Neuf mois : une quête féminine d’indépendance, prise dans un cycle

Un an après avoir remporté l’Ours d’or de la Berlinale en tant que première réalisatrice couronnée pour Adoption (1975), Márta Mészáros poursuit son exploration du conflit éternel entre les genres depuis une perspective féminine affirmée dans son nouveau film, Neuf mois qui a reçu le Prix FIPRESCI de la critique internationale au Festival de Cannes en 1977.

Ce n’est guère un hasard si la mère du personnage principal est interprétée par Katalin Berek, actrice principale d’Adoption. Toutefois, le récit se concentre entièrement sur sa fille — la jeune Juli, qui commence un nouvel emploi dans une briqueterie tout en se préparant à l’examen lui permettant de devenir agronome. À peine embauchée, Juli est immédiatement submergée par l’attention de son collègue János et finit par céder à sa cour assidue. Mais la relation s’avère rapidement difficile : le tempérament excessivement manipulateur de János, l’insistance de Juli sur son indépendance, la jalousie des collègues et, surtout, l’existence du fils de l’héroïne — né d’une liaison avec un homme marié — compliquent la situation. Ni son nouveau compagnon ni la famille de celui-ci ne sont prêts à accepter l’enfant. En l’espace de neuf mois après leur rencontre, Juli tente une fois encore de rompre le cycle de dépendance dicté par son propre corps et de revenir à une trajectoire de vie autonome.

Premier film en couleurs de Mészáros, Neuf mois n’est pas une capsule temporelle esthétisée avec la même minutie qu’Adoption, mais il ouvre une nouvelle dimension dans la représentation de la brutalité du quotidien féminin.

Premier film en couleurs de Mészáros, Neuf mois n’est pas une capsule temporelle esthétisée avec la même minutie qu’Adoption, mais il ouvre une nouvelle dimension dans la représentation de la brutalité du quotidien féminin. Grâce à une profondeur de champ marquée et à des mouvements de caméra rigoureusement composés par János Kende, le film s’attache à inscrire son héroïne dans des paysages industriels hostiles, presque toxiques. Les apparitions sporadiques de la campagne hongroise, grise et morne, ne constituent ni un contraste ni une échappatoire, mais un autre environnement d’enfermement pour la liberté individuelle.

Des plans d’inspiration bruegélienne structurent un récit qui se déploie sur deux axes temporels. Le nouvel amant, János, est tourné vers l’avenir et presse Juli de se marier, tandis que le passé demeure présent : le père du fils de Juli apparaît également dans le film — professeur à l’université où la jeune femme doit passer ses examens — et leur relation reste étonnamment chaleureuse. Pourtant, dans cette narration à deux dimensions, Juli semble prisonnière d’un présent perpétuel : la ville qu’elle déteste, le travail répétitif à l’usine et l’attente interminable avant de pouvoir enfin exercer la profession à laquelle elle aspire, attente qui survient bien trop tard.

Le passé documentaire de Márta Mészáros influence clairement Neuf mois, non seulement dans son regard acéré sur les paysages industriels, mais surtout dans la scène finale. La frontalité quasi documentaire de l’accouchement brouille radicalement la frontière entre l’actrice et son personnage, tout en résumant brutalement les discours sur l’égalité femmes-hommes. Si l’éducation ou la liberté sexuelle sont devenues plus accessibles aux femmes, le genre demeure une force difficilement maîtrisable, façonnant une inégalité structurelle persistante.

Aucune scène ne rime mieux avec la séquence finale que le témoignage accidentel de l’abattage d’un cochon en plein jour. Toutes deux relèvent de l’ordinaire de la réalité, mais, une fois portées à l’écran et, surtout, mises en écho dans leur manifestation radicale de la corporéité, elles déplacent le regard du récit et de son agencement artificiel cinématographique vers la brutalité du réel. L’effet de cette projection soudaine, qui expulse le spectateur de sa position voyeuriste et confortable pour le confronter à la dureté de la vie, est loin d’être agréable, mais ce choc infligé par la réalisatrice constitue précisément un exemple fort de ce que l’art peut produire — lorsqu’il permet de percevoir la structure même du monde réel.

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RÉALISATEUR : Márta Mészáros
NATIONALITÉ : Hongrie
GENRE : Comédie dramatique
AVEC : Lili Monori, Jan Nowicki, Djoko Rosic
DURÉE : 1h 28min
DISTRIBUTEUR : Nightshift
SORTIE LE 28 janvier 2026