Michael : l’homme dans le miroir

Etant donné le nombre de biopics musicaux qui ont été réalisés ces dernières années (Ray, Walk the line, Cloclo, Bohemian Rhapsody, Tina, Rocketman, Back to black, Un Parfait inconnu, Springsteen : Deliver me from nowhere, etc) -on n’attend plus que Bowie et Prince pour les disparus, Madonna et Neil Young pour les toujours vivants-, le projet d’un biopic de Michael Jackson tombait sous le sens. Mais depuis le 5 octobre 2017, #MeToo est passé par là. Sans remettre en cause le statut de King of Pop chèrement acquis par Michael Jackson, les rumeurs persistent sur une vie privée problématique, zébrée d’accusations de pédophilie, en particulier depuis un documentaire datant de 2021, Leaving Neverland, du nom de la propriété où Michael Jackson accueillait tous ses amis adolescents. Comment dès lors filmer une vie où les zones d’ombre et d’incertitude apparaissent nombreuses, sans faire enrager les fans qui n’en ont cure ni blesser les familles de victimes qui prétendent ne s’en être jamais remises? La solution choisie par Antoine Fuqua ménage la chèvre et le chou, en se cantonnant à la période 1963-1988, c’est-à-dire la grande période d’ascension de Michael Jackson vers la renommée planétaire, et en faisant totalement l’impasse sur ce qui pourrait être problématique dans la vie du personnage.

Originaire de la ville ouvrière de Gary dans l’Indiana, la famille Jackson est une famille noire des Etats-Unis, dirigée par un père autoritaire qui élève ses enfants en leur inculquant la dichotomie gagnants/perdants dès l’enfance, afin de les forcer à vouloir sortir de leur modeste condition. Parmi les dix enfants de la famille, cinq frères forment un groupe de musique, les Jackson Five. Michael, le plus jeune, est aussi le plus doué et s’empare du chant soliste…

Sans être absolument catastrophique, (les moments musicaux valent le détour ainsi que Colman Domingo), ce biopic s’avère moyen, inconsistant, ne faisant qu’effleurer le mythe, de peur de l’écorner plus gravement.

Ce projet de biopic consacré à Michael Jackson a profondément divisé la famille Jackson et est principalement porté par les frères survivants de Michael, Jackie, Jermaine et Marlon, accompagnés par leur soeur Latoya, alors que Janet, l’autre soeur, et la fille de Michael, Paris se sont désolidarisées du projet, estimant qu’il reposait sur des mensonges. C’est à l’évidence un projet opportuniste, destiné à renflouer la famille Jackson, même si la volonté de ses membres de rendre un dernier hommage à Michael peut être sincère. Antoine Fuqua, surtout connu pour quelques films mettant en valeur leurs acteurs, (Training Day, Equalizer, La Rage au ventre), s’avère un honnête faiseur et ne prend pas ici de risques inconsidérés.

Alors que le côté intéressant du projet eût été de confronter Michael Jackson à ses démons dévorants, Fuqua décide, pour éviter la polémique que pourrait engendrer cette histoire d’ascension et de chute (Rise and fall), de tout concentrer sur l’ascension. Sa caméra suivra donc le « héros » de Michael gamin, recevant des coups de ceinture de son père, à MJ la superstar interprétant Bad au stade de Wembley en 1988, sommet de sa carrière, avant le déclin inévitable et la rumeur envahissante. Michael est donc ici encore jeune et beau, pas encore défiguré par des opérations de chirurgie esthétique à répétition. On l’aperçoit tout juste en 1981 avec un mini-sparadrap sur le nez, signe que sa transformation a déjà commencé. Néanmoins, ce petit indice demeure très limité. Antoine Fuqua reste prudemment à la surface de son personnage et préfère le filmer en proie au harcèlement moral de son père (formidable Colman Domingo), affrontement dont il fait le centre de son film, plutôt que de le montrer à la recherche de l’affection de ses fans, même si une ou deux scènes donnent presque froid dans le dos, lorsque Michael rencontre un gamin et sa mère et leur prodigue des conseils a priori bienveillants. .

Par conséquent, pour Fuqua, le démon dans la vie de Michael Jackson était représenté par son père, égocentrique et hanté par un souhait de réussite et un besoin illimité d’argent. Ce sera la principale ligne dramatique du film. Quand Fuqua se lasse même de cette ligne narrative minimale, il se cantonnera à recréer les grands moments musicaux de l’existence de Michael Jackson : clips de Thriller, Beat it, interprétation live de Billie Jean, etc. Jaafar Jackson, fils de Jermaine et neveu de Michael, s’avère assez bluffant dans cette recréation qui permet de donner au film, sans forcer, ses meilleurs moments. Pourtant, on peut légitimement se demander l’intérêt de reconstituer à l’identique ces moments anthologiques de la carrière de Michael Jackson, sans avoir pour autant approfondi le personnage, hormis le fait pour les spectateurs soit contemporains et nostalgiques de ses heures de gloire ou bien jeunes admirateurs avides de découvrir ce qu’ils n’ont pas connu d’entendre ses plus grands succès sur grand écran, avec des amplis surpuissants. Certains, plus cyniques ou réalistes, feront remarquer que Michael Jackson a en fait atteint son climax musical assez tôt, avec l’irrésistible et funky Don’t stop til’ you get enough, extrait de Off the wall, et que ce qui a suivi, y compris Thriller et Bad, ne serait que de piètres déclinaisons.

Le film se termine par un carton « L’histoire continue…« , ce qui sonne soit comme la promesse improbable d’une suite, soit plutôt comme un pied-de-nez pour évacuer tout ce qui aurait pu apparaître comme problématique dans la suite du destin de Michael Jackson (Neverland, les accusations infondées ou pas d’adolescents, son mariage avec son infirmière, ses opérations de chirurgie esthétique, etc…). Sans être absolument catastrophique, (les moments musicaux valent le détour ainsi que Colman Domingo), ce biopic s’avère plutôt moyen, assez inconsistant, ne faisant qu’effleurer le mythe, de peur de l’écorner plus gravement.

2.5

RÉALISATEUR : Antoine Fuqua
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : biopic, drame, musical
AVEC : Jaafar Jackson, Colman Domingo, Nia Long, Miles Teller
DURÉE : 2h08
DISTRIBUTEUR : Universal Pictures International France
SORTIE LE 22 avril 2026