Sous le ciel de Kyoto : l’invention de la solitude

Hormis Naomi Kawase, on ne connaît guère les autres cinéastes japonaises actuelles ; Akiko Ōku fait figure d’exception. Elle s »était révélée au public international avec Tempura (2020), un film adapté d’un roman, sur la cuisine, la solitude, et un amour plus ou moins platonique qui n’ose dire son nom. En 2026, la voici de retour avec Sous le ciel de Kyoto un nouveau film adapté d’un roman, une romance estudiantine qui emprunte dans sa première partie les codes de la rom-com (comédie romantique) tout en les déjouant dans sa deuxième, lorsqu’un événement traumatique va survenir. She taught me Serependity, tel est le titre international du film, La sérendipité est ce concept difficile à définir, le fait qu’une succession d’évènements hasardeux puissent mener à une découverte bénéfique alors que l’on cherchait autre chose. Derrière cette histoire aux fausses allures de rom-com, se cache en fait une réflexion sur le hasard et les accidents malchanceux et bénéfiques de la vie.

À Kyoto, entre l’université et un petit boulot dans des bains publics, Toru garde toujours ses parapluies à portée de main, tels des boucliers contre le monde extérieur. Quand il rencontre Hana, mystérieuse, lumineuse, fragile, l’évidence naît entre eux… avant qu’elle ne disparaisse soudainement.

C’est tout le sens de Sous le ciel de Kyoto qui, comme un de ses personnages, cache bien son jeu derrière une romance innocente pour exprimer les sortilèges de l’amour et du hasard.

Certains pourront éprouver des difficultés à rentrer dans Sous le ciel de Kyoto. Rien de plus facile pourtant à condition de s’être auparavant au style souvent contemplatif et méditatif du cinéma japonais. Ce film ressemble par moments à une promenade apaisée dans les rues de Kyoto, sublime ville, où une attention sans pareille est accordée à la beauté de la vie quotidienne. Certains autres, peut-être les mêmes, pourront trouver niais les rapports estudiantins et donc post-ados de personnes plongés dans une certaine immaturité affective et sociale, refusant le monde et les autres en général.

Ils auraient pourtant tort. Car Sous le ciel de Kyoto est une exploration fine des rapports post-adolescents entre deux (voire trois) marginaux qui ne reconnaissent l’autre que comme des ennemis potentiels et non de possibles sources d’amitié, des excentriques qui vivent dans leur propre bulle, Toru et son parapluie qu’il déploie qu’il fasse soleil ou qu’il pleuve, comme un bouclier face au monde extérieur, Hana, la mangeuse de nouilles solitaire qui préfère partir des cours dès la fin, plutôt que d’adresser la moindre parole à ses camarades, après une année de compagnonnage insatisfaisant. Akiko Ōku s’attache à montrer ce qu’on ne remarque pas forcément : une jeune guitariste que personne ne remarque, un attachement à un chien fétiche, une personne qui avance en portant un casque audio sous la pluie…Par le miracle des hasards plus ou moins provoqués, Toru et Hana se sont trouvés et devisent en se promenant, évoquant ainsi les amoureux sans le savoir de Before sunset et Before sunrise de Richard Linklater, leurs rapports platoniques sans conséquence ayant la même légèreté printanière et estivale.

Pourtant l’amour ou ce qui vit comme tel, sans éprouver le besoin de nommer la chose, n’est pas toujours aussi simple. Ce sera le point de bascule tragique du film, où un personnage secondaire prendra toute la place dans un monologue bouleversant, exprimant toute la peine d’un amour non réciproque. Akiko Ōku filme cela de manière délicate et subtile en décadrant et en montrant l’arrière-plan pour représenter l’ombre d’une relation qui continuera à peser sur un amour naissant. Il faudra alors une dernière partie pour expliquer deux disparitions quasi-simultanées, ainsi que le concept de sérendipité pour garder le positif de l’expérience de deuil et essayer d’en atténuer le côté négatif. C’est tout le sens de Sous le ciel de Kyoto qui, comme un de ses personnages, cache bien son jeu derrière une romance innocente pour exprimer les sortilèges de l’amour et du hasard.

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RÉALISATEUR : Akiko Ōku 
NATIONALITÉ : japonaise
GENRE : romance, drame
AVEC : Riku Hagiwara, Yuumi Kawai, Aoi Itô
DURÉE : 2h08
DISTRIBUTEUR : Art House
SORTIE LE 22 juillet 2026