L’Enfant du désert : danse avec les autruches

Tous les jeunes parents connaissent ses films sans le nommer : Gilles de Maistre revient ce printemps avec un nouveau conte familial autour des animaux sauvages et de nos liens (en tout cas ceux des enfants) avec eux. C’est en 2018 que le réalisateur se lance dans ce créneau avec Mia et le lion blanc, son plus joli succès. Puis vint, de manière quasi industrielle : Le Loup et le lion (2021), Le Dernier Jaguar (2024) et Moon le Panda (2025). Avec le petit dernier, L’Enfant du désert, Gilles de Maistre filme cette fois la survie d’un petit touareg au milieu des autruches du Sahara. Mais ni un possible intérêt pour ces étranges oiseaux ni la présence de l’éternelle star des jeunes, Kev Adams, ne font oublier la faiblesse d’un récit trop didactique et d’un film peu fluide entre ses différentes séquences. Ni les enfants ni les parents n’y trouveront réellement leur conte/compte. 

Sun, âgée de 14 ans, a publié un livre inspiré d’une histoire que son grand-père lui racontait : l’incroyable histoire d’Hadara, un enfant nomade perdu par sa famille à l’âge de deux ans dans le désert, qui a ensuite été recueilli et élevé par un troupeau d’autruches. Mais lorsque Sun (Neige de Maistre) est invitée à visiter le Sahara, elle se rend compte qu’Hadara est peut-être plus qu’une simple histoire pour s’endormir.

Dans un déroulement quasiment muet l’immersion est agréable (…) malheureusement la séquence émotion est assez courte.

Au départ, les intentions sont si bonnes qu’évidemment s’installer devant L’Enfant du désert – avec un petit ou non à ses côtés ! – réchauffe instantanément le cœur. Comment ne pas sourire devant les premières images du film, où le petit Hadara âgé de deux ans découvre le désert, ses dangers et merveilles, et surtout sa nouvelle famille pleine de plumes ? Dans un déroulement quasiment muet l’immersion est agréable, les images d’un sublime Sahara nous enveloppent sans effort et le personnage du fennec nous rappelle avec joie un certain petit renard galactique. Malheureusement la séquence émotion est assez courte, fonctionnant encore ponctuellement lorsque Hadara est un petit garçon de six, puis douze ans, mais rapidement écrasée par les lourdeurs qui l’entourent.

Tiré d’un livre (Hadara l’enfant autruche) et d’un récit touareg qui se veut inspiré de faits réels, L’Enfant du désert est construit dans un double récit qui fonctionne difficilement. Les enchaînements se font avec peu de légèreté entre le présent de Sun la jeune autrice et celui du petit Hadara. Quant à la performance et au doublage des acteurs et actrices (dont Neige, la fille de Gilles de Maistre à nouveau impliquée dans un de ses films), ils n’aident globalement pas à croire en ce conte animalier. Tout y est d’ailleurs trop didactique : ainsi les grands méchants, venus filmer et même pourquoi pas capturer cet enfant sauvage, sont illustrés par de grosses brutes sans aucune finesse et qui se font berner facilement. Kev Adams y fait quant à lui du Kev Adams, dans le rôle du gentil journaliste qui se dresse contre la marchandisation de l’innocence de ce drôle d’autruchon. 

Quant à la morale écologique de cette histoire, on n’est pas certain qu’elle soit bien claire non plus. Le petit Hadara a survécu jusqu’à ses 12 ans grâce à sa nouvelle famille et il peut remercier “la nature” pour cela mais, comme Mowgli, il les abandonnera finalement sans trop de remords pour de jolis yeux bruns… Et ce même s’il perpétuera leurs danses dans son village, dans une scène avec des autruches gesticulantes plus gênantes que touchantes. Au final, L’Enfant du désert restera sûrement une nouvelle tentative animalière vite oubliée de De Maistre. Dommage pour les autruches d’Afrique du Nord, classées “en danger critique d’extinction”.

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RÉALISATEUR : Gilles de Maistre
NATIONALITÉ : française
GENRE : Aventure, Famille
AVEC : Nahel Tran, Zayn Sekkat, Nahïl Bouazzaoui, Kev Adams, Neige de Maistre
DURÉE : 1h 32min
DISTRIBUTEUR : StudioCanal
SORTIE LE 8 avril 2026