Les Chroniques de Poulet Pou : nouvelles réflexions sur Les Rayons et les Ombres

Débats plus ou moins amènes sur ce film. En mérite-t-il autant, je ne sais pas, cependant le blabla c’est la vie, alors allons-y mais vite fait. Petit a, des historiens lui reprochent certaines inexactitudes. Si Giannoli lui-même les reconnaît sans ambages, il assure avoir cherché à ne jamais inventer, et que les raisons des arrangements du film avec la chronologie sont d’ordre dramaturgique. Est-ce grave, on a par exemple la disparition totale des autres enfants de Jean Luchaire, pour se concentrer sur sa relation avec sa fille Corinne. Ou encore, la lettre ouverte de son père qui le renie publiquement, laquelle n’a pas été publiée pendant l’Occupation, mais — j’imagine — avant. Ces distorsions font-elles que Giannoli pèche par omission, la question rejoint notre petit b que voici.

Des spectateurs reprochent au film d’être complaisant avec le collabo, présenté comme un brave-homme-avec-ses-défauts-mais-après-tout-qui-n’en-a-pas, et que l’Histoire a peut-être malmené plus que ce qu’il méritait. Contrairement aux aménagements de la chronologie, c’est subjectif. En ce qui me concerne, comme dès le début du film Jean Luchaire m’a fait l’effet d’un sale type, je n’ai pas trouvé. Mais plutôt, que le film montrait sans ambiguïté, d’une, que ses supposées convictions pacifistes cachaient mal qu’il choisissait surtout toujours l’argent. De deux, que les articles publiés dans son journal étaient aussi coupables que les crimes qu’ils entendaient justifier. Dans le même ordre d’idée, certains condamnent le film au motif que la violence reste hors-champ, excepté lorsqu’elle s’abat sur les personnages. On ne voit que la violence des libérateurs — les FFI brutaux, le réquisitoire de l’accusation au tribunal, le peloton d’exécution. Mais le spectateur peut-il occulter ce qu’il sait de la barbarie nazie, contrechamp mental à ce qu’il voit sur l’écran.

Ces difficultés sont en réalité bottées en touche par le film lui-même, qui annonce dès le début que ce qu’il nous montre sera sujet à caution, puisque raconté par Corinne Luchaire sur un magnétophone défectueux. Celle-ci, dans son désarroi d’après-guerre, prévient qu’elle va certainement se tromper dans les dates. Elle se souvient de son père comme de son père qu’elle aime, et grâce auquel elle a passé la guerre à se goinfrer de petits fours et de champagne — quand elle n’était pas en sanatorium. Résultat, l’utilisation des vers de Victor Hugo, dont le titre du film s’inspire, déclamés lors de grotesques scènes bucoliques par un officier de la Luftwaffe avec qui Corinne a une brève idylle avant la fin des haricots, apparaît surtout comme cruellement ironique.