Les chroniques de Darko – La danse des renards : l’adolescence dans le combat pour la vie

C’est le premier long-métrage pour le cinéma de Valéry Carnoy qui avait réalisé deux courts-métrages auparavant – Ma Planète en 2019 et Titan en 2021 – ayant fait la tournée des festivals. La Danse des renards était nommé dans plusieurs catégories à Cannes – notamment la Caméra d’Or – et a obtenu le Label Europa Cinemas, prix créé en 2003 et remis à un film européen par un jury d’exploitants membres d’Europa Cinemas dans cinq festivals européens dont la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes, ainsi que le prix de la SACD. Film sur l’adolescence et ses choix primordiaux pour l’avenir mettant en scène de jeunes garçons résidant dans un internat sportif et se consacrant à la boxe. Camille, l’un d’entre eux, est la célébrité du groupe : il semble en effet voué à un avenir prometteur. Plutôt taciturne, il entretient une amitié indéfectible avec Matteo, un autre jeune boxeur de la bande au tempérament rebelle. Ils passent leur temps libre à nourrir et à suivre les renards dans la forêt qui jouxte l’établissement en accrochant de la nourriture aux branches des arbres – l’arbre à viande est leur point de ralliement.

Mais Camille est victime d’un accident, chutant du haut d’une falaise, il est récupéré et emmené à l’hôpital par Matteo. Blessure au bras heureusement sans gravité puisque deux mois plus tard son médecin l’autorise à reprendre son sport. Camille a en point de mire la compétition pour laquelle son coach l’a sélectionné. Mais tout à coup plus rien n’est comme avant et Camille se ressent d’une douleur au bras alors que son kinésithérapeute lui confirme qu’il n’a physiquement aucun traumatisme perceptible à l’examen. Il retient ses coups, est repoussé dans les cordes par son sparring partner et jette l’éponge avant même d’avoir terminé le combat face à un adversaire qui semblait pourtant être à sa portée. Il n’arrive plus à courir comme avant et établit même un faux certificat médical pour échapper à l’entraînement. Il est secoué par des crises d’angoisse en pleine nuit. Son corps défaille. Image intéressante d’un corps fragilisé en lutte avec lui-même et d’un mal psychosomatique qui remet en question le mythe du sportif de haut niveau invincible et faisant fi de la douleur, représenté idéalement par son entraîneur qui va pousser Camille jusque dans ses retranchements.


Car c’est bien en partie d’un récit d’initiation qu’il s’agit et qui doit mener Camille à voir la réalité autour de lui d’une autre manière.

Le film fait la part belle aux corps virils et musclés des boxeurs qui établissent leur danse – référence à la boxe anglaise et jeu de jambes ad hoc oblige – autour de leur adversaire. Mais en même temps corps d’adolescents en pleine transformation physique et intellectuelle. Car c’est bien en partie d’un récit d’initiation qu’il s’agit et qui doit mener Camille à voir la réalité autour de lui d’une autre manière. De là à tout remettre en question, à commencer par son choix d’avoir élu la boxe comme perspective professionnelle ? Camille sera peu à peu rejeté par les autres, accusé de détruire leurs rêves en ne jouant pas le jeu et soupçonné de simuler son mal. Ce qui va mettre en danger son amitié avec Matteo avec lequel il a pourtant des relations fraternelles très fortes. C’est que la fragilité dans ce monde viriliste de la boxe est mal appréciée – les dialogues portant sur le sujet des femmes sentent quelque peu la misogynie – et Camille devient le bouc émissaire du groupe, celui qui va porter la poisse et vaut donc d’être éliminé sinon physiquement, du moins mentalement.

Samuel Kircher est absolument bluffant, jouant de son habileté corporelle pour les scènes de boxe et parvenant à exprimer à travers son maintien, sa voix et sa gestuelle toute la tension qui peut exister entre la fragilité prédominante de sa personnalité en pleine métamorphose et son caractère fort et déterminé. Une mention spéciale pour lui et son charisme à toute épreuve retenant l’attention du spectateur : on a tellement envie de savoir ce qui va lui arriver. Faycal Anaflous dans le rôle de Matteo n’est pas mal non plus et n’oublions pas le personnage de la jeune fille (Anna Heckel), déterminant pour la mise en place psychologique du personnage et le dévoilement de sa sensibilité. Un film en forme de récit initiatique sur l’adolescence et l’amitié bien vu et exprimé de façon claire et percutante qui en apprend sur le destin que l’on se forge et les aléas de la vie qui s’y opposent parfois et auxquels malheureusement on n’échappe pas.