Désir : début de la trilogie de Dag Johan Haugerud

Suivant l’exemple du grand Krzysztof Kieślowski, le réalisateur norvégien Dag Johan Haugerud a créé sa propre trilogie — Sex, Dreams, Love — dont le film Désir (Sex), présenté en avant-première à la Berlinale de l’année dernière (2024), constitue la première partie.

C’est l’histoire de deux ramoneurs qui travaillent dans l’Oslo contemporain. D’ailleurs, les trois films se déroulent dans cette même ville, faisant écho sur le plan conceptuel à la trilogie d’un autre réalisateur norvégien, Joachim Trier. Chez l’un comme chez l’autre, la ville n’est pas simplement un décor pour les événements, mais presque un personnage à part entière. Par sa structure urbaine scandinave rigide, elle semble pousser à la fois vers la répression de l’individu dans un système et vers une réflexion sur cette répression. Ainsi, deux collègues sont liés par l’amitié, et lors d’une conversation apparemment banale pendant une pause, ils partagent ce qui se cache dans l’inconscient humain — l’un parle d’un rêve étrange récurrent, tandis qu’un autre confie avoir récemment vécu une expérience sexuelle inhabituelle. Bien que ces deux événements puissent paraître de poids inégal au premier abord, le récit du film se développe résolument sur un mode comparatif et finit par mettre ces deux histoires sur un pied d’égalité, chacune révélant, à sa manière, une part refoulée de la personnalité des protagonistes.

Doté d’un excellent point de départ, vraiment intrigant, Désir semble incapable de le développer de manière proportionnée ; il se perd dans les détails du récit sans proposer de solutions aussi audacieuses que la situation initiale.

Le film se concentre sur les conversations autour du sexe (et, plus largement, sur la part cachée et inconsciente de la psyché humaine) plutôt que sur l’acte sexuel lui-même. Ainsi, malgré son titre originel, il ne s’agit pas d’un film explicite, mais d’un film fondé sur le dialogue, dans lequel l’histoire se déroule non à travers les actions, mais à travers la manière dont les personnages parlent (et reparlent) de ces actions. Dans cette approche dialoguée réside une certaine concision, voire une légèreté de l’espace cinématographique — un espace qui ne s’enlise pas dans l’émotion, mais laisse place et temps à la réflexion, tant pour les personnages que pour le spectateur.

Cependant, cette dépendance totale au dialogue constitue aussi le principal point faible du film. Doté d’un excellent point de départ, vraiment intrigant, Désir semble incapable de le développer de manière proportionnée ; il se perd dans les détails du récit sans proposer de solutions aussi audacieuses que la situation initiale.

Ce à quoi les protagonistes de Désir sont confrontés peut être comparé à la visite d’Éros aux personnages de Théorème de Pasolini — mais alors que le grand cinéaste italien n’avait pas peur d’enrober ses idées radicales dans des formes géométriques rigoureuses, la douceur de Dag Johan Haugerud joue ici contre lui. La déclaration d’auteur se révèle bien moins novatrice que le monde que le réalisateur construit pour l’accueillir. En fin de compte, Désir est un film dialogué intéressant, qui pose des questions brillantes sans apporter de réponses tout aussi brillantes.

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RÉALISATEUR : Dag Johan Haugerud
NATIONALITÉ :  Norvège
GENRE : Comédie dramatique, Drame
AVEC : Jan Gunnar Røise, Thorbjørn Harr, Siri Forberg
DURÉE : 1h 58min
DISTRIBUTEUR : Pyramide Distribution
SORTIE LE 16 juillet 2025