Good Luck Have Fun Don’t Die marque le retour très attendu de Gore Verbinski après un long exil du réalisateur : l’auteur qui a offert au public des films comme Mouse Hunt (1997), The Ring (2002) et les trois premiers films de Pirates des Caraïbes revient après plus de dix ans de silence. Et bien que présenté en avant-première au Festival International du Film de Berlin, Good Luck Have Fun Don’t Die s’avère controversé, tant par les idées qu’il propose que par la manière dont elles sont mises en scène.
Une soirée conventionnellement ennuyeuse dans un restaurant de Los Angeles est interrompue par l’apparition soudaine d’un homme qui prétend venir du futur et chercher son équipe de rêve pour sauver le monde de l’IA. Ayant l’air non seulement étrange mais carrément bizarre et excessif, cet homme n’est guère un leader séduisant pour les clients présents. Le protagoniste psychotique, resté sans nom, se réfugie alors dans son dernier recours et fait chanter les personnes présentes avec une bombe reliée à son costume totalement aléatoire (il affirme qu’il s’agit d’une tenue de haute couture dans son monde futur). Contre toute attente, l’équipe se forme et les aventures commencent.
…dans une tentative constante de prouver sa propre folie, le film ne semble presque jamais vraiment séduisant.
Sur leur chemin pour sauver le monde, les personnages reviennent sur leurs vies passées, ce qui apporte une motivation bienvenue. Cependant, ces récits sont conçus avec des retournements de situation si audacieux et des contextes si extravagants que, dans une tentative constante de prouver sa propre folie, le film ne semble presque jamais vraiment séduisant. Par exemple, l’une des protagonistes, une mère célibataire, a récemment perdu son fils adolescent dans une fusillade scolaire. Pour soulager sa souffrance, le marketing d’un produit nouvellement lancé la contacte, lui proposant de fabriquer une copie de son fils — pas une copie complète, mais plutôt un corps avec des caractéristiques au choix. La femme vit dans un monde si saturé de fusillades répétées que ce produit est largement répandu parmi ses voisins, qui ont perdu et remplacé leurs enfants une, deux, trois et même quatre fois. Toutefois, les dépenses marketing étant inévitables, chaque « copie » doit à un moment donné réciter une publicité — par exemple en complimentant étrangement la marque de céréales que la famille mange au petit-déjeuner. Ainsi, la question extrêmement problématique des fusillades scolaires américaines est présentée d’une manière si sarcastique et inadéquate qu’aucune grande idée ne pourrait justifier une telle approche — s’il y avait finalement une idée cohérente derrière elle. Et il en va de même pour presque chaque ligne narrative du film.
Ayant commencé sa carrière dans les clips musicaux et la publicité, Verbinski adopte pleinement un montage abrupt, proche du clip, et un rythme qui ne ralentit jamais, comme s’il réalisait un clip musical de deux heures ou adaptait un jeu vidéo à un public habitué aux vidéos courtes des réseaux sociaux. Associée à la lutte constante contre non seulement l’IA mais la technologie en général que le film prétend représenter, cette direction artistique paraît contre-intuitive et révèle plutôt la préférence du réalisateur pour ce contre quoi ses personnages sont censés lutter.
Finalement, le film propose un mélange si audacieux de narration provocatrice et d’images saturées de méthodes issues d’autres arts audiovisuels qu’il aurait facilement pu se situer quelque part entre un divertissement de soirée efficace et une percée dans la comédie de science-fiction. Pourtant, il échappe à ce paradigme et se révèle être un film stylistiquement riche servant des idées si banales que même l’engagement minimal du spectateur n’est pas garanti.
RÉALISATEUR : Gore Verbinski
NATIONALITÉ : U.S.A., Allemagne
GENRE : Aventure, Comédie, Science Fiction
AVEC : Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson
DURÉE : 2h 15min
DISTRIBUTEUR : Metropolitan FilmExport
SORTIE LE 15 avril 2026


