The Fin : une satire mal embouchée d’une société post-apocalyptique totalitaire

C’est le second long-métrage du réalisateur coréen, fruit de la reprise d’un court métrage éponyme réalisé en 2017 et qui racontait l’histoire d’une pêche à la baleine avortée. Il a fait l’objet d’une première mondiale à Locarno où il était sélectionné dans la compétition Cinéastes du présent en 2025. Nous sommes dans une Corée futuriste d’après-guerre aux accents post-apocalyptiques. La population y est divisée en deux clans :, les hommes normaux d’un côté et les mutants, autrement appelés Omégas, de l’autre. Ces derniers se distinguent notamment par la possession de trois doigts de pied qui s’apparentent plutôt à des ergots et par celle d’une nageoire dorsale ou aileron. Ils sont séparés du reste de la population et réduits à l’état d’esclaves chargés du traitement des déchets radioactifs. Sujin, nouvelle employée du gouvernement, est en charge de les superviser avec ses collègues. Les indésirables Omégas s’apparentent à ce que pourrait être une population immigrée dans un État totalitaire fasciste et raciste. Voilà pour ce qui est du sous-texte politique et de son aspect satirique. Le soupçon pèse sur les épaules des habitants qui manifestent contre les Omégas qui les priveraient d’une partie de leur eau potable, ressource arrivée à épuisement dans un contexte de catastrophe écologique – autre piste du film – qui renvoie au présent.

Lors d’un contrôle, Sujin remarque le comportement suspect de Mia, une habitante qui travaille dans un magasin de pêche propre à la culture coréenne :les clients y viennent pêcher dans une épuisette des poissons – devenus denrées rares – au sein d’un grand aquarium avec une prime au gagnant. Ce qui donne l’occasion d’une scène aux accents quelque peu grotesques qui s’adapte mal au contexte qui se veut réaliste du film. Ambiance déprimante, ils sont accoudés au bord de la zone de pêche, à moitié saouls et désespérés, ressassant leurs vieux souvenirs d’un passé irrémédiablement perdu. La ville semble désertique – sauf dans le cadre d’une manifestation des habitants – et aucune scène de foule ne vient relever cette atmosphère de vide qui s’étend au film. Un membre des Omégas dont on ne sait d’où il vient, qui il est, sans passé et sans histoire – un personnage mal défini et qui manque de profondeur – s’est donné pour mission de rapporter à Mia l’aileron de son père disparu. Il n’a pas d’autre rôle dans l’intrigue et sa disparition n’affecte pas outre mesure le spectateur.


Les personnages auraient mérité d’être mieux traités, avec plus de profondeur et d’empathie.

C’est en général un manque d’empathie pour les personnages, y compris celui de Mia, que nous ressentons à travers l’œuvre : les personnages manquent de caractéristiques, sont dessinés trop superficiellement et n’attirent pas chez le spectateur l’intention de suivre leur parcours. Si ce n’est que Sujin vit auprès de sa mère, malade et à moitié folle qui voue une haine particulièrement tenace aux Omégas. Ses réactions violentes participent à l’impression d’un impromptu aux traits outranciers. Les personnages, apathiques, sont à l’image de la ville comme endormie. Le rythme se fait lent plutôt que mystérieux et on peine à maintenir son attention. La réalisation apporte un soin tout particulier à créer une ambiance science-fictionnesque dystopique avec ses messages électroniques géants diffusant des messages de propagande aux habitants, mais la ville manque de foisonnement, de vie et du dynamisme propre aux grandes métropoles. Certes, la désolation est en conformité avec le contexte politique et écologique ambiant mais il manque encore des éléments pour nous y faire croire.

Globalement, on a du mal à croire à l’histoire, à embrasser le point de vue des personnages et à se laisser entraîner par l’atmosphère de science-fiction du film. Les personnages auraient mérité d’être mieux traités, avec plus de profondeur et d’empathie. Même si l’idée de Mia s’évertuant à jouer au piano Les Gnossiennes d’Erik Satie malgré son pied en silicone est intéressante. En outre, le film a du mal à créer une ambiance d’un suspense dramatique pourtant indispensable au film sous la forme qu’il a voulu adopter. Une réalisation en somme moyenne qui n’emporte pas vraiment la conviction.

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RÉALISATEUR : Syeyoung Park
NATIONALITÉ : Corée du sud, Allemagne, Qatar
GENRE : Science-fiction
AVEC : Yeon Yeji, Pu-reum Kim, Goh-woo
DURÉE : 1h25
DISTRIBUTEUR : Damned Distribution
SORTIE LE 8 juillet 2026