Après La Meilleure du monde, diffusé directement sur Arte, narrant la vie d’un petit garçon élevé par des toxicomanes, Adrian Goiginger, jeune metteur en scène autrichien, a enfin droit aux honneurs d’une sortie en salle en France, avec Seule la vie, Prix Label Europa dans la section Panorama du Festival de Berlin cette année. Adapté d’un récit autobiographique de l’autrice autrichienne Barbara Pachl-Eberhart, Seule la vie interroge sur les raisons d’adaptation d’une histoire aussi mélodramatique, et surtout sur la vision artistique de ce genre souvent mal-aimé, peu considéré, tout en restant éminemment populaire.
Barbara et Heli sont amoureux et heureux. Clowns professionnels, ils savent rire de tout et mènent une vie joyeuse avec leurs 2 enfants. Quand un accident emporte Héli et les enfants, Barbara doit trouver un nouveau chemin. Portée par les souvenirs qu’elle chérit, elle prouve que l’amour ne meurt jamais et qu’il faut toujours oser embrasser la vie.
Seule la vie ne se trouve pas si loin de sortir de son registre mélodramatique trop prévisible et d’accéder à une autre dimension, mais finit par y retomber inéluctablement.
Dans Seule la vie, il suffit de dix minutes pour qu’un tsunami dramatique s’empare de l’intrigue : Barbara perd coup sur coup à la suite du même accident de la route son compagnon Heli et ses deux enfants Thumo et Fini. A partir de là, se mettra en place en parallèle la description de la survie, tant bien que mal, de Barbara qui tente de surmonter au trauma de ces disparitions conjuguées, engloutissant toute sa famille, et les réminiscences de sa vie passée avec sa famille : vie conjugale, accouchement, rencontre, dans un savant désordre antichronologique.
Perdre un membre de sa famille peut survenir assez fréquemment. Perdre toute sa famille est exceptionnel, à la limite de l’invraisemblable. Or la vérité n’est pas toujours vraisemblable. De plus, on pense alors à cette phrase extraite du dernier film d’Alice Winocour : « ce qui est vrai n’est pas forcément intéressant« . Ce qui nous est montré dans Seule la vie ne s’avère ni vraisemblable ni extrêmement intéressant. Pourtant l’histoire qui se trouve à l’origine du film est rigoureusement authentique, étant issue du livre de Barbara Pachl-Eberhart, tiré de son expérience personnelle. S’il convient de féliciter l’autrice d’avoir surmonté cette terrible épreuve et d’en avoir tiré une oeuvre, on peut se montrer plus dubitatif sur la nécessité de l’adapter au cinéma. En effet, si l’objectif consiste à montrer qu’on peut se relever du drame le plus horrible, tout le monde le sait déjà, car la capacité de résilience et d’adaptation de l’être humain se trouve être souvent admirable et sans limites.
Ce qui eût été intéressant, c’eût été de quitter le registre naturaliste et d’essayer de tirer le genre mélodramatique vers la poésie ou le tragique, ce qu’ont fait de grands cinéastes comme Chaplin, Griffith, Sirk, Minnelli ou Fassbinder. Soyons justes : il existe des scènes intéressantes dans Seule la vie, comme par exemple, celle où la belle-mère insiste pour faire baptiser les enfants alors que Barbara vient d’apprendre leur accident, celle aussi où Barbara se souvient d’une dispute acide avec Heli sur leurs mérites comparés de clowns, celle encore où elle apprend qu’elle ne peut exercer son métier de clown dans les hôpitaux, la nouvelle de son drame familial s’étant répandue partout, ou également les funérailles de sa petite famille qui se finissent sur l’interprétation en fanfare de leur chanson pop préférée. Ces quelques scènes vont à rebours du cliché de la dépression et de l’affliction, et laissent entrevoir un aspect plus rugueux de la réalité.
Malheureusement, à côté de ces scènes, figurent des démonstrations attendues de cris et de larmes, de forte émotivité et de profonde dépression, ce qui fait que le film ne décolle jamais d’un naturalisme assez plat. Pourtant, porté à bout de bras par une actrice merveilleuse, Valérie Pachner (Une vie cachée, de Terrence Malick), au fort pouvoir d’émotion, Seule la vie ne se trouve pas si loin de sortir de son registre mélodramatique trop prévisible et d’accéder à une autre dimension, mais finit par y retomber inéluctablement. Le mélodrame permet normalement de maximiser les émotions pour dépasser le cadre réaliste. Seule la vie y reste attaché, malgré quelques tentatives de décoller de son cadre trop restreignant.
RÉALISATEUR : Adrian Goiginger
NATIONALITÉ : autrichienne
GENRE : drame, mélodrame
AVEC : Valerie Pachner, Robert Stadlober, Stefanie Reinsperger
DURÉE : 2h01
DISTRIBUTEUR : Pyramide Distribution
SORTIE LE 8 juillet 2026


