (qui lui a valu la Palme d’or en 2018). Son nouveau projet n’a donc pas fait exception. Sheep in the Box, dévoilé en fin de première semaine, était l’une des attentes des festivaliers.
Dans un futur proche, Otone et son mari Kensuke, qui ont perdu leur enfant, a recours aux services d’une entreprise qui offre de ressusciter les morts. Ils se voient alors proposer un robot humanoïde totalement identique trait pour trait à leur fils.
S’il y a bien un reproche que l’on ne peut faire à Hirokazu Kore-eda, c’est la cohérence de son œuvre.
S’il y a bien un reproche que l’on ne peut faire à Hirokazu Kore-eda, c’est la cohérence de son œuvre. En effet, avec Sheep in the Box, et malgré une première incursion dans le registre de la science-fiction (rappelons néanmoins Air Doll du même auteur en 2010), le Japonais ajoute un nouveau chapitre à son obsession intime pour les familles fragiles, les liens affectifs imparfaits et les blessures que les adultes transmettent malgré eux aux enfants. Le film déploie une fable humaniste délicate, généreuse et souvent émouvante, même s’il lui manque sans doute cette part d’ambiguïté ou de profondeur qui faisait la grandeur absolue de ses chefs-d’œuvre comme Une affaire de famille ou Nobody Knows.
Le titre lui-même ouvre une piste de lecture essentielle. Impossible de ne pas penser au mouton enfermé dans sa boîte dans Le Petit Prince : cette idée d’une présence invisible que chacun projette mentalement, d’un être qui n’existe véritablement qu’à travers le regard et l’imaginaire de celui qui le contemple. Tout le film repose précisément sur cette mécanique affective. Le robot (plus proche de la nature, au passage) au cœur du récit n’est jamais envisagé comme un véritable sujet de science-fiction spéculative ; il agit plutôt comme un réceptacle émotionnel, un écran sur lequel les personnages projettent leurs manques, leur culpabilité, leur besoin d’amour ou leur incapacité à faire le deuil. À cet égard, le parallèle avec A.I. Artificial Intelligence (de Steven Spielberg, sur un projet de Stanley Kubrick) apparaît évident. L’intelligence artificielle devient moins une interrogation technologique qu’un révélateur de notre humanité. A la différence majeure que Kore-eda demeure sur un terrain plus intimiste, presque domestique. Il réduit la science-fiction à un léger déplacement du réel pour mieux observer les fissures de la cellule familiale. Cette retenue et cette douceur sont à la fois la force et un peu la limite du film.
Cette retenue et cette douceur sont à la fois la force et un peu la limite du film.
Le film aborde de nombreux thèmes familiers du cinéaste. Comme l’incapacité des parents à accepter la perte, de ce qu’ils attendent inconsciemment de leurs enfants (peut-on aimer un enfant pour ce qu’il est réellement, ou seulement pour ce qu’il répare en nous ?). Il évoque aussi l’enfance : dans ses longs métrages d’ailleurs, force est de constater que les jeunes personnages apparaissent plus lucides que les adultes, capables d’accepter les contradictions du monde.
Visuellement, Sheep in the Box est élégant et la forme est très travaillée. Kore-eda privilégie une mise en scène discrète, fluide, refusant tout spectaculaire futuriste. Les décors épurés (notamment les demeures presque aseptisées dans lesquelles évoluent les personnages) traduisent parfaitement cet univers émotionnel sous contrôle, où tout paraît calme alors que les traumatismes affleurent constamment sous la surface. Cette délicatesse visuelle contraste toutefois avec une bande originale plus discutable. La musique a toujours été un élément clé de l’univers du cinéaste, cela fonctionne souvent. Cependant, cette partition parfois trop présente finit par tirer l’œuvre vers le mélodrame insistant et appuyé, surtout dans la dernière partie qui laisse une impression de récit en mode pilotage automatique.
Pour autant, Sheep in the Box est un film émouvant, porté par une immense tendresse pour ses personnages
Pour autant, Sheep in the Box est un film émouvant, porté par une immense tendresse pour ses personnages et par une foi intacte dans la capacité des êtres à recréer du lien malgré la douleur. S’il n’a peut-être pas la profondeur déchirante ou la complexité morale des plus grands Kore-eda, il confirme la singularité d’un cinéaste qui continue, film après film, à interroger notre humanité.
RÉALISATEUR : Hirokazu Kore-eda
NATIONALITÉ : Japon
GENRE : Drame
AVEC : Haruka Ayase, Daigo Yamamoto, Rimu Kuwaki
DURÉE : 2h07
DISTRIBUTEUR : Le Pacte
SORTIE LE 16 décembre 2026


