C’est le sixième volet de la franchise Evil Dead initiée par Sam Raimi en 1981 qui mettait en scène le personnage d’Ash Williams brillamment interprété par l’acteur Bruce Campbell. Mais, comme c’était déjà le cas pour le cinquième épisode – Evil Dead Rise (2023) – il rompt avec la continuité du récit en s’inspirant de l’atmosphère et en s’emparant des thèmes de la série plutôt qu’en en poursuivant la trame. Et cette fois-ci c’est un petit Français qui est aux manettes de la réalisation de l’opus : rappelons que Sébastien Vanicek nous avait ébloui de son talent avec Vermines, son premier long-métrage au cinéma réalisé en 2023 et qui nous racontait l’histoire des habitants d’un immeuble en banlieue en proie à une armée d’araignées particulièrement agressives. Si l’équipe du film a été sélectionnée par Sam Raimi lui-même – qui produit en même temps le film – le réalisateur a pu imposer le choix de son coscénariste Florent Bernard pour écrire la suite de la saga. Vanicek semble donc se spécialiser dans le film de genre – ici d’horreur. Toujours au centre de l’histoire, l’existence du Necronomicon, manuel de sorcellerie inventé par l’écrivain culte américain Howard Philips Lovecraft et cité pour la première fois en 1924 dans sa nouvelle Le Molosse.
Comme à l’origine du mythe, il s’agit de ne pas lire l’ouvrage si l’on ne veut pas voir resurgir le Mal sous la forme du Diable et des démons qui lui sont attachés. Le scénario ne manque pas d’y faire référence sous la forme d’un récit rétrospectif direct – ou à travers les paroles d’un autre personnage – du grand-père de Joseph, espèce de docteur en sciences occultes qui parle dans ses notes du Necronomicon et de son pouvoir sulfureux ainsi que d’une certaine dague censée mettre fin au pouvoir démoniaque du Diable. Will est marié à Alice qui gère avec lui un restaurant. C’est l’occasion de célébrer l’anniversaire de Joseph – le frère de Will – un écrivain en herbe. Le couple se dispute et Will agit de façon particulièrement machiste et agressive à l’encontre d’Alice. Furieux, il décide de fuir la soirée au volant de son automobile. Conduisant à toute allure il ne peut éviter de foncer sur une démone sise au milieu de la route, et d’effectuer une embardée qui le mène à l’accident, voiture sur le toit et lui empêtré dans sa ceinture de sécurité. Il ne peut échapper à l’incendie du véhicule provoqué par l’entité maléfique.
Le Mal semblait déjà présent au sein d’une famille finalement prédisposée à fabriquer de la violence.
Alice, Joseph et sa petite amie sont conviés, suite à la cérémonie funéraire, au sein de la demeure familiale pour y faire plus ample connaissance et entamer le deuil collectivement. La maison est particulièrement délabrée et témoigne symboliquement du caractère putride de la lignée familiale. A plusieurs reprises, les membres de la famille, transformés en démons, vocifèrent qu’Alice ne serait rien sans la famille comme Will lui lançait – flash-back à l’appui – qu’elle ne serait rien sans lui. Le film met en scène un personnage et une famille contaminés par le principe de domination d’un patriarcat particulièrement archaïque et dévastateur. Le masculinisme toxique de Will y est clairement souligné et dénoncé par le récit. Le Mal semblait déjà présent au sein d’une famille finalement prédisposée à fabriquer de la violence. Un instinct destructeur habite les personnages contre lesquels lutte Alice. Instinct de mort qui se retourne contre lui-même lorsque le père de famille se tire plusieurs fois une balle dans la tête ou comme quand la grand-mère se coupe une jambe.
Mais c’est surtout aux armes blanches par nature ou par destination – ainsi de différents ustensiles de cuisine ou de jardinage – qu’utilisent les belligérants, armes tranchantes qui provoquent une angoisse particulière chez le spectateur – on pense à l’utilisation qui en est faite dans le giallo. Ainsi, l’horreur est partout et les scènes s’enchaînent selon un rythme particulièrement élevé mettant à l’épreuve nos nerfs, le tout souligné d’une musique d’ambiance elle aussi tendue à l’extrême. En outre, le scénario décide d’employer la forme d’un huis-clos étouffant semblable à celui qui avait été mis en place pour le premier film du réalisateur. Les survivants se cloîtrent au sein d’une maison peu à peu investie par le Mal qui craque sous toutes ses coutures. Le personnage central d’Alice est formidablement interprété par Souheila Yacoub vue dans la deuxième partie de Dune (2024) et chez Philippe Garrel notamment. Son passé de gymnaste rythmique lui aura sûrement servi à accomplir les nombreuses scènes d’action du film. Un film qui, sans renouveler le genre – gore et sanglant à souhait, gros plans privilégiés – se montre particulièrement efficace et actuel sur le fond.
RÉALISATEUR : Sébastien Vanicek
NATIONALITÉ : Etats-Unis
GENRE : Horreur
AVEC : Souheila Yacoub, Hunter Doohan, Erroll Shand
DURÉE : 1h50
DISTRIBUTEUR : Metropolitan FilmExport
SORTIE LE 8 juillet 2026


