Pas de doute, la famille est bien la thématique de prédilection de Fabien Gorgeart. Après Diane a les épaules, son premier film, où Clotilde Hesme assumait la fonction de mère porteuse, et La Vraie famille, mélodrame poignant, qui permettait de s’interroger sur la pertinence des liens du sang et du coeur, Fabien Gorgeart change de genre tout en conservant les mêmes préoccupations. En effet, C’est quoi l’amour? s’assume délibérément comme feel-good movie. inspiré par les comédies de remariage et autres « screwball comedy », voire par les comédies italiennes de la grande époque (années 60-70). C’est ainsi un film unanimiste, extrêmement drôle, (Grand Prix au Festival du Film d’Alpe-d’Huez et prix d’interprétation féminine pour Laure Calamy) faisant la part belle à ses comédiens (en tête donc le tandem Laure Calamy-Vincent Macaigne qui a rarement aussi brillé), tout en dessinant en arrière-plan une réflexion sur les membres d’une famille recomposée qui fonctionnerait harmonieusement.
Lorsque Fred demande à son ex-femme, Marguerite, de faire annuler leur mariage à l’Eglise pour pouvoir s’y remarier, elle se réjouit de le voir refaire sa vie. Mais ce qui devait être une simple formalité s’avère plus compliqué que prévu et va les mener jusqu’à Rome avec leurs enfants et leurs nouveaux conjoints. Un voyage haut en couleurs pour tous les membres de cette famille recomposée.
un film unanimiste, extrêmement drôle, faisant la part belle à ses comédiens, tout en dessinant en arrière-plan une réflexion sur les membres d’une famille recomposée qui fonctionnerait harmonieusement.
A l’instar des fameuses comédies de remariage de l’âge d’or hollywoodien, C’est quoi l’amour?, à ne pas confondre avec C’est ça l’amour de Claire Burger, film légèrement antérieur, est en fait une comédie de divorce, très réussie. Le concept original du film repose en effet sur l’annulation du mariage antérieur de Marguerite afin de permettre à la future union sacrée de Fred d’advenir. Pour cela, il faudra accumuler les témoignages, revenir dans le passé, revoir son film de mariage, ce qui permettra de se demander ce qui est resté en définitive de tous ces élans de jeunesse, de cet amour enfui (ou enfoui), de ce chemin de vérité qu’on cherche tous à parcourir en tant qu’êtres humains, tout en trébuchant ou en s’avérant parfois peu fiables.
Pour incarner ce couple du passé qui cherche à survivre en instaurant un nouveau mode de relation, c’était difficile de ne pas penser à Laure Calamy et Vincent Macaigne, tant leur couple à l’écran paraît naturel depuis Un monde sans femmes de Guillaume Brac. Tous deux disposent du même tempo comique qui les apparente sans forcer à un autre grand tandem de la comédie, Diane Keaton-Woody Allen : elle, sans doute, la plus grande révélation du cinéma français de ces quinze dernières années, avec Virginie Efira, extravertie et expansive ; lui, gaffeur et lunaire, le symbole de la dernière nouvelle « Nouvelle Vague » d’un cinéma français qui ne cesse de renaître. Leur vrai-faux couple paraît si naturel qu’on pourrait sans peine imaginer des films en série ou des séries de télévision les réunissant, à la manière d’un Katharine Hepburn-Spencer Tracy. Ils font tant d’étincelles, ensemble ou séparément, que leurs deux partenaires, pourtant très talentueux, Mélanie Thierry et Lyes Salem, ont presque du mal à s’imposer. Il faut préciser qu’ils proviennent du film précédent de Fabien Gorgeart, un mélodrame remarquable, où ils s’illustraient dans un tout autre registre, bien plus dramatique et émotionnel. Fabien Gorgeart a choisi de ne pas appuyer sur ces personnages, alors qu’il eût été facile d’en faire des caricatures, la catho un peu réac et le gaucho trop libertaire. Le choix de Gorgeart a peut-être nui légèrement à ces deux personnages qui restent en retrait mais se révèle payant pour l’ensemble du film.
Car, au-delà du prétexte comique très réussi et loufoque, le film traite plus sérieusement de la famille recomposée en essayant de montrer qu’elle peut fonctionner de façon digne et harmonieuse, ce qui allait par conséquent à l’opposé de montrer les partenaires de façon ridicule ou cynique. Fabien Gorgeart ne se cache pas de vouloir réaliser un feel-good movie, où les commentaires acerbes seraient (un peu trop?) proscrits. Il eût fallu un dosage millimétré dans les dialogues ou les participations de chacun, afin de pouvoir être plus acide, tout en permettant à l’arrivée une réconciliation finale. C’est en fait surtout la jeune génération qui est mise en valeur : Céleste Brunnquell en féministe gay ou l’explosive Saül Benchetrit, qu’on imagine sans peine en fille de Laure Calamy.
Si la première partie rouennaise du film est menée tambour battant (avec un Jean-Marc Barr hilarant en curé), la deuxième romaine marque un peu le pas en dépit d’une belle soirée éternisante (dont une jolie balade en vespa, hommage à la première partie de Journal intime de Moretti), à cause d’une (trop grande) générosité de regard envers les personnages des partenaires, pas assez achevés. Ceci explique que le film perd finalement son intensité dans une réconciliation consensuelle trop facile et manquant de lucidité. Ce n’est pourtant pas suffisant pour gâcher le plaisir pris au visionnage du film, comédie loufoque, élégante, jamais vulgaire, reposant sur du comique de situation qui peut se révéler même émouvant par moments, Gorgeart s’illustrant aussi bien dans le comique (C’est quoi l’amour?) que le mélodrame (La Vraie famille).
RÉALISATEUR : Fabien Gorgeart
NATIONALITÉ : française
GENRE : comédie
AVEC : Laure Calamy, Vincent Macaigne, Lyes Salem, Mélanie Thierry, Céleste Brunnquell, Saül Benchetrit
DURÉE : 1h48
DISTRIBUTEUR : Memento/Zinc Film
SORTIE LE 6 mai 2026


