Il serait difficile d’imaginer un film plus emblématique du mariage pour tous que Julian. Produit par Lukas Dhont et les frères Dardenne, inspiré par une histoire vraie (Julian et Fleur ont réellement existé, ainsi que leur projet beau, fou et utopique), Julian, le film, repose sur un pitch assez mince, deux femmes tombent amoureuses l’une de l’autre et décident de se marier dans chaque pays où l’union entre personnes de même sexe est reconnue (soit 22 à l’époque, 39 aujourd’hui). Pourtant ce film qui pourrait presque passer pour un manifeste en faveur de l’égalité de tous devant le mariage devient progressivement très émouvant. Il le doit presque uniquement à une comédienne prodigieuse, Nina Meurisse qui, sans effets superflus de manche, ou surlignage de performance dramatique, parvient à donner une réelle consistance à son personnage, en jouant la carte de la sobriété et du minimalisme.
Fleur et Julian tombent follement amoureuses et décident de se marier dans chaque pays où leur union peut être légalement reconnue. Portées par leur amour et leur engagement, elles s’élancent cœur et âme dans ce projet. Mais après seulement quatre mariages, leur parcours va s’interrompre brusquement…
En évitant les effets superflus, Nina Meurisse devient parfaitement émouvante, en jouant avec presque rien, quelques répliques, un mouvement d’épaule, un regard penché. Du très grand art qui finit par rendre Julian extrêmement poignant.
Le film démarre de manière intrigante. Un concert commence. Une spectatrice se trompe de place et en croise une autre. Elle finit par s’installer quelques rangs au-dessus, mais n’arrêtera pas de fixer la nuque de l’autre spectatrice. C’est plutôt bien filmé car tout semble se passer de manière hasardeuse. De manière incidente et presque accidentelle, on a assisté à la naissance d’un coup de foudre. Par un simple coup d’oeil (« love at first sight »), Fleur a « reconnu » Julian comme si elle l’avait déjà connue, comme si elle l’avait toujours connue, dans une vie antérieure. Après le générique, selon une brutale ellipse, les deux femmes sont ensemble et partagent déjà une intimité de couple.
Fleur et Julian sont inséparables et conçoivent un projet fou, voyager et se marier dans tous les pays où le mariage entre femmes est légalement autorisé. Elles se filment souvent l’une l’autre grâce aux petites caméras vidéos qui ont envahi notre quotidien et servent à emmagasiner des souvenirs provisoires d’un quotidien éphémère. Arrivés à ce point du film, même les plus grands partisans du mariage pour tous peuvent légitimement se demander où se trouve en fait le cinéma.
Le cinéma va pourtant survenir car assez vite, Cato Kusters va entrecroiser passé, présent et futur. Très vite, au vu de la coupe de cheveux changeante, on comprendra que Fleur se souvient de son passé avec Julian, et que le film est composé de blocs de mémoire qui s’effritent en essayant d’être préservés, comme le disque contenant les apparitions filmiques de Julian. Un peu, à son modeste niveau, le film va emprunter au Resnais première manière en entrechoquant entre eux des fragments de vie, des images de personne disparue, des moments douloureux de solitude. Julian finit par ressembler à un puzzle formel et temporel intrigant qui évoque les lambeaux de souvenirs qui finissent par hanter la mémoire.
Mais tout cela ne serait qu’un jeu sans conséquence si une actrice miraculeuse ne s’y était prêtée. Nina Meurisse s’est révélée dans Saint Cyr et Complices, où elle était une jeune actrice prometteuse. Or depuis quelques films (Camille, Le Ravissement, L’Histoire de Souleymane), elle atteint la quintessence de son art. Ce style dépouillé lui a d’ailleurs permis de décrocher un César mérité du meilleur second rôle féminin pour L’Histoire de Souleymane. En évitant les effets superflus, elle devient parfaitement émouvante, en jouant avec presque rien, quelques répliques, un mouvement d’épaule, un regard penché. Du très grand art qui finit par rendre, en dépit des quelques réserves de départ, Julian extrêmement poignant.
RÉALISATRICE : Cato Kusters
NATIONALITÉ : belge
GENRE : drame
AVEC : Nina Meurisse, Laurence Roothooft, Rosalia Cuevas
DURÉE : 1h31
DISTRIBUTEUR : JHR Films
SORTIE LE 25 mars 2026


