Cap Farewell : la spirale de la fatalité

Dix ans auparavant, Vanja D’Alcantara, réalisatrice belge, avait sorti un joli film méditatif et élégiaque, Le Coeur régulier, sur une femme (Isabelle Carré) à la recherche de son frère (Niels Schneider) dans un village japonais, hors du temps. Dix ans plus tard, changement total de style avec l’histoire d’une femme sortant de prison et cherchant à se réinsérer, en revenant chez sa mère a priori hostile et en redécouvrant l’amour de sa fille. L’engrenage du destin, la spirale de la fatalité, l’emprise du milieu mafieux qui ne desserre pas son étreinte, tels sont les thèmes de ce drame social qui vire au film noir, débordant de bonnes intentions et servi par une distribution impeccable.

Toni, une jeune femme de 24 ans, sort de prison et doit retourner vivre chez sa mère Betty. Déterminée à renouer avec sa fille Anna, elle travaille dans la brasserie de son oncle. De nouveau, elle se retrouve impliquée dans les affaires de contrebande de son amour d’enfance, Max, le père d’Anna. Toni devra faire preuve de combativité pour se libérer de cet environnement toxique…

cette manière de montrer un environnement régi par le déterminisme social, auquel personne ne peut échapper et qui va mener les protagonistes directement vers la tragédie.

Seuls véritables points communs avec son film précédent, Vanja D’Alcantara maintient un point de vue exclusivement féminin ainsi qu’une volonté de s’échapper de son milieu, de fuir ailleurs. Pour le reste, elle convoque avec une certaine efficacité les clichés du film noir : le petit ami violent et instable, l’oncle mafieux derrière une façade de respectabilité, les policiers qui soudoient Toni pour en faire une indic. Le film ne montre rien de très original mais le fait plutôt bien. On pense ainsi parfois, toutes proportions gardées, à James Gray ou au Jacques Audiard de De Battre mon coeur s’est arrêté, dans cette manière de montrer un environnement régi par le déterminisme social, auquel personne ne peut échapper et qui va mener les protagonistes directement vers la tragédie.

Cap Farewell montre ainsi une jeune mère qui joue sa réinsertion en sortant via une libération conditionnelle alors qu’elle va revenir dans un milieu profondément toxique (un oncle mafieux sous une façade respectable de patron de bistrot, un ex qui ne peut s’empêcher de retomber dans ses petites combines de vente de drogue, pour gagner un peu plus d’argent). Sur un autre plan, sa mère qui a recueilli sa petite fille ne voit pas d’un bon oeil son retour après nombre d’années d’absence et ne souhaite pas, en dépit d’une santé défaillante, constater que l’enfant va lui échapper. Quadrillé de cette façon, le combat de Toni paraît perdu d’avance, entre sollicitations de son petit ami, rejet de sa mère, double jeu de son oncle. Vanja D’Alcantara excelle à montrer ce jeu de dupes, à coups de courtes séquences volontairement anodines qui, additionnées les unes aux autres, finissent par former une montagne infranchissable.

Cap Farewell est ainsi plutôt bien servi par une distribution irréprochable, en particulier, Noéé Abita, d’une grande justesse, en jeune femme à peine sortie de l’adolescence, qui se prend de plein fouet les gifles du monde adulte, Olivier Gourmet, terrifiant presque à la moindre intonation, Pascale Bussières en mère méfiante toujours sur ses gardes, n’arrivant pas à s’entendre avec sa fille rebelle, en dépit de ses rêves de famille réconciliée (la scène où les trois femmes de la famille improvisent une chorégraphie sur une chanson), enfin Aélis Mottart, excellente et très spontanée dans le rôle de la fille de Toni, Anna, dont la plupart des séquences avec Noée Abita comptent parmi les meilleurs moments du film.

Entre rares lueurs d’espoir et sombres accès de violence, le film trouve une certaine cohérence, en filmant des espaces naturels vides (une plage déserte, un phare abandonné) Dès lors, il reste à regretter que le style général manque de nerfs et d’énergie, paraissant condamner peut-être à tort la protagoniste du film à un destin perdu d’avance.

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RÉALISATRICE : Vanja D'Alcantara
NATIONALITÉ : belge
GENRE : drame, thriller
AVEC : Noée Abita, Pascale Bussières, Olivier Gourmet, Matteo Simoni, Aélis Mottart
DURÉE : 1h48
DISTRIBUTEUR : Destiny Films
SORTIE LE 22 juillet 2026