On avait perdu la trace de Gus Van Sant depuis une bonne quinzaine d’années. Certes il continuait à sortir des films : le joli Restless (2011), le solide Promised Land (2012), l’incompris Nos Souvenirs (2015) qui écopa d’une réception catastrophique au Festival de Cannes, le sympathique Don’t worry, he won’t get far on foot (2018) mais avouons-le, rien de comparable aux films de ses deux décennies dorées, les années 90 et 2000, de My own private Idaho à Harvey Milk. Après sept ans sans tourner, Gus Van Sant montre un net regain de forme en signant son meilleur film depuis presque vingt ans. Certes, ce n’est pas encore tout à fait ça, La Corde au cou est à l’évidence un film de commande où le vieux routier étale tous les ressorts de sa science de metteur en scène pour rendre le film à la fois attractif et âpre. Mais le film respire une véritable joie de filmer, phénomène assez rare pour être terriblement communicatif.
D’après une histoire vraie. Dans les années 1970, Tony Kiritsis, en proie à des difficultés financières, décide d’enlever Richard O. Hall, son courtier hypothécaire.
un film de commande où le vieux routier étale tous les ressorts de sa science de metteur en scène pour rendre le film à la fois attractif et âpre. Mais le film respire une véritable joie de filmer, phénomène assez rare pour être terriblement communicatif.
A l’origine, le projet d’adaptation de ce fait divers devait être réalisé en 2024 par Werner Herzog, avec Nicolas Cage dans le rôle principal. On peut saliver sur ce projet qui ne se réalisera jamais, abandonné pour des raisons de planning et qui aurait réuni deux esprits parmi les plus délirants de la planète cinéma, quelques années après leur vrai-faux remake du film de Ferrara, Bad Lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans (2009). Gus Van Sant a toujours été plus sage, même si une certaine folie douce se manifestait dans ses projets les plus expérimentaux, de Gerry à Paranoid Park, en passant par Elephant, Palme d’or du Festival de Cannes en 2003.
Avec ce film, Gus Van Sant jette un pont entre le passé et l’avenir. Le passé : le film renvoie immanquablement à la prise d’otages décrite dans Un après-midi de chien de Sydney Lumet, datant également des années 70 comme le fait divers du film (février 1977), en opérant un clin d’oeil à Al Pacino, passé du côté des puissants, en interprétant ici le père du courtier. L’avenir : le soutien affiché à Lucas Mangione, assassin du PDG d’United Healthcare, Brian Thompson, en décembre 2024. Entre ces deux faits divers, le sentiment diffus qu’en presque vingt ans, rien n’a vraiment changé : les institutions broient toujours les individus, leur révolte de David contre Goliath est quasiment d’emblée condamnée à l’échec, et nourrit un système qui les absorbe dans le jeu médiatique.
Si le film permet enfin de révéler le vrai visage de Bill Skarsgard, longtemps camouflé derrière un masque de clown ou des prothèses de vampire. il n’atteint certes pas le niveau naturel de délire d’un Nicolas Cage, mais s’en tire avec les honneurs. Le film réserve même un twist surprenant pour qui ne connaissait pas les détails du fait divers reproduit. C’est surtout Gus Van Sant qui oeuvre avec maestria en reconstituant le fait divers avec ses différents acteurs se situant à des endroits différents soumis à une même temporalité. Le travail effectué par le montage du film (séquence très jouissive de la mise en parallèle avec la participation de John Wayne aux Oscars) et la juxtaposition de différentes textures d’image s’avère assez hallucinant, rappelant celui déjà existant dans Harvey Milk. Gus Van Sant y montre une dextérité certaine s’apparentant au travail du D.J. noir qui, de son émission de radio, fait presque office de narrateur implicite. En-dehors de sa reconstitution d’un fait divers, La Corde au cou rend aussi un bel hommage à la musique noire des années 70 qui accompagne la bande-son du film et prend le pouls d’une société dont on ne sait plus s’il s’agit de celle des années 70 ou de la nôtre.
RÉALISATEUR : Gus Van Sant
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : thriller
AVEC : Bill Skarsgård, Dacre Montgomery, Colman Domingo, Cary Elwes, Al Pacino
DURÉE : 1h45
DISTRIBUTEUR : ARP sélection
SORTIE LE 15 avril 2026


