La domesticité s’affirme souvent comme un très bon sujet de cinéma. Entre rapports de domination économique, de violence sous-jacente, de victimisation et d’humiliation plus ou moins consenties, la relation maître-serviteur a parfois inspiré les cinéastes de belle manière. En font preuve La Cérémonie de Claude Chabrol, Parasite de Bong Joon-ho, Les Blessures assassines de Jean-Pierre Améris, sans même avoir besoin de remonter au théâtre (Les Bonnes de Jean Genet). Le Triangle d’or d’Hélène Rosselet-Ruiz, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes cette année repred cette trame assez usitée avec une certaine efficacité, en rajoutant une pincée de sororité pour traduire une amitié interclasses, sans toutefois surprendre par un grain de folie bienvenu.
Pour gagner sa vie, Laura accepte un emploi au service de Souria. Installée dans un hôtel particulier du triangle d’or par son amant, un riche prince saoudien, Souria vit dans l’attente de ses visites.
En s’intéressant à ces histoires fascinantes de captivité au sein du triangle d’or parisien, Hélène Rosselet-Ruiz prend le parti d’un quasi huis clos, où une femme est enfermée dans l’attente des visites de son amant, un riche prince saoudien. Seule pour la distraire, une jeune femme de ménage, Laura est embauchée, dans l’attente de son proche engagement dans l’armée. Plus grande, plus belle, plus riche et cultivée, Souria domine de la tête et des épaules sa jeune servante qu’elle se plaît à humilier quotidiennement. Avec elle, la politesse n’existe pas : pas de ‘merci », pas de « s’il vous plaît », elle ordonne, il faut obéir. Dans le rôle de Laura, Malou Khebizi parvient à s’échapper de l’emploi phagocytant de bimbo écervelée qui l’avait fait découvrir dans Diamant Brut d’Agathe Riedinger, et donne une réelle consistance à son personnage de domestique corvéable à merci.
On ne peut dire autant de sa collègue de jeu, Soundos Mosbah, qui, en-dehors d’une plastique irréprochable, peine un peu à effectuer le basculement de maîtresse sadisante à soeur de combat. C’est pourtant la principale originalité du film qui ne se réduit pas à dépeindre une relation maître-esclave mais la croise avec un rapport de sororité. Comme cette luxueuse demeure est placée sous surveillance permanente, Hélène Rosselet-Ruiz utilise un gimmick récurrent qui devient progressivement très agaçant, celui de montrer des plans éloignés du point de vue de la caméra placée en plongée en haut à droite de l’écran. Malheureusement cet effet, en-dehors d’une direction d’acteurs inégale, tient lieu principalement de mise en scène.
A la fin du film, Souria disparaît, kidnappée en adressant un dernier regard à la caméra de surveillance. On ne peut alors que déplorer que le film s’arrête, car il aurait pu consacrer une demi-heure de plus à la quête de Laura, à la recherche de son amie. Le véritable film aurait pu commencer là.
RÉALISATRICE : Hélène Rosselet-Ruiz
NATIONALITÉ : française
GENRE : drame, thriller
AVEC : Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri
DURÉE : 1h27
DISTRIBUTEUR : Ad vitam
SORTIE LE 29 juillet 2026


