Dans un climat de guerre ambiante, cette cérémonie des Oscars 2026 allait-elle être très politique? Finalement non, comme si Donald Trump avait réussi à museler l’ensemble des tenants du monde hollywoodien qui n’osaient pas piper mot, à part Jimmy Kimmel qui glissait de façon presque imperceptible en remettant les Oscars des films documentaire, « il va se plaindre car sa femme n’est pas nommée« , faisant allusion au documentaire sur Melania Trump, Ou bien Javier Bardem, certes acteur espagnol, se prononçant de vive voix contre la guerre, et arborant un badge sur la Palestine. Ou encore l’équipe du documentaire couronné, Mr Nobody against Putin, voire encore les propos sybillins du cinéaste norvégien Joachim Trier couronné pour Valeur sentimentale par l’Oscar du meilleur film international : «Comme disait James Baldwin que je vais paraphraser, nous sommes responsables du futur de nos enfants. Ne votons pas pour des décideurs politiques qui ne prennent pas cela au sérieux».
Vous l’aurez compris : hormis Jimmy Kimmel, ce sont des étrangers qui ont eu une prise de parole politique. Mais les Américains présents en avaient-ils besoin? Puisque leurs votes parlaient en fait pour eux. En couronnant Une Bataille après l’autre, ils avaient déjà choisi délibérément le film le plus anti-trumpiste possible, l’un des rares films à la hauteur de notre époque chaotique, en prise directe avec la bipolarisation de la société américaine. Le fait que le deuxième film soit Sinners de Ryan Coogler, une oeuvre-témoignage fantasmatique de la diversité montrant des vampires blancs s’accaparant le sang de la communauté noire ne laissait guère de doutes sur l’orientation politique de l’Académie des Oscars.
Pendant longtemps, dans la soirée des Oscars, les deux films furent au coude-à-coude : Sinners remportant les Oscars de la meilleure photographie (Autumn Durald Arkapaw étant la première lauréate femme dans cette catégorie), de la meilleure musique et du meilleur scénario original, tandis que Une Bataille après l’autre glanait ceux du meilleur scénario adapté, du meilleur second rôle masculin, du meilleur montage, et du meilleur casting. Il a fallu attendre les quatre dernières récompenses pour que la cérémonie bascule définitivement, le film de PTA remportant les Oscars du meilleur film et de la meilleure réalisation (six Oscars au total) alors qu’à la surprise générale Michael B. Jordan gagnait celui du meilleur acteur (quatre Oscars à l’arrivée pour Sinners).
Grâce à ces Oscars, Paul Thomas Anderson met fin au signe indien qui l’a empêché de remporter le moindre trophée, malgré onze nominations depuis une trentaine d’années. Une Bataille après l’autre collectait déjà treize nominations (trois de moins que le record absolu de Sinners) et lui permet d’en remporter trois à titre personnel, en tant que producteur (meilleur film), réalisateur (meilleure réalisation), et enfin scénariste (meilleure adaptation pour s’être librement inspiré de Vineland de Thomas Pynchon). PTA a donc attendu longtemps, quasiment trente ans mais son triomphe est absolu. Il quitte enfin le Club redoutable des grands metteurs en scène qui n’ont jamais reçu d’Oscars, celui dont a fait partie Steven Spielberg avant La Liste de Schindler ou Martin Scorsese avant Les Infiltrés, le club dont les membres s’appellent Orson Welles, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, David Lynch, pour les disparus, Terrence Malick, Brian de Palma, David Fincher, Darren Aronofsky ou Quentin Tarantino, pour ceux qui sont encore vivants. Depuis Boogie Nights, Magnolia, There will be blood, The Master, Inherent vice, Phantom Thread et Licorice Pizza, personne ne doutait de la place éminente de Paul Thomas Anderson dans le cinéma américain contemporain, voire mondial, au point qu’elle pourrait être plus importante que celle d’un Tarantino en définitive. Après Christopher Nolan, c’est le deuxième représentant de cette génération des années 90 qui s’impose au plus haut niveau. Ce n’est que justice.
Pour le reste, l’avènement de Jessie Buckley avec Hamnet de Chloé Zhao était plus qu’attendu et n’a en fait surpris qu’elle-même, émerveillée comme une gamine et rendant hommage au « chaos du coeur des femmes« . La victoire de Chloé Zhao avec Nomadland était sans doute bien trop récente pour pouvoir espérer davantage de cette oeuvre inspirée librement par l’oeuvre et la vie de l’éternel William Shakespeare. La plus grosse surprise est venue de la victoire de Michael B. Jordan terrassant Timothée Chalamet, donné comme l’immense favori pour Marty Supreme. Précisons que sa défaite n’est pas imputable à ses propos contestables sur le ballet de l’Opéra de Paris, le scrutin étant déjà clos à ce moment-là. L’Académie a sans doute considéré que Chalamet était encore trop jeune et pouvait attendre, faisant s’évanouir ses espoirs d’égaler Marlon Brandon, oscarisé à 30 ans à sa troisième nomination. Pourtant, au-delà de la polémique, Chalamet est assez (trop?) parfait dans son rôle de tête à claques et méritait sans doute de surclasser Michael B. Jordan qui a bénéficié de la vogue et du succès commercial de Sinners à travers le monde. Souvenons-nous que Di Caprio, autre ex-jeune surdoué, a dû attendre The Revenant, soit sa quatrième nomination, pour remporter son premier et pour l’instant seul Oscar du meilleur acteur.
