Annoncé à grand renfort de médias, The Drama avec le couple vedette Zendaya et Robert Pattinson paraît au premier abord une simple rom-com sans conséquence, avec rencontre des deux tourtereaux et difficultés à venir dans l’organisation et le déroulement de leur mariage. C’est sans compter sur l’art du décalage du metteur en scène norvégien Kristoffer Borgli, remarqué pour ses deux premiers longs métrages, originaux et intrigants, Sick of myself et Dream scenario (avec déjà Nicolas Cage), et aussi l’esprit décapant du producteur-réalisateur Ari Aster qui poursuit dans ses productions sa critique assassine de l’Amérique (Eddington, Bugonia). Excellemment scénarisé et mis en scène, The Drama est une sorte de comédie de remariage, avant le mariage, où le couple doit affronter la rumeur, l’image de l’autre qui s’effondre, la confrontation avec la cérémonie, pour mieux affirmer leurs voeux d’union sacrée.
À quelques jours de leur mariage, l’équilibre d’un couple vacille lorsqu’un secret troublant vient remettre en question tout ce qu’ils croyaient savoir l’un de l’autre.
Excellemment scénarisé et mis en scène, The Drama est une sorte de comédie de remariage, avant le mariage, où le couple doit affronter la rumeur, l’image de l’autre qui s’effondre, la confrontation avec la cérémonie, pour mieux affirmer leurs voeux d’union sacrée.
Le cinéma norvégien a décidément le vent en poupe. Après La Trilogie d’Oslo Désir–Rêves–Amour de Dag Johan Haugerud, Valeur sentimentale de Joachim Trier (Oscar 2026 du meilleur film international) et The Ugly stepsister d’Emilie Blichfeldt, Kristoffer Borgli s’inscrit dans cette vague décapante qui inscrit la Norvège comme l’un des pays actuellement les plus passionnants, cinématographiquement parlant. Et ce, même s’il a quitté la Norvège depuis quatre ans pour vivre à Los Angeles. En effet, même sous l’apparence d’un blockbuster avec les deux acteurs parmi les plus séduisants d’aujourd’hui, The Drama est ainsi complètement un film indépendant, profondément inspiré par le cinéma européen : on y croise une photo de Liv Ullmann dans un film de Bergman, et on y pense très fort à la cérémonie de mariage qui part à la dérive dans Melancholia de Lars von Trier.
Pourtant le film semble commencer de façon anodine : un jeune homme, Charlie (Robert Pattinson), aborde de façon maladroite une jeune femme, Emma, en train de lire dans une cafétéria. Mais Borgli nous met d’emblée la puce à l’oreille en filmant dès le premier plan, justement une oreille de manière insistante, à la manière d’un Lynch dans Blue Velvet. La jeune femme, Emma, est sourde d’une oreille et écoutant de la musique de son oreille valide, n’entendra pas tout de suite son soupirant qui croira avoir été rejeté sans aménité. A partir de là, Borgli nous conduira jusqu’à la raison de cette surdité inattendue.
Très vite, le film avancera rapidement dans le temps. Les tourtereaux tombent amoureux et ne se trouvent plus qu’à une seule semaine de leur mariage. Charlie essaie de rédiger son discours de jeune marié. Les deux fiancés organisent tous les détails de leur mariage : liste des invités, musique sélectionnée par une DJ, danses et photos de mariage, etc. Tout semble se dérouler dans le meilleur des mondes, jusqu’à une scène de repas où Emma et Charlie répondent à un défi de leurs meilleurs amis, Rachel (Alana Haim) et Mike (Mamoudou Athie) : raconter la pire action de leur vie, ce qui rappelle un peu les thématiques de Ruben Ostlund. Petites lâchetés, cruauté mentale et cyberharcèlement se succèdent jusqu’à ce que Emma raconte la sienne.
A partir de là, le film interrogera l’image projetée par chacun, sa façade sociale, et l’être intérieur véritable. Charlie commencera à avoir peur de sa Dulcinée car on ne connaît jamais vraiment quelqu’un. Se déchaîneront ensuite la suspicion des amis et la rumeur colportée par les invités. Utilisant le style fragmenté d’Alain Resnais dans la première partie de son oeuvre ou de Nicholas Roeg, Borgli orchestre cette spirale négative de brillante façon entre flash-backs sur l’adolescence tourmentée d’Emma, et images mentales de Charlie se figurant Emma en psychopathe. Joliment mis en scène, le film enchaîne les plans inattendus de façon toujours surprenante et incongrue.
Dans ses deux précédents films, Borgli avait déjà exploré les dysfonctionnements d’un couple composé d’ultra-narcissiques (Sick of myself) et la viralité des rêves (Dream scenario). Il reprend ici en partie des aspects de ses deux premiers films, mais dans un contexte a priori totalement réaliste. Néanmoins au-delà de son postulat scénaristique de départ, le film ne semble pas creuser très profondément son argument, laissant surtout ses deux vedettes, Zendaya et Robert Pattinson, révéler tout leur potentiel à la fois comique et dramatique. Ce qui n’empêche pas, même s’il ne laisse pas forcément des souvenirs intangibles, The Drama de demeurer une agréable comédie noire, fort divertissante et souvent hilarante.
RÉALISATEUR : Kristoffer Borgli
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : comédie noire, comédie romantique
AVEC : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim, Mamoudou Athie
DURÉE : 1h46
DISTRIBUTEUR : Metropolitan FilmExport
SORTIE LE 1er avril 2026


