Oklahoma Honey : le miel et les abeilles

Si Oklahoma Honey, le second long métrage d’Andrew Patterson (après The Vast of night, sorti directement sur Prime Video en 2020), possède une vraie personnalité, une atmosphère immédiatement identifiable et quelques jolis moments, il souffre malheureusement aussi d’une volonté permanente d’en faire beaucoup trop à tous les niveaux.

Au cœur des terres reculées de l’Oklahoma rural, Amziah King, personnage charismatique au talent musical hors du commun, veille sur une bande de marginaux passionnés de bluegrass tout en supervisant la plus importante exploitation apicole de la région. Lorsque sa fille adoptive, dont il était éloigné depuis des années, réapparaît soudainement, Amziah y voit l’occasion de renouer les liens et de bâtir avec elle une entreprise familiale. Mais le monde du miel est sans pitié, et les rivaux d’Amziah menacent de détruire tout ce qu’il a construit.

Et il faut reconnaître au film une véritable capacité à créer son univers. L’Amérique rurale qu’il dépeint possède une chaleur et une étrangeté assez communicatives.

Le film a, au départ, tout pour séduire : un coin perdu des États-Unis, le milieu du commerce du miel, du bluegrass, une histoire de transmission entre un père adoptif et sa fille, des histoires de rivalité et de vengeance. Et il faut reconnaître au film une véritable capacité à créer son univers. L’Amérique rurale qu’il dépeint possède une chaleur et une étrangeté assez communicatives. On a presque envie de rester dans cette petite communauté, de s’asseoir avec eux autour d’une table et d’écouter jouer de la musique. La bande-son est d’ailleurs l’une des réussites du film. Le bluegrass n’est pas simplement utilisé comme une couleur locale : il participe pleinement à l’identité du récit. Les séquences musicales comptent parmi les moments où Oklahoma Honey semble le plus naturellement trouver son rythme.

Il y a une recherche formelle, c’est indéniable, mais elle finit par devenir un peu envahissante.

Le problème, c’est que Patterson semble parfois tellement amoureux de son propre dispositif qu’il ne peut s’empêcher de nous le montrer. La première partie est, à ce titre, vraiment épuisante. Le réalisateur veut constamment affirmer sa mise en scène : arrêts sur image, montage heurté, mouvements de caméra, changements de rythme, effets de montage et petits effets de style clinquants. Il y a une recherche formelle, c’est indéniable, mais elle finit par devenir un peu envahissante. C’est assez paradoxal, parce que son film est beaucoup plus intéressant lorsqu’il accepte simplement de regarder vivre ses personnages : l’ouverture installe immédiatement cet univers si particulier et la scène de l’école fonctionne également très bien, avec cette capacité à faire cohabiter l’étrange, l’humour et une certaine tension.

Pris séparément, certains morceaux du film sont réussis ; assemblés, ils forment un ensemble nettement plus bancal. La faute sans doute à un scénario qui donne parfois l’impression de vouloir raconter plusieurs films à la fois. On commence avec une chronique familiale et communautaire, on glisse vers une sorte de comédie rurale, puis vers le thriller, le western contemporain et enfin le film de vengeance. Cette évolution n’est pas forcément un défaut en soi, mais les transitions sont parfois brutales. De plus, la durée du long métrage n’aide pas. Le film possède une tendance assez prononcée à s’attarder sur ses personnages, ses chansons, ses abeilles et son petit monde. Même les métaphores sont parfois surlignées. Le parallèle entre la ruche et la communauté humaine est assez évident : chacun a sa place, chacun contribue à l’équilibre du groupe, et la disparition d’un élément menace l’ensemble. Le réalisateur insiste tellement dessus qu’il finit par expliquer ce que le spectateur avait déjà compris.

Oklahoma Honey ressemble davantage à un assemblage d’idées qu’à un récit vraiment cohérent.

La deuxième partie est plus classique, moins nerveuse. Pour autant, si sur le papier ce changement pouvait être stimulant, à l’écran, il apparaît moins surprenant et surtout moins incarné. Le personnage de Kateri, pourtant appelé à prendre une place centrale, est moins convaincant, Angelina LookingGlass étant beaucoup plus monolithique que Matthew McConaughey. C’est d’autant plus dommage que le film repose finalement beaucoup sur elle. À l’inverse, Matthew McConaughey est clairement la force du film. Il retrouve ici un rôle qui semble avoir été écrit pour lui : un type un peu lunaire, charismatique et chaleureux. Kurt Russell, malheureusement, est davantage sous-employé. Son personnage aurait pu constituer un véritable antagoniste à la hauteur d’Amziah, mais le film ne lui donne pas suffisamment de matière pour que cette rivalité devienne vraiment passionnante.

Toutefois, le film aime profondément ses personnages et son petit morceau d’Amérique. Il décrit une communauté qui repose davantage sur la solidarité, la musique et la transmission que sur les clichés habituels associés à l’Amérique rurale. Cette dimension-là fonctionne réellement même si cela ne suffit pas à en faire le grand film que certains ont vu. Oklahoma Honey ressemble davantage à un assemblage d’idées qu’à un récit vraiment cohérent.

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RÉALISATEUR : Andrew Patterson
NATIONALITÉ : États-Unis
GENRE : Drame, Thriller
AVEC : Matthew McConaughey, Angelina LookingGlass, Kurt Russell
DURÉE : 2h10
DISTRIBUTEUR : Metropolitan FilmExport
SORTIE LE 19 août 2026