Ce n’est seulement que le troisième long-métrage de son réalisateur, et il a la particularité d’être en partie produit par Martin Scorcese. En outre, il était nommé au Festival de Cannes 2025 dans la catégorie Un Certain Regard. Une jeunesse indienne porte un regard imprégné de réalisme sur la société indienne et ne particulier la jeunesse de ce pays dont sont issus les deux personnages principaux du film. Deux jeunes hommes unis par une très forte amitié d’enfance décident de se présenter au concours de la police nationale. Dès leur arrivée en gare pour se rendre sur le lieu de l’examen, il y a foule et le nombre de postes à pourvoir est relativement faible. Mais Shoaib et Chandan se serrent les coudes et finissent par monter dans le train ensemble. C’est leur union qui tout au long du film leur permettra de surmonter les obstacles liés à leur condition qui nous est présentée d’avance comme primordiale. En effet, Shoaib est musulman et souffre – au moins autant que c’est le cas en France – de l’ostracisme du reste de la population. Quant à Chandan, il fait partie des basses castes et malgré la Constitution de 1950 qui affirme l’égalité de tous ses citoyens – et notamment l’article 15 – les intouchables pâtissent d’une discrimination à tous les étages de la société.
Ainsi la mère de Chandan est-elle persécutée dans son nouveau travail par les autres qui lui reprochent son origine et le jeune homme doit-il indiquer sur son formulaire d’entrée à l’université de quelle caste il est issu : droit de surveillance et pouvoir de domination que s’accorde en toute illégalité la société sur ses membres. En effet, le résultat se fait attendre – plus d’une année – et la misère dans laquelle vivent les parents de nos deux jeunes héros les pressent de subvenir aux besoins du foyer. Pourtant ces derniers laissent le choix à Chandan de faire des études malgré leur position. Ce qui n’est pas le cas du père de Shoaib qui se tourmente de voir son fils à son âge encore sans travail. Le travail, c’est celui des chantiers décrit comme une entreprise de fourmis harassante à laquelle œuvrent les plus démunis des indiens, si ce n’est celui des entreprises textiles mécanisées auquel se décide finalement Chandan en attendant le résultat de son concours, mû par un sentiment de culpabilité vis à vis de sa sœur qui, quant à elle, n’a jamais eu le droit de choisir ce qu’elle voulait faire. Le sort des femmes est en effet peu enviable, travaillant comme les hommes jusqu’à s’user le corps et l’âme – les crevasses aux pieds de la mère de Chandan sont autant de plaies qu’une vie dure et sans pitié entraîne – en plus du foyer dont elles ont la charge.
C’est une vision réaliste et pessimiste de la société indienne que nous propose le réalisateur, traversée par la misère et le sentiment de rejet vécu par les personnages.
Shoaib parvient bien à se trouver un travail de commercial et même à se faire remarquer positivement par sa direction, aspirant à une promotion au sein de l’entreprise. Mais il sera vite désabusé, victime de mesures administratives coercitives ainsi que de quolibets et de blagues racistes de la part de ses supérieurs. L’honneur et la dignité à laquelle aspirent les deux garçons est mise à rude épreuve. Qui tendent pourtant à n’être traités qu’en égaux du reste de la population. Le fait qu’ils habitent un village les oblige à utiliser les transports pour se rendre au loin sur le site industriel et à vivre misérablement sur place: on dirait une usine construite au milieu des ruines. Paysage désolé. Quand en outre intervient l’épisode du Covid. L’usine ferme et il s’agit de rentrer au village. Mais le couvre-feu fait loi et les deux amis sont stoppés par la police avant d’être tabassés parce qu’il sont désignés comme musulmans – Chandan, prend un nom à consonance arabe par pure amitié et pour se solidariser du sort de Shoaib.
C’est une vision réaliste et pessimiste de la société indienne que nous propose le réalisateur, traversée par la misère et le sentiment de rejet vécu par les personnages. Les parents n’ont pas même une maison en dur dont ils rêvent pourtant. Et le père de Shoaib devient inapte au travail en raison de son genou abîmé, conséquence d’années passées à travailler comme un forçat. Si ce n’est la misère, c’est donc l’usure qui vous prend. Et si vous avez la chance d’être jeunes, il faut encore faire front aux injustices liées à votre origine sociale ou à votre appartenance religieuse. Chandan sait bien que même s’il réussit son concours, il restera simple policier – et donc respecté, ce à quoi il aspire par dessus tout, lui le maudit de la société – et qu’il ne pourra jamais atteindre le grade d’inspecteur. Ce pourquoi sa petite amie Sudha l’encourage à passer son diplôme universitaire, seule clef d’un changement possible. Mais tout est difficile et demande énormément d’effort aux deux amis liés par leur différence autant que par l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre.
RÉALISATEUR : Neeraj Ghaywan
NATIONALITÉ : Inde, France
GENRE : Drame social
AVEC : Ishaan Khatter, Vishal Jethwa, Janhvi Kapoor
DURÉE : 1h59
DISTRIBUTEUR : Ad Vitam
SORTIE LE 25 mars 2026


