Cinquante ans après Carrie au bal du diable de Brian De Palma, la première héroïne de Stephen King revient hanter nos écrans. Cette fois, c’est Mike Flanagan, maître de l’horreur mélancolique à qui l’on doit The Haunting of Hill House et Midnight Mass, qui s’empare du roman Carrie pour en tirer une série de huit épisodes, disponible sur Prime Video depuis le 7 octobre. Le cinéaste connaît bien l’univers de King : après Jessie, Doctor Sleep et Life of Chuck, il signe ici sa quatrième adaptation de l’écrivain, qui officie lui-même comme producteur exécutif.
Carrie White (Summer H. Howell, choisie parmi près de 1 500 candidates) a grandi coupée du monde, entre les murs de la maison familiale et sous l’aile étouffante de sa mère Margaret (Samantha Sloyan). La mort soudaine de son père la propulse au lycée public, un environnement dont elle ignore tous les codes. Très vite, une humiliation dans les vestiaires, filmée et partagée en ligne, fait d’elle la cible de tout l’établissement. Tandis que la cruauté se propage d’écran en écran, l’adolescente découvre en elle des pouvoirs de télékinésie qui grandissent au rythme de sa colère jusqu’à une nuit de bal qui va tout faire basculer.
Que Stephen King ait adoubé le projet ne suffit pas à dissiper le malaise : à force de vouloir faire de Carrie une héroïne de franchise, la série oublie qu’elle était d’abord une victime.
Le premier grand choix de Flanagan est de transposer le harcèlement à l’ère des réseaux sociaux. Chez King, le calvaire de Carrie reste physique et psychologique, confiné aux couloirs du lycée et cristallisé autour de la fameuse scène des douches. Ici, cette scène est filmée, partagée, commentée : l’humiliation ne s’arrête plus à la sonnerie. La maison n’est plus un refuge, le téléphone prolonge le supplice jusque dans la chambre. Cette mise à jour fait de Carrie une tragédie sociale d’une actualité brûlante, et c’est sans doute ce que la série réussit de mieux. Seconde bonne idée : le développement du personnage de Margaret White. Dans le roman, elle est une fanatique abusive et délirante, qui règne par la peur, la punition et le sinistre placard à prières. Flanagan lui offre une épaisseur nouvelle. Toujours terrifiante, conspirationniste et obsédée par la protection de sa fille, cette Margaret l’aime pourtant sincèrement. Samantha Sloyan, habituée de l’univers du showrunner, compose un personnage ambigu qui dépasse la figure du simple monstre.
Le bât blesse lorsque la série décide d’élargir son propos. Le roman est un récit intimiste : un cas unique, une adolescente isolée, une mère rongée par la folie, une petite ville. Flanagan, lui, introduit d’autres personnages dotés de pouvoirs ainsi qu’une organisation secrète qui les traque et les surveille. En ouvrant ainsi la mythologie, la série retire à Carrie ce qui faisait sa force : sa solitude absolue. L’héroïne n’est plus une anomalie tragique, mais le maillon d’un ensemble plus vaste qui lorgne vers le récit de super-héroïnes, flirtant parfois dangereusement avec le ridicule. Plus gênant encore, le traitement du dénouement. Sans rien dévoiler, disons que là où King construisait une tragédie implacable et refermée sur elle-même, la série préfère ménager ses arrières. La nuit fatidique n’a pas le goût de cendres attendu, et les derniers instants semblent davantage pensés pour entretenir une suite que pour clore une histoire. En voulant à tout prix laisser une porte ouverte, Flanagan sacrifie la catharsis qui rendait Carrie si marquante. Difficile de ne pas y voir un calcul commercial au détriment de la cohérence artistique.
Carrie version Prime Video est une série schizophrène. D’un côté, une modernisation pertinente du harcèlement scolaire et une Margaret White enfin nuancée, portées par un casting solide et la patte visuelle de Flanagan. De l’autre, une mythologie gonflée artificiellement et une fin qui renonce à la tragédie pour préparer une hypothétique suite. Que Stephen King ait adoubé le projet ne suffit pas à dissiper le malaise : à force de vouloir faire de Carrie une héroïne de franchise, la série oublie qu’elle était d’abord une victime. À voir éventuellement pour les prestations de Summer H. Howell et Samantha Sloyan mais les amoureux du roman risquent de quitter le bal avec un goût amer.
CRÉATEUR : Mike Flanagan
NATIONALITÉ : Américaine
GENRE : Fantastique, Horreur
AVEC : Summer H. Howell, Samantha Sloyan, Siena Agudong, Alison Thornton, Joel Oulette, Josie Totah, Arthur Conti, Thalia Dudek, Amber Midthunder et Matthew Lillard
DURÉE : 8x 48-59mn
DIFFUSEUR : Amazon Prime Video
SORTIE LE 7 octobre 2026


