Tourner un film d’époque représente souvent un piège. Ce type de défi ne s’avère intéressant que si peut s’y retrouver en écho le présent. Or, souvent, ce qui prime chez les réalisateurs, c’est le souhait de reconstituer une époque et d’y montrer une totale exactitude, voire une maniaquerie dans la précision des détails, tout en négligeant le dessein profond du film. Tirée d’une histoire vraie, cette destinée de Marguerite de la Rocque pouvait laisser espérer une belle narration entre survival et résilience mais c’est surtout la direction artistique et l’esthétisme sensoriel (photo, musique) qui l’emportent.
1542, Marguerite de la Rocque est promise à son oncle, vice-roi du Canada et commandant de l’expédition vers le Nouveau Monde. Elle fait la connaissance de Thomas d’Artois, un homme de l’équipage qui finit par abuser d’elle. Lorsque sa grossesse est découverte en pleine traversée, Marguerite est abandonnée sur une île déserte avec Thomas et sa servante. Isolés, ils vont devoir lutter contre les éléments, tandis que le désespoir et la folie menacent de les emporter…
Le film d’époque n’est intéressant que s’il trouve des résonances dans notre temps mais l’époque représentée peut parfois servir d’écran infranchissable à des préoccupations d’ordre intemporel.
En lisant l’histoire de Marguerite de la Rocque dans L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, on imagine sans mal le profit qu’un cinéaste pourrait en tirer : des thématiques dans l’air du temps exaltant la résilience féminine et condamnant l’invocation de la sorcellerie. Malheureusement, si les thèmes existent bel et bien dans le film, Micha Wald n’en fait pas grand’chose et en tire prétexte pour quelques jolis moments d’atmosphère esthético-sensorielle, dans le cadre des beaux décors naturels des îles d’Ouessant.
C’est bien là l’aspect le plus réussi du film car, malheureusement, l’interprétation s’avère bien trop inégale pour pouvoir espérer une oeuvre passionnante. La mise en scène du procès de la jolie Marguerite paraît bien trop statique, approximativement dans le même style des dramatiques télévisées de la SFP. Quant au fond, bien que parfois en résonance avec notre époque, il n’est pas suffisamment mis en valeur pour pouvoir déclencher des échos fructueux dans notre conscience. Le résultat est bien trop décoratif alors que les thématiques promettaient une histoire en prise sur notre époque.
Par conséquent, le film d’époque n’est intéressant que s’il trouve des résonances dans notre temps mais l’époque représentée peut parfois servir d’écran infranchissable à des préoccupations d’ordre intemporel. C’est peut-être le cas ici dans L’Ile de la demoiselle, où le décorum et l’atmosphère esthético-sensorielle prennent le pas sur le reste.
RÉALISATEUR : Micha Wald
NATIONALITÉ : belge
GENRE : drame, historique
AVEC : Salomé Dewaels, Louis Peres, Candice Bouchet
DURÉE : 1h41
DISTRIBUTEUR : The Jokers
SORTIE LE 25 mars 2026


