Après Carré blanc (2011), un film d’anticipation, avec Julie Gayet et Sami Bouajila et Hors de portée (2014) un thriller hollywoodien avec Michael Douglas, Jean-Baptiste Leonetti, réalisateur venant de la publicité, s’était fait remarquer. Mais il a donc fallu attendre 2026 pour son nouveau film qui représente un nouveau tournant. En effet, Ceux qui comptent semble son film le plus sincère, le plus humain, entre rires et larmes, s’inspirant à la fois de l’esprit frondeur et tendrement anarchiste de Bertrand Blier, Jean-Pierre Jeunet ou d’Albert Dupontel ou des comédies italiennes des années soixante et soixante-dix qui n’hésitaient à oser les ruptures de ton, en passant de l’humour de situation et de la satire à l’émotion.
Rose et Jean n’ont rien en commun. Rose est une force de la nature qui affronte tous ses problèmes avec une désarmante joie de vivre. Elle campe avec ses 3 enfants à l’étage de l’hôtel de famille qui ne leur appartient plus, et non, ils ne sont pas pauvres, ils sont fauchés. C’est temporaire. Jean est un homme solitaire et taciturne qui a fini par enfouir son grand cœur sous des couches de pudeur et de résignation. Quand il arrive malgré lui dans cette famille hors norme, il va très vite devenir indispensable. Qu’attendaient-ils avant de se rencontrer ? Sans doute plus rien. Et pourtant, ensemble, tout va devenir possible.
Ceux qui comptent semble le film le plus sincère, le plus humain, de Leonetti, entre rires et larmes, s’inspirant à la fois de l’esprit frondeur et tendrement anarchiste de Bertrand Blier, Jean-Pierre Jeunet ou d’Albert Dupontel ou des comédies italiennes des années soixante
Le film commence de manière explosive, en orchestrant la rencontre entre Rose, une mère de famille qui vole de la nourriture dans un supermarché et Jean, un taciturne laveur de voitures, expert en coups de boule. L’un finit par défendre l’autre. Une amitié paraît naître, surtout du côté de la mère de famille, restauratrice ruinée qui habite des locaux inoccupés avec ses trois enfants, deux filles et un garçon. Rose et Jean cachent tous les deux un secret, l’une une maladie grave, l’autre une trahison vécue qui l’a définitivement blessé.
Ceux qui comptent commence donc sur les chapeaux de roue, film tendrement anar qui ressemble à une comédie italienne drolatique reposant sur des échanges mouchetés entre la prolixe Rose et le taiseux Jean. Leonetti possède le sens de la mise en scène et de l’espace et surprend par des plans éloignés et une formidable science du cadre. Ceux qui comptent, c’est évidemment ceux qui, bénéficiant de revenus plus que modestes, comptent à la fin du mois ou même pendant, pour savoir s’il va leur rester assez, et aussi ceux qui comptent réellement dans la vie, les gens sur qui on peut se reposer qui ne trahissent pas et pour qui on ferait tout.
On pense à de brillants devanciers pour cette comédie loufoque qui reste pourtant réaliste, à la lisière de l’absurde : Bertrand Blier (pour cette référence au cancer), Albert Dupontel (via Sandrine Kiberlain et son jeu au tempo comique toujours si affûté). Le rythme du film, en particulier, s’avère extrêmement efficace avec un montage particulièrement aux taquets : citons la séquence hilarante avec Madame Medrano, où la famille faussement recomposée reçoit une assistante sociale. Signalons que, accompagnés par de très bons adolescents ou enfants acteurs, Sandrine Kiberlain revient à son meilleur niveau et Pierre Lottin surprend encore après En fanfare et L’Etranger, et dévoile une gamme impressionnante de jeu dramatique dans le minimalisme. Si le film touche juste dans sa description de déclassés, c’est en effet dans sa deuxième partie plus mélodramatique où Léonetti parvient à éviter le pathos inutile et privilégie la pudeur et la sobriété. Un joli film qui résonne dans l’humain, et c’est bien l’essentiel.
RÉALISATEUR : Jean-Baptiste Leonetti
NATIONALITÉ : française
GENRE : comédie, comédie dramatique
AVEC : Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Louise Labéque
DURÉE : 1h38
DISTRIBUTEUR : UGC Distribution
SORTIE LE 25 mars 2026