La dernière grosse surprise de la soirée résidait dans la catégorie du meilleur film international. On y retrouvait les principaux films concurrents de Cannes, L’Agent secret, Sirat, Un Simple accident et Valeur sentimentale. Mais l’Académie a pris un malin plaisir à démentir le Palmarès du jury cannois. Souvent les Oscars servent à confirmer ou infirmer le Palmarès du Festival de Cannes de l’année précédente. Cette fois-ci, l’Académie a infirmé le choix du jury cannois, en délaissant Un Simple accident, et en désignant à son avis Valeur sentimentale comme le meilleur film de la Sélection officielle cannoise, effectuant un rectificatif utile pour l’Histoire du cinéma. Dans une avalanche de films politiques, cette mise en avant d’un film avant tout esthétique, centré sur une famille dysfonctionnelle et le cinéma, apparut comme une sorte d’oasis bienfaisante.
Enfin, cette cérémonie des Oscars 2026 représentait surtout une sorte d’enterrement fastueux pour Warner dont les jours sont peut-être comptés, partagée entre les repreneurs possibles, Netflix ou Paramount : onze trophées au total, grâce à Une Bataille après l’autre, Sinners et Evanouis. C’est un record comparable à ce qui s’était passé pour la MGM et Ben-Hur en 1960 ou Paramount avec Titanic, à la différence que les trophées n’ont pas été remportés par un seul film. Un chant du cygne aussi beau que les formidables heures que le studio Warner nous a fait passer.
Signalons pour conclure que Sean Penn, absent de la cérémonie, Oscar du meilleur second rôle masculin, est allé en Europe pour rencontrer Volodimyr Zelinsky, comme quoi il a fait passer la politique au-dessus du cinéma.
- Meilleur film :
Frankenstein (Netflix)
Hamnet (Focus Features)
L’Agent secret (Neon)
Valeur sentimentale (Neon)
Sinners (Warner Bros.)
Marty Supreme (A24)
Une bataille après l’autre (Warner Bros.) – VAINQUEUR
Bugonia (A24)
Train Dreams (Netflix)
F1 (Apple Studios)
- Meilleure actrice :
Jessie Buckley, Hamnet (Focus Features) – VAINQUEURE
Renate Reinsve, Valeur sentimentale (Neon)
Rose Byrne, If I Had Legs I’d Kick You (A24)
Emma Stone, Bugonia (Focus Features)
Kate Hudson, Sur un air de Blues (Universal)
- Meilleur acteur :
Michael B. Jordan, Sinners (Warner Bros.) – VAINQUEUR
Wagner Moura, L’Agent secret (Neon)
Timothée Chalamet, Marty Supreme (A24)
Leonardo DiCaprio, Une bataille après l’autre (Warner Bros.)
Ethan Hawke, Blue Moon (Sony Pictures Classics)
- Meilleur acteur dans un second rôle :
Benicio Del Toro, Une bataille après l’autre (Warner Bros.)
Jacob Elordi, Frankenstein (Netflix)
Sean Penn, Une bataille après l’autre (Warner Bros.) – VAINQUEUR
Stellan Skarsgård, Valeur sentimentale (Neon)
Delroy Lindo, Sinners (Warner Bros)
- Meilleure actrice dans un second rôle :
Elle Fanning, Valeur sentimentale (Neon)
Inga Ibsdotter Lilleaas, Valeur sentimentale (Neon)
Amy Madigan, Évanouis (Warner Bros.) – VAINQUEURE
Teyana Taylor, Une bataille après l’autre (Warner Bros.)
Wunmi Mosaku, Sinners (Warner Bros.)
- Meilleur réalisateur :
Paul Thomas Anderson, Une bataille après l’autre (Warner Bros.)
Ryan Coogler, Sinners (Warner Bros.)
