Projet Dernière Chance : seul au monde

Sur le papier, Projet Dernière Chance apparaissait comme un projet -c’est le cas de le dire -extrêmement alléchant. Scénarisé par Drew Goddard, le réalisateur du culte La Cabane dans les bois, le scénariste de Cloverfield et d’épisodes de séries mythiques comme Buffy contre les vampires, Angel, Alias ou Lost, réalisé par le tandem Phil Lord et Christopher Miller à l’origine de La Grande aventure Lego et de 21 Jump Street, ce film promettait de revisiter les autres oeuvres s’aventurant dans l’espace. De plus, Ryan Gosling, après avoir interprété Neil Armstrong dans First man, endosse à nouveau le rôle d’un astronaute malgré lui. En effet, Projet Dernière Chance semble revisiter le film dans l’espace qui constitue quasiment un genre à lui tout seul, à défaut de le renouveler réellement.

Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l’énigme de la mystérieuse substance qui cause l’extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l’humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à des idées peu conventionnelles … Mais une amitié inattendue pourrait bien l’aider à ne pas affronter cette mission tout seul.

Comme si Projet Dernière Chance digérait et recrachait toutes les prestations de ses acteurs et des films antérieurs se situant dans l’espace, ce qui en fait un divertissement sympathique mais un peu décevant et inconsistant par rapport aux attentes.

Un homme se réveille seul dans un vaisseau spatial. Il arbore les cheveux longs ainsi qu’une barbe hirsute et mal taillée. Ses coéquipiers sont morts. Ce début ne sera pas sans vous évoquer quelques lieux communs de la Science-fiction, le récent Passengers, le moins récent Solaris. Néanmoins on évite de justesse le poncif du film de fantômes dans l’espace, dont Solaris était symptomatique. Rylance Grace ne sera pas hanté par ses collègues décédés ou le fantôme de sa bien-aimée. En revanche, il cherchera à se souvenir de ce qui l’a mené jusque-là, à des années-lumière de la Terre. Le film sera donc structuré entre deux lignes narratives, celle du présent où Grace va tenter de mener à bien une mission spatiale qui le conduit à sauver le monde (à la manière d’un Bruce Willis, aujourd’hui tristement aphasique), et l’autre, celle du passé où il va progressivement identifier son cheminement.

La campagne publicitaire autour de ce film évoque de prestigieux prédécesseurs, en le situant entre E.T. et Interstellar. Soyons clairs, même si la recherche mémorielle peut évoquer de loin Interstellar, et les rapports avec un extra-terrestre la complicité avec la créature de Spielberg, Projet dernière chance est fort éloigné de ces classiques. Le style cinématographique demeure très fonctionnel et impersonnel, tandis que la construction narrative est, en-dehors de l’alternance entre présent et passé, extrêmement linéaire et peu encline à la complexité temporelle des oeuvres nolaniennes. Tout s’éclaire lorsqu’on apprend que Drew Goddard a rédigé l’adaptation de Seul sur Mars de Ridley Scott. Projet Dernière chance ressemble en effet davantage à un Gravity léger ou un mélange entre Seul au monde de Robert Zemeckis dans l’espace, ou Seul sur Mars. Car, en-dehors des flash-backs, Ryan Gosling assure sur les parties au présent une sorte de one-man-show, dialoguant avec un extra-terrestre, reminiscence de La Grande aventure Lego, au bout de 50 minutes de film.

Mais contrairement à Premier contact de Denis Villeneuve ou Abyss de James Cameron, Phil Lord et Christopher Miller ont opté pour le ton de la comédie dans la description des rapports entre l’astronaute et l’extra-terrestre. Sous des airs ludiques, il s’agit d’ailleurs de la partie la plus passionnante du film : comment communiquer avec un extra-terrestre, en bâtissant un semblant de langage commun. Le film pâtit surtout d’une atmosphère bon enfant, comique et conventionnellement humaniste, qui ne le fait pas sortir des sentiers battus. Cette oeuvre ressemble en fait à une resucée comique de la plupart des films se situant dans l’espace, sans jamais les égaler ni d’ailleurs chercher à le faire. Le seul personnage véritablement intéressant, celui de la scientifique interprétée par Sandra Hüller, coincée dans un professionnalisme aliénant, n’échappe pas à ce phénomène de répétition généralisé. Le seul moment où elle se lâche un peu, c’est dans une séquence de karaoké évoquant directement celle de la chanson de Whitney Houston dans Toni Erdmann. C’est comme si Projet Dernière Chance digérait et recrachait toutes les prestations de ses acteurs et des films antérieurs se situant dans l’espace, ce qui en fait un divertissement sympathique mais un peu décevant et inconsistant par rapport aux attentes.

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RÉALISATEURS : Phil Lord et Christopher Miller 
NATIONALITÉ : américaine
GENRE : action, aventure, science-fiction
AVEC : Ryan Gosling, Sandra Hüller, Lionel Boyce, Ken Leung, Milana Vayntrub, James Ortiz
DURÉE : 2h37
DISTRIBUTEUR : Sony Pictures Releasing France
SORTIE LE 18 mars 2026