Josh Safdie for Marty Supreme (A24)
Joachim Trier, Valeur sentimentale (Neon)
Chloé Zhao, Hamnet (Focus Features)
- Meilleure musique de film :
Frankenstein (Netflix), Alexandre Desplat
Hamnet (Focus), Max Richter
Bugonia (Focus Features), Jerskin Fendrix
Une bataille après l’autre (Warner Bros.), Jonny Greenwood
Sinners (Warner Bros.), Ludwig Göransson – VAINQUEUR
- Meilleurs décors :
Frankenstein (Netflix), Tamara Deverell – VAINQUEURE
Sinners (Warner Bros.), Hannah Beachler
Hamnet (Focus), Fiona Crombie
Marty Supreme (A24), Jack Fisk
Une bataille après l’autre (Warner Bros.), Florencia Martin
- Meilleur scénario original :
Marty Supreme (A24), Ronald Bronstein et Josh Safdie
Sinners (Warner Bros.), Ryan Coogler – VAINQUEUR
Valeur sentimentale (Neon), Joachim Trier et Eskil Vogt
Un simple accident (Neon), Jafar Panahi
Blue Moon (Sony Pictures Classics), Robert Kaplow
- Meilleur scénario adapté :
Hamnet (Focus), Maggie O’Farrell & Chloé Zhao
Une bataille après l’autre (Warner Bros.), Paul Thomas Anderson – VAINQUEUR
Train Dreams (Netflix), Clint Bentley & Greg Kwedar
Bugonia (Focus), Will Tracy
Frankenstein (Netflix), Guillermo Del Toro
- Meilleur film international :
Un simple accident (Neon), Jafar Panahi
L’Agent secret (Neon), Kleber Mendonça Filho
Valeur sentimentale (Neon), Joachim Trier – VAINQUEUR
La Voix de Hind Rajab (Willa), Kaouther Ben Hania
Sirât (Neon), Oliver Laxe
- Meilleur mixage de son :
F1 (Apple/Warner Bros.) – VAINQUEUR
Sinners (Warner Bros.)
Une bataille après l’autre (Warner Bros.)
Frankenstein (Netflix)
Sirât (Neon)
- Meilleur casting :
Sinners, Francine Maisler
Une bataille après l’autre, Cassandra Kulukundis – VAINQUEURE
Marty Supreme, Jennifer Venditti
Hamnet, Nina Gold
L’Agent secret, Gabriel Domingues
· Meilleure photographie :
Frankenstein
Marty Suprême
Une Bataille après l’autre
Sinners – Autumn Durald Arkapaw VAINQUEURE
Train Dreams
- Meilleurs costumes :
Frankenstein, Kate Hawley – VAINQUEUR
Sinners, Ruth E. Carter
Hamnet, Malgosia Turzanska
Marty Supreme, Miyako Bellizzi
Avatar : De feu et de cendres, Deborah L. Scott
- Meilleur montage :
Une bataille après l’autre, Andy Jurgensen – VAINQUEUR
Sinners, Michael Shawver
Marty Supreme, Ronald Bronstein & Josh Safdie
F1, Stephen Mirrione
Valeur sentimentale, Olivier Bugge Coutté
- Meilleurs maquillages et coiffures :
Frankenstein – VAINQUEUR
The Smashing Machine
Sinners
Le maître du Kabuki
The Ugly Stepsister
- Meilleur film d’animation :
Arco (Neon), Ugo Bienvenu
Elio (Pixar), Adrian Molina, Domee Shi, Madeline Sharafian
KPop Demon Hunters (Netflix), Maggie Kang et Chris Appelhans – VAINQUEUR
Zootopie 2 (Walt Disney Pictures), Jared Bush et Byron Howard
Amélie et la métaphysique des tubes (Ikki films), Mailys Vallade et Liane-Cho Han
- Meilleurs effets visuels :
Avatar : De feu et de cendres – VAINQUEUR
F1
Sinners
Jurassic World Rebirth
The Lost Bus
- Meilleur court-métrage de fiction :
Deux personnes échangeant de la salive, Natalie Musteata et Alexandre Singh – VAINQUEUR ex-æquo
A Friend of Dorothy, Lee Knight
The Singers, Sam A. Davis – VAINQUEUR ex-æquo
Butcher’s Stain, Meyer Levinson-Blount
Jane Austen’s Period Drama, Julia Aks and Steve Pinder
- Meilleur court-métrage d’animation :
The Three Sisters, Konstantin Bronzit
Forevergreen, Nathan Engelhardt & Jeremy Spears
Retirement Plan, John Kelly
La jeune fille qui pleurait des perles, Maciek Szczerbowski et Chris Lavis – VAINQUEUR
Papillon, Florence Miailh
- Meilleure chanson originale :
Golden : KPop Demon Hunters (Netflix), EJAE and Mark Sonnenblick – VAINQUEUR
I Lied to You : Sinners (Warner Bros.), Raphael Saadiq & Ludwig Göransson
Dear Me : Diane Warren : Relentless (MasterClass), Diane Warren
Train Dreams : Train Dreams (Netflix), Nick Cave & Bryce Dessner
Sweet Dreams of Joy : Viva Verdi !, Nicholas Pike
- Meilleur court-métrage documentaire :
Armed Only with a Camera : The Life and Death of Brent Renaud, Craig Renaud and Juan Arredondo
Toutes les chambres vides, Joshua Seftel – VAINQUEUR
Children No More : Were and are Gone, Hilla Medalia
The Devil Is Busy, Christalyn Hampton et Geeta Gandbhir
Une parfaite étrangeté, Alison McAlpine
- Meilleur documentaire :
The Alabama Solution, Andrew Jarecki et Charlotte Kaufman
Come See Me in the Good Light, Ryan White
Cutting Through Rocks, Sara Khaki et Mohammadreza Eyni
Mr. Nobody Against Putin, David Borenstein et Pavel Talankin – VAINQUEUR
The Perfect Neighbor, Geeta Gandbhir